Santé

Non, Dakar n’est pas entouré d’un désert cardiologique pédiatrique

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Le Pr Edmond Bertrand est Doyen honoraire de la faculté de médecine d’Abidjan, membre correspondant de l’Académie française de médecine. Il a exercé pendant trente ans en Afrique dans les centres ruraux, les hôpitaux régionaux et les CHU.

Alain Deloche, chirurgien cardiaque français, co-fondateur de « Médecins du monde » et fondateur de l’association "La Chaîne de l'espoir", à Paris le 29 juin 2016 © Jacques Torregano pour JA

Le professeur Alain Deloche, pour lequel j’ai une grande estime, s’est laissé déborder par son enthousiasme en annonçant la création, par La Chaîne de l’espoir, d’un centre de cardiologie pédiatrique à Dakar (JA no 2900, du 7 au 13 août).

Je m’en réjouis d’autant plus que cette ville a été au début de la cardiologie africaine dans les années 1950 et 1960*. Mais Dakar n’est pas entouré d’un désert cardiologique pédiatrique comme le laisse à penser cette interview.

1) L’Institut de cardiologie d’Abidjan (ICA) fonctionne depuis 1971. Voulu par le président Houphouët-Boigny, qui m’en a confié la responsabilité, il a été construit et fonctionne sur des crédits ivoiriens. En dix ans, 1 000 malades venus de 13 pays, en majorité des enfants, ont été opérés par le professeur Dominique Metras et ses collaborateurs ivoiriens. Les troubles politiques de ces dernières années ont entraîné une forte réduction des activités, d’où le recours aux missions de suppléance de La Chaîne de l’espoir. Actuellement, un plan de remise à niveau est réalisable à moindres frais puisque la structure reste très fonctionnelle. Déjà l’ICA a développé le cathétérisme interventionnel (une chirurgie qui se pratique à l’aide de sondes introduites sans ouverture du thorax).

2) En 2001 a été ouvert, avec le concours de La Chaîne, un centre de cardiologie médico-chirurgical à Maputo (Mozambique). Animé par le professeur Daniel Sidi, il a progressé rapidement : 150 malades y sont opérés chaque année, souvent des enfants, par un personnel entièrement national, plus une cinquantaine par des missions internationales encore utiles. À ce centre est adjointe une unité de recherches très utile en cardiopédiatrie notamment.

3) Depuis 2006 fonctionne au Cameroun un centre de cardiologie chirurgicale à Shisong grâce à une coopération italienne.

4) Dans les années 1980 et 1990, une heureuse coïncidence a permis la création de services de cardiologie dans toutes les capitales et dans quelques grandes villes. Par ailleurs, l’échographie, à un prix relativement modéré, a apporté des possibilités de diagnostic très améliorées, et des cardiologues formés en Europe ou aux États-Unis sont revenus dans leurs pays. D’où la création de ces services. D’autres cardiologues ont été formés ensuite à Abidjan, à Dakar, à Yaoundé. Leur nombre est ainsi passé de quelques dizaines en 1968 à plusieurs centaines actuellement.

5) Le professeur Deloche a envisagé à juste titre une coopération interafricaine par la création « d’équipes satellites ». Une coopération existe déjà dans le groupe de travail de cardiologie tropicale, qui produit des travaux communautaires obtenus notamment par les équipes du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Congo, ou encore du Sénégal. Une coopération de ce type tient compte de la « personnalité » de chaque équipe mieux que ne le ferait une satellisation de Dakar.

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