BTP & Infrastructures

Construction : le turc Limak accélère en Afrique

Cérémonie de pose de la première pierre de la cimenterie d’Attinguié, 
en Côte d’Ivoire, le 18 décembre 2015.

Cérémonie de pose de la première pierre de la cimenterie d’Attinguié, en Côte d’Ivoire, le 18 décembre 2015. © LImak

Déjà implanté au Mozambique, le conglomérat veut être le moteur des grands projets sur le continent. En 2017, il inaugurera un complexe industriel à Abidjan et livrera le nouvel aéroport de Dakar.

De la fenêtre de ses locaux stambouliotes ultramodernes qui dominent superbement le Bosphore, Ebru Özdemir montre au loin l’immense pont suspendu, point de rencontre de l’Europe avec l’Asie. Pourtant, c’est sur l’autre pont, économique et politique celui-là, que la Sublime Porte est en train de bâtir avec l’Afrique que la présidente de Limak Investments, filiale de Limak Group of Companies, 3,8 milliards de dollars (3,5 milliards d’euros) de chiffre d’affaires en 2015, porte sa vue.

Le soir du 2 novembre, c’est sous son haut patronage que se pressaient ainsi, en présence du Premier ministre turc, Binali Yildirim, et de son ministre de l’Économie, Nihat Zeybekci, le Tout-Istanbul et les délégations officielles africaines au dîner de gala donné en l’honneur du forum d’affaires Turquie-Afrique.

Partenariats

Rompu aux mégaprojets tels que la construction en cours et la future exploitation du troisième aéroport d’Istanbul, qui sera le plus grand du monde, avec une capacité d’accueil de 200 millions de voyageurs par an, ou la rénovation et l’extension du deuxième terminal de l’aéroport du Caire, le conglomérat nourrit beaucoup d’ambitions pour les infrastructures du continent.

Mozambique, Djibouti, Kenya, Ghana, Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali… La fille du milliardaire Nihat Özdemir, fondateur de Limak, assure être à l’affût d’opportunités dans tous ces pays. Aussi bien pour construire des aéroports, des autoroutes ou des hôtels (5 étoiles) que pour décrocher des contrats de distribution d’électricité et de gaz. « Nous voulons être leaders là où nous investissons », affirme-t‑elle.

Le groupe, habitué à ficeler des projets en terrains compliqués, comme en Syrie ou en Irak, « a la capacité de mobiliser dans les meilleurs délais ses financements ». En s’associant à des partenaires locaux, comme il l’a fait avec Afrikbat en Côte d’Ivoire, il peut investir jusqu’à 25 % en fonds propres dans les projets. Ce fut le cas pour celui de l’aéroport du Caire, sa première incursion sur le continent, pour lequel il a bénéficié de fonds de la Banque mondiale.

« Tout ce dont le continent a besoin, on peut le faire, nous n’avons pas de budget déterminé à l’avance », assure la présidente. Il faut cependant compter avec la concurrence chinoise et celle de ses compatriotes Enka, Rönesans ou encore Summa.

Des projets de grande envergure

Alors que sa cimenterie de Maputo, au Mozambique, d’une capacité de 700 000 tonnes par an et qui aura nécessité un investissement de 40 millions d’euros, vient de démarrer sa production, le groupe mise sur deux projets phares en 2017 pour accélérer son développement en Afrique. D’abord, l’immense complexe industriel d’Abidjan, composé d’une cimenterie d’une capacité annuelle de 1 million de tonnes, d’une unité de fabrication de béton prêt à l’emploi de 1 million de mètres cubes par an et d’une usine de fabrication d’agrégats en granit. Coût de l’opération : 60 millions d’euros.

Ensuite, l’aéroport international Blaise-Diagne de Dakar (AIBD), d’une capacité annuelle de 5 millions de passagers. Limak a été choisi, en consortium avec Summa, pour achever les travaux en sous-traitance pour le groupe Saudi Bin Ladin. Les Saoudiens ont en effet abandonné le chantier en 2015 en raison de litiges avec l’État sénégalais.

Le consortium turc, qui travaille avec 1 000 ouvriers, en grande partie sénégalais, a dû commencer à œuvrer avant d’obtenir les avances du gouvernement, en septembre, et s’engager à finaliser les travaux en huit mois – soit en avril 2017. Le groupe espère plutôt livrer en août, pour une mise en service à la fin de l’année.

« C’est une échéance très ambitieuse », confie Hakan Öztürk, membre du conseil exécutif de Limak chargé de la division aéroports, qui fait également part des difficultés pour obtenir les certifications et les licences de vol. « Les travaux de transition de l’ancien au nouvel aéroport prendront trois à quatre mois et seront le point critique de l’opération. »

« C’est inédit d’œuvrer avec des opérateurs turcs. On ne sait pas sur quel standard ils travailleront. Le projet demeure très incertain du fait de problèmes environnementaux non résolus, du sol en gruyère de la piste – en voie de consolidation -, du nombre d’oiseaux qui déferlent et de l’encombrement de l’autoroute qui mène de Dakar au terminal », glisse le responsable d’un groupe de travaux publics sénégalais, avant de conclure : « On les jugera à l’usage ».

Difficultés de financement

Limak possédera 34 % de l’aéroport, dont il deviendra l’opérateur durant vingt-cinq ans. « Parmi les différentes offres, celle de Limak apparaissait comme la plus avantageuse : ils arrivent à attaquer tous les fronts simultanément, assurent beaucoup de formations et apportent de nouveaux équipements », détaille Abdoulaye Mbodj, directeur général de l’AIBD.

Un modèle que le groupe entend reproduire un peu partout sur le continent en concluant des partenariats public-privé avec les autorités des pays. Pour cela, il court les appels d’offres.

Le groupe aurait ainsi regardé un temps le contrat de rénovation des aéroports d’Antananarivo et de Nosy Be, à Madagascar – finalement concédé à un consortium français composé d’Aéroports de Paris, de Bouygues et de Colas –, et se serait penché sur l’aéroport de Nouakchott, mais la croissance du projet ne lui semblait pas assez attractive. Ebru Özdemir assure en revanche être toujours en tractations avec les autorités ivoiriennes pour la construction de l’aéroport de San Pedro.

Mais, alors que le groupe soutient n’avoir aucune difficulté financière pour terminer les gros projets comme l’aéroport de Dakar, sa présidente reconnaît « une phase de financements encore lente à démarrer » pour le centre de conférences international de Bamako. Celui-ci, qui comprend, outre le centre de conférences proprement dit, d’une surface de 17 000 m2, un hôtel de 25 000 m2 et un centre commercial de 10 000 m2, devrait également être achevé en 2017.

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