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Cet article est issu du dossier «Une nouvelle ère pour les relations Afrique-Japon»

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Diplomatie

Le Japon a su faire preuve de persévérance dans sa relation avec l’Afrique

Par

Samy Ghorbal est ancien journaliste de Jeune Afrique, spécialiste de la Tunisie.

Shinzo Abe, premier ministre Japonais et Hailemariam Desalegn le premier ministre Ethiopien à Yokohama le 3 juin 2013.

Shinzo Abe, premier ministre Japonais et Hailemariam Desalegn le premier ministre Ethiopien à Yokohama le 3 juin 2013. © Koji Sasahara/AP/SIPA

S’il faut bien reconnaître une qualité aux Japonais, c’est la persévérance.

La Conférence de Tokyo pour le développement de l’Afrique, plus connue sous le nom de Ticad, a vu le jour en 1993. Le continent était alors dans le creux de la vague. L’Europe de l’Est venait de briser ses chaînes et monopolisait toute l’attention du « monde libre ». La France d’Édouard Balladur s’apprêtait à dévaluer le franc CFA. La Somalie s’enfonçait dans une guerre sans fin. Les Chinois ne songeaient pas encore à se projeter hors de leurs frontières asiatiques à la recherche de matières premières et de débouchés pour leurs compagnies.

C’est pourtant ce moment précis que l’archipel, qui affichait alors une prospérité insolente et représentait la deuxième puissance économique du monde, choisit pour s’engager dans un partenariat atypique et fructueux avec l’Afrique. À l’époque, l’initiative était presque passée inaperçue. Seuls cinq chefs d’État africains avaient fait le déplacement à Tokyo.

Que de chemin parcouru depuis ! La Ticad, qui célébrera sa sixième édition les 27 et 28 août, devrait accueillir une quarantaine de dirigeants du continent. Devenue un rendez-vous diplomatique incontournable, elle sera organisée pour la première fois en dehors de l’archipel. L’événement se déroulera à Nairobi. Ce qui est tout sauf un hasard, le Kenya étant, avec l’Afrique du Sud et le Ghana, l’un des plus anciens et plus fidèles partenaires africains du pays du Soleil-Levant.

La coopération avec l’Afrique compte maintenant parmi les piliers de l’action extérieure japonaise. C’est un investissement à long terme, guidé par des considérations humanistes (le développement et la promotion de la sécurité), saupoudrées d’un brin de naïveté (la conviction que l’expérience japonaise peut être profitable aux pays du continent), et pas entièrement dénué d’arrière-pensées diplomatiques (l’appui des États africains pourrait se révéler décisif dans la quête du fameux siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU).

Le Japon veut pouvoir rivaliser avec la Chine en Afrique

Les préoccupations économiques, jadis absentes, sont appelées à prendre de plus en plus d’importance. La réunion de Nairobi sera précédée par un forum d’affaires. Le nombre de sociétés japonaises présentes en Afrique a doublé depuis la précédente édition, passant de 333 à 687. Une tendance encourageante. Mais la marge de progression est immense. Cela tombe bien : l’Afrique, qui souhaite diversifier ses partenariats, est demandeuse. Les firmes nipponnes doivent se montrer plus ambitieuses, plus entreprenantes. La Ticad peut servir d’aiguillon.

Le Japon, même s’il ne le dira pas ouvertement, veut pouvoir rivaliser avec la Chine sur le continent et souhaite mettre à profit le processus qu’il a engagé il y a vingt-trois ans. Mais le traumatisme de l’attaque d’In Amenas (Algérie, 2013) est passé par là : plusieurs de ses expatriés ont été tués par les jihadistes du groupe de Mokhtar Belmokhtar. L’approche nipponne englobe désormais une dimension militaire (à Djibouti) et intègre l’impératif de la lutte antiterroriste.

Un mal pour un bien ? Les tourments du monde peuvent aider à transformer un partenariat diplomatique mâtiné d’aide au développement en une véritable relation stratégique. Parce que ses besoins seront immenses au cours des décennies à venir, l’Afrique a toutes les cartes en main pour devenir la nouvelle frontière du commerce extérieur japonais. À condition d’y croire !

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