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Décollage d’un patrouilleur sur la base japonaise de Djibouti.

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Une nouvelle ère pour les relations Afrique-Japon

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Japon : une association de solidarité avec les orphelins lance un projet pour les élèves africains

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Par - envoyé spécial
Mis à jour le 10 août 2016 à 15:48

Le couple princier Akishino en visite dans une école financée par Ashinaga, dans le village de Nansana, en Ouganda. © peter busomoke /AFP

L’association Ashinaga finance la scolarité d’orphelins. En 2012, elle a lancé un projet pour les élèves africains.

À 81 ans, Yoshiomi Tamai a des sanglots dans la voix lorsqu’il évoque l’événement qui a bouleversé sa vie il y a près de cinquante-quatre ans : le décès de sa mère dans un accident de la route, en décembre 1963. Il avait alors 28 ans. Journaliste économique passé par l’Asahi Shimbun, l’un des plus grands quotidiens japonais, puis par la NHK, le principal groupe audiovisuel public du pays, Yoshiomi Tamai a su profiter de sa position médiatique pour faire de la prévention routière l’une des grandes causes nationales du Japon.

Des bourses pour les orphelins de la route

Et alors que l’État légifère enfin sur la question, lui décide d’aider les orphelins de la route à poursuivre leurs études : en 1967, il fonde l’Association for Traffic Orphans, qui, au début des années 1990, étendra ses bons offices aux enfants ayant perdu leurs parents à la suite de catastrophes naturelles ou de maladies, et prendra le nom d’Ashinaga. Tamai organise lui-même des collectes auprès de la population, et, dès la première année, 3 000 enfants bénéficient de bourses de 5 000 yens (42,65 euros).

L’ancien journaliste estime avoir financé la scolarité de plus de 95 000 collégiens, essentiellement japonais. Mais pas seulement. Depuis 2002, Ashinaga est en effet sortie des frontières de l’archipel, notamment pour s’intéresser aux orphelins africains, en particulier les orphelins du sida. L’association travaille d’abord en Ouganda, où elle construit des écoles primaires, un complexe résidentiel (Ashinaga Africa Kokoro Juku) pour accueillir des élèves, et permet à quelques jeunes de venir étudier au Japon.

Une quarantaine d’étudiants ougandais ont ainsi obtenu des bourses, qui, depuis trois ans, bénéficient aussi à des jeunes d’Afrique de l’Ouest, notamment du Sénégal, où Ashinaga s’est implantée en 2015.

Des partenariats avec de grands universités américaines et européennes

Décidé à contribuer au développement de l’Afrique, Yoshiomi Tamai a lancé en 2012 le projet « Afrique : vision sur 100 ans », qui vise à former les futures élites du continent, une priorité pour l’organisation. Au cours de ses trois premières années, le programme a permis à plus de 60 jeunes Subsahariens d’aller étudier en Europe ou aux États-Unis pour la plupart et au Japon pour quelques-uns. À l’avenir, Yoshiomi Tamai espère diversifier les donateurs.

« Je travaille avec les universités américaines et je cherche à mettre le secteur privé à contribution, notamment en Europe », explique le fondateur d’Ashinaga, dont l’envergure est désormais mondiale, comme l’illustre son Comité des sages. Ses 75 membres sont d’anciens responsables politiques ou de grandes entreprises, des artistes et des sportifs internationalement reconnus, originaires de 28 pays. La structure est placée sous la présidence du français Louis Schweitzer, l’ancien patron du groupe automobile Renault. Comme un clin d’œil à la mère de Yoshiomi Tamai.


Geeks aux anges

Yassin Ennajih et Mohamed Hannioui ont une chance inouïe d’étudier au Japon. Et ils le savent. Âgés de 23 ans et 24 ans, les deux geeks marocains sont comme des poissons dans l’eau au milieu de tout le matériel informatique high-tech que l’Asian Pacific University (APU), située sur l’île de Kyushu (à plus de 1 000 km au sud-ouest de Tokyo), met à leur disposition. Anciens étudiants à l’École Mohammadia d’ingénieurs (EMI) de Rabat, ils se connaissaient avant d’atterrir au Japon, en septembre 2015, grâce à l’initiative de l’un de leurs professeurs.

« Fin 2014, il a contacté le consulat du Japon pour que nous puissions bénéficier d’une bourse. Quelques mois plus tard, après avoir réussi une batterie de tests, nous tentions de convaincre nos parents respectifs de nous laisser partir », sourit Yassin.

Heureusement, grâce à Skype, chaque semaine ils rassurent leurs mères. Et pas question de rentrer au pays avant la fin de leurs trois années de cursus. Avec une bourse mensuelle de 144 000 yens (environ 1 230 euros), logés et nourris sur le campus, ils disposent « de conditions d’études sans commune mesure avec celles du Maroc », souligne Mohamed, qui envisage déjà de tenter de décrocher son premier job sur l’archipel dès qu’il sera diplômé.