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Cet article est issu du dossier «Mali mélo à mi-mandat»

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Mali : « Taxi Tigui », des sketchs qui dépotent

Tout a été tourné dans une salle du Musée national aménagée en studio.

Tout a été tourné dans une salle du Musée national aménagée en studio. © François-Xavier freland pour JA

Écrite en bambara, tournée à Bamako et financée localement, cette série est 100 % malienne. Ses deux premières saisons, diffusées de mars à juin sur l’ORTM, ont conquis les téléspectateurs.

Seulement deux mois de préparation et douze jours de tournage ont suffi pour réaliser les deux premières saisons de Taxi Tigui (« le chauffeur de taxi », en bambara), soit 44 épisodes de trois minutes. De mi-février à début mars, une trentaine de jeunes acteurs, professionnels et figurants, ont enchaîné les saynètes sous les ventilateurs autour d’un vieux taxi Mercedes jaune.

Tout a été tourné en intérieur sur fond vert, dans une salle d’exposition du Musée national de Bamako, transformé pour l’occasion en studio de tournage. « Le directeur nous a fait confiance. Je rêve de posséder un jour des studios de cette dimension, comme une Cinecittà malienne ! » se réjouit Nicolas Frébault.

Un taxi – Formule 1

À la fois directeur de production et journaliste-reporter d’images, amoureux d’un pays qu’il considère désormais comme le sien, le Français est installé depuis vingt ans au Mali. À 45 ans, il a conservé le sourire espiègle de l’enfance et une imagination débordante, même sous 45 °C à l’ombre. « L’idée de Taxi Tigui vient de lui », reconnaît son associé et ami, le réalisateur Toumani Sangaré, 35 ans ; ensemble, ils ont fondé en 2015 la société BanKO, qui produit la série.

Dans Taxi Tigui, le personnage central est F-One, un chauffeur de taxi incarné par l’excellent Koman Diabaté – qui se prend pour un pilote de Formule 1, d’où son surnom. Dans chaque épisode, un ou plusieurs passagers montent dans sa voiture et embarquent le téléspectateur au gré de sketchs qui racontent avec ­légèreté et humour le quotidien des Maliens.

La série se veut aussi pédagogique. « On essaie d’inculquer des valeurs, précise Toumani Sangaré. Par exemple, contrairement à ce qu’on observe dans les vrais taxis, personne ne jette de sacs en plastique par la fenêtre, et notre chauffeur met sa ceinture de sécurité ! Surtout, on trouve de tout dans Taxi Tigui : des riches, des pauvres, des griots, des enfants turbulents, un chasseur, un mythomane qui se prend pour Muhammad Ali, etc. La plupart des situations sont inspirées du réel, comme ce couple d’amoureux qui demande à notre chauffeur d’être témoin à son mariage. »

Un franc succès

Le pari est réussi : tout le monde s’y retrouve. Outre des milliers d’amis sur Facebook, « Taxi Tigui a un fan-club, on reçoit des félicitations depuis les États-Unis et nos vidéos ont déjà été piratées, mais ça, on s’en doutait ! » poursuit le réalisateur.

Sa bande originale, joyeuse et très rythmée, a également contribué au succès de la série. Elle est signée du musicien reggae-dub Manjul, célèbre à Bamako pour avoir travaillé avec Amadou et Mariam, Salif Keïta, Tiken Jah Fakoly, Takana Zion… « Quand j’étais enfant, je jouais déjà aux petites voitures en écoutant de la musique », raconte le compositeur.

Inspiré par les mélodies d’Ennio Morricone et les BO de polars français autant que par les musiques maliennes et rasta, le multi-instrumentiste a un goût certain pour l’éclectisme, voire la cacophonie. « J’ai mélangé de la mandoline et du n’goni, des klaxons et des sifflets, du reggae et du folk américain, et j’ai secoué », précise-t‑il.

On espère pouvoir créer une véritable industrie audiovisuelle dans le pays.

Diffusée entre mars et juin par l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM) du lundi au mercredi à 19 heures, Taxi Tigui est une production 100 % malienne. La série est tournée à Bamako en bambara (sous-titrée en français) et financée par des Maliens – pour un budget global d’environ 40 millions de F CFA (près de 61 000 euros). Un exploit alors que le petit écran malien est inondé de telenovelas sud-américaines et de feuilletons ivoiriens.

« Cette série indépendante a été entièrement produite grâce à des fonds privés et des sponsors locaux, comme Diago, Orange et Total Mali, souligne Nicolas Frébault. On espère pouvoir créer une véritable industrie audiovisuelle dans le pays. » Avec BanKO, il espère notamment adapter Taxi Tigui à d’autres métropoles comme Dakar, Abidjan et, pourquoi pas, Paris. Plusieurs chaînes africaines et françaises auraient déjà manifesté leur intérêt.

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