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Cet article est issu du dossier «Mali mélo à mi-mandat»

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Sécurité

Mali : Bamako à la lumière des gyrophares

Une patrouille de nuit se prépare, le 10 mai.

Une patrouille de nuit se prépare, le 10 mai. © Emmanuel Daou Bakary pour JA

Depuis l’attentat contre le Radisson Blu, les forces de police sont régulièrement mobilisées pour des opérations antiterroristes nocturnes dans la capitale. Immersion au cœur de l’action.

Au fil de l’après-midi, ils sont arrivés en 4 × 4, à moto ou en quad, dans un vrombissement de moteur. Une centaine d’hommes sont rassemblés dans la cour du Groupement mobile de sécurité de N’Tomikorobougou, à Bamako, prêts à se déployer pour une opération antiterroriste nocturne de grande envergure.

Depuis que l’état d’urgence a été décrété, à la suite de l’attentat contre le Radisson Blu, plus de 400 éléments des brigades territoriales, de la Brigade anticriminalité, de la Brigade spéciale d’intervention (BSI) de la police et des Forces spéciales de la garde nationale sont régulièrement mobilisés pour de telles interventions. La plupart d’entre eux ont été entraînés par l’Eucap Sahel-Mali.

Ce soir-là, des agents du Groupement d’intervention de gendarmerie mobile les ont rejoints. Ils tiennent en laisse des chiens renifleurs « spécialement formés pour détecter certains matériels prohibés, comme des explosifs », précise leur chef d’escadron, Abdoulaye Haidara. Objectif : démanteler des cellules dormantes et déjouer la préparation d’éventuels attentats dans la capitale.

Connectés en permanence

Au milieu de la cour, Siaka Sidibé, commissaire divisionnaire directeur régional de la police du district de Bamako, donne les dernières consignes : « Nous allons patrouiller dans les six communes de la capitale de 22 h 30 à 6 heures du matin. Vous allez sillonner les rues, contrôler les gens, les véhicules, arrêtez les éventuels suspects… Restez toujours en contact entre vous sur le canal 3 et évitez les interférences. Il faut être audible ! »

Chaque équipe doit en effet s’assurer de toujours pouvoir recevoir de nouvelles consignes par radio. « Nous avons mis en place avec nos partenaires étrangers un centre d’analyse et d’information qui regroupe tous les services de renseignements, explique le général de brigade Salif Traoré, le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile. Et le comité interministériel de crise, chargé de la surveillance du territoire, peut, à tout moment, donner des renseignements aux forces sur le terrain. »

Toutes sirènes hurlantes, le cortège de véhicules quitte la caserne sur les chapeaux de roues pour se disperser aux quatre coins de la capitale. À l’entrée et à la sortie du troisième pont, devant des barrières de sécurité, des gendarmes vêtus de gilets jaunes rétroréfléchissants contrôlent les véhicules. « On fouille les boîtes à gants et les coffres pour vérifier qu’aucune arme n’y est cachée », commente l’un d’eux en saluant le passage d’une patrouille de la BSI. « C’est plutôt calme ces derniers temps. Et c’est ça qui nous inquiète », confie un autre.

Les consignes à respecter sont fermeté et courtoisie, car la police doit montrer une image positive

À quelques mètres de là, à l’arrière d’un pick-up, deux suspects menottés, chacun assis entre deux policiers, se cachent le visage dans les mains. « Ils n’avaient pas de papiers, et l’un d’eux a tenté de s’enfuir, explique l’inspectrice principale, Mariétou Daou. On les emmène au commissariat pour un premier interrogatoire, avant de les relâcher ou de les arrêter. »

Répondant à un appel radio, le véhicule part rejoindre un autre check-point dans une ruelle mal éclairée, en renfort d’une équipe qui s’apprête à contrôler une camionnette dont le conducteur semble suspect. Les colis qu’il transporte sont ouverts un à un. Ils ne contiennent que des seringues et du matériel médical.

« Pour de telles opérations, les consignes à respecter sont fermeté et courtoisie, car la police doit montrer une image positive, tient à souligner Mariétou Daou. Des agents peuvent aussi intervenir à l’improviste pour éviter les abus auxquels pourraient se livrer certains des nôtres. » Parallèlement à la mise en place de ces patrouilles nocturnes, les autorités ont en effet jugé qu’il était indispensable d’établir un dispositif de lutte contre la corruption au sein des forces de sécurité. Depuis huit mois, les rondes de nuit organisées dans la capitale sont donc toujours doublées du ballet impromptu de la « police des polices ».

 

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