Justice

Cameroun : le correspondant de RFI Ahmed Abba reste en prison malgré l’absence de preuve

Cela fait un an qu'Ahmed Abba se trouve derrière les barreaux. © DR

Le tribunal a rejeté la demande d’acquittement du correspondant de RFI, emprisonné pour complicité d’actes terroristes. Même si, un an après son arrestation, aucune preuve n’a été apportée.

«La demande d’acquittement est rejetée », a tranché ce 19 octobre le président du tribunal militaire de Yaoundé. Ahmed Abba, le correspondant de RFI en langue haoussa au Cameroun, arrêté le 30 juillet 2015 pour « complicité d’actes de terrorisme » et « non-dénonciation » de membres du groupe islamiste Boko Haram, reste en prison.

« Mais rien n’est perdu », veut croire Yves Rocle, le directeur Afrique de RFI, qui fait le déplacement à Yaoundé à chaque audience.

Une accusation fragilisée

Si le coup de poker de Charles Tchoungang – qui avait profité des atermoiements de l’accusation pour introduire une demande de mise en liberté – a échoué, l’avocat du journaliste savoure une petite victoire. Il a marqué un point décisif dans la confrontation acrimonieuse qui l’oppose au commissaire du gouvernement (procureur militaire) : le juge a invalidé le rapport d’expertise qui était censé prouver les deux infractions pour lesquelles Ahmed Abba est poursuivi, passibles de la peine de mort au Cameroun.

Le juge lui a donné raison, fragilisant davantage le dossier d’accusation. Même s’il a maintenu le jeune homme en détention pour accorder une nouvelle chance au ministère public – les éléments de preuves apportés par le commissaire du gouvernement étant jusqu’ici peu convaincants.

Aucun des témoins promis par l’accusation n’a été auditionné par le tribunal pour confondre l’accusé. Et le rapport d’enquête préliminaire de la gendarmerie ne permet pas de démontrer que le journaliste s’est écarté de l’exercice de son métier pour frayer avec Boko Haram.

RFI a enquêté de son côté, mais n’a rien trouvé à reprocher à son correspondant. Convaincu de son innocence, le média français dénonce une détention « arbitraire ». Le juge a quant à lui désigné un collège de deux experts en cybercriminalité pour examiner l’ordinateur du journaliste, ses téléphones portables, sa clé USB et son GPS…

Prison de Kondengui

Présent à l’audience, costume sombre et sac de documents à la main, le jeune homme a dû regagner la prison principale de Yaoundé. Dans ce bâtiment, qui fait face à la célèbre prison centrale de Kondengui, où séjournent les prisonniers de l’opération anticorruption Épervier, Abba est incarcéré avec des personnes soupçonnées d’activités liées au terrorisme. Son avocat soutient que le comportement du correspondant de RFI n’a rien à voir avec Boko Haram.

Ayant eu accès au lieu de détention du journaliste, il explique que, « dans cette prison, les vrais terroristes ne se mélangent pas aux autres. Ils prient dans leur coin, ne parlent pas haoussa mais arabe ». Et devant la justice, « ils ne cherchent pas à nier ce qui leur est reproché. Du coup, les audiences durent dix minutes chrono », assure-t-il.

Une culpabilité non établie

Depuis le vote de la loi antiterroriste en décembre 2014, les journalistes, notamment, défilent devant les juges pour des faits liés à l’exercice de leur métier. Devant le tribunal militaire, trois d’entre eux, Félix Cyriaque Ebolé Bola, du quotidien Mutations, Rodrigue Tongué, de la chaîne privée Canal 2 International et l’enseignant en journalisme Baba Wamé comparaissent libres mais risquent aussi de lourdes peines.

« Nous en sommes à la dixième audience sans ouverture des débats, explique Ebolé Bola. On nous reproche d’avoir détenu des documents susceptibles de menacer la sécurité de l’État sans en informer les autorités. » Pour eux, le prochain rendez-vous est prévu le 11 novembre. Le 20 octobre, c’est un animateur radio qui était convoqué à son tour pour avoir partagé sur Facebook un document confidentiel émanant du cabinet du ministre de la Défense.

S’agissant de l’affaire Ahmed Abba, la prochaine audience est prévue le 7 décembre. « J’ai la conviction qu’il est innocent. Les experts nouvellement désignés par le tribunal ne feront pas de miracle, prédit l’un de ses avocats. Ils ne pourront pas démontrer et établir un crime qui n’existe pas. »

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