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Cet article est issu du dossier «Une nouvelle ère pour les relations Afrique-Japon»

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Diplomatie

Afrique-Japon : vers des relations de plus en plus prégnantes ?

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, à l’issue de la Ticad V, à Yokohama, le 3 juin 2013.

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, à l’issue de la Ticad V, à Yokohama, le 3 juin 2013. © toru yamanaka/AFP

L’archipel change. Le continent aussi. C’est le moment d’engager un partenariat plus visible et plus diversifié. Ce sera le thème central de la 6e Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique, à Nairobi, au Kenya, les 27 et 28 août.

Si les premiers contacts commerciaux entre l’archipel et le continent remontent au XVIe siècle, le Japon entretient depuis plus de cinquante ans une relation soutenue avec l’Afrique.

En constante évolution, en fonction des préoccupations de Tokyo, elle s’est d’abord orientée vers une « diplomatie des ressources naturelles » – vitales pour un archipel qui, à de rares exceptions près, en est totalement dépourvu.

Le Japon en quête de soutiens africains

À partir des années 1990, cette approche a été complétée par une « diplomatie de l’aide », qui a permis au Japon d’asseoir sa stature internationale et de tenter d’apparaître comme la puissance globale que son statut au sein du G7 lui autorise à revendiquer.

Un jeu de séduction non dénué d’intérêt pour Tokyo, qui espère que les liens tissés au fil du temps avec l’Afrique inciteront les pays du continent à lui apporter un soutien sans faille dans sa quête pour l’obtention d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, à New York.

C’est à cette époque que s’est engagé le processus de la Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique (Ticad), dont la première édition a été organisée en 1993. La Ticad VI va se tenir les 27 et 28 août à Nairobi, au Kenya.

C’est la première fois que la Conférence prendra place hors de l’archipel, comme un gage supplémentaire de Tokyo à ses partenaires africains pour leur permettre de mieux s’approprier cet événement , devenu après vingt-trois ans d’existence l’un des cadres les plus importants en matière de coopération et d’aide au développement.

Les pas asiatiques en rivalité pour les ressources africaines

Un succès qui a donné des idées à d’autres pays asiatiques, également intéressés par les ressources naturelles du continent et par ses nouveaux marchés, comme la Chine, l’Inde, Taïwan ou encore Singapour, lesquels, depuis quelques années, organisent eux aussi de grands forums aussi diplomatiques qu’économiques.

À tel point que, pendant un temps, le Japon a donné l’impression de s’être fait doubler en Afrique par ses voisins régionaux. Avant de remonter en tête de la course.

Pour ce faire, le pays du Soleil-Levant s’évertue à diversifier sa présence sur le continent. Au volet purement diplomatique s’est ajouté un volet économique qui s’est étoffé au fil du temps et s’appuie toujours plus sur l’implication du secteur privé, rassuré semble-t-il par le rôle militaire que Tokyo cherche à jouer désormais sur le continent, en particulier dans la région orientale de la Corne de l’Afrique.

Longtemps accusé de s’être abrité derrière sa Constitution, très restrictive en la matière, pour se contenter d’une « politique du carnet de chèques », le Japon semble désireux de renforcer son engagement à l’étranger et de s’affirmer sur la scène internationale, conformément aux vœux maintes fois formulés par Shinzo Abe.

Présence militaire en Afrique

Le Premier ministre conservateur est arrivé à ses fins en septembre 2015 quand, après un long et houleux débat parlementaire, la Diète a voté à une large majorité la modification de l’article 9 de la Constitution, qui autorise l’envoi des Forces d’autodéfense (FAD, nom de l’armée japonaise) sur des théâtres d’opération extérieurs.

Cette nouvelle loi permanente reste limitée puisqu’elle permet au Japon de ne fournir qu’un soutien logistique dans le cadre des opérations militaires autorisées par les Nations unies. Pourtant, ce « tournant historique » – ainsi que l’a qualifié le chef du gouvernement nippon – marque une rupture fondamentale avec la politique suivie par le pays depuis 1946, fondée sur un pacifisme sans faille et placée sous le parapluie américain.

Ce changement est loin de laisser indifférent. S’il ravit son principal allié, les États-Unis, il ravive aussi les craintes chez ses voisins immédiats, tels que la Corée du Sud et, surtout, la Chine, encore traumatisées par le militarisme japonais qui avait précipité toute la région dans la Seconde Guerre mondiale.

Malgré ces inquiétudes, Shinzo Abe a mis tout son poids dans la balance pour que la législation japonaise évolue et que le pays s’adapte à un environnement international toujours plus menaçant. « Cette loi est absolument nécessaire parce que le contexte sécuritaire mondial est de plus en plus préoccupant », s’est-il empressé de justifier une fois la révision constitutionnelle entérinée.

Bien que modeste, la présence militaire japonaise en Afrique a pris du poids, en 2011, avec la création d’une base aéronavale à Djibouti – la première à l’étranger depuis 1945 – dans le cadre de la lutte internationale contre la piraterie au large du golfe d’Aden.

Véritable vitrine militaire du Japon, cette base symbolise à elle seule l’obsession de Tokyo pour les questions du terrorisme et de la protection de ses ressortissants en Afrique, notamment depuis la prise d’otages de la raffinerie d’In Amenas, en Algérie, en janvier 2013, qui a coûté la vie à dix employés japonais.

« Intervenir depuis le Japon est inconcevable. Djibouti nous permet de répondre à ce genre de défi de manière beaucoup plus efficace », explique la diplomatie nipponne.

Tokyo veut montrer aux Africains qu’il a fait de leur continent l’une de ses priorités géostratégiques

L’Aide publique au développement (APD) accordée par Tokyo à l’Afrique tient un rôle prépondérant dans cette logique sécuritaire. Comme l’a encore rappelé Shinzo Abe lors de sa tournée africaine, en 2014, une large part du 1,4 milliard de dollars promis par le gouvernement japonais lors de la Ticad V, en 2013, est destinée au renforcement de la paix et de la stabilisation dans le Sahel, en Afrique centrale et au Soudan du Sud, où, depuis 2012, le Japon participe activement aux opérations de maintien de la paix sous mandat onusien. Il compte actuellement 400 soldats à Djouba, ainsi que plusieurs avions de transport de troupes.

En combinant ces différents aspects – diplomatique, économique et, dorénavant, sécuritaire –, Tokyo veut clairement montrer aux Africains qu’il a fait de leur continent l’une de ses priorités géostratégiques. Ne serait-ce que pour s’imposer comme leur partenaire asiatique incontournable et damer le pion à la Chine.


Demandez le programme !

L’année 2016 est à marquer d’une pierre blanche dans le long processus de coopération tissé depuis vingt-trois ans entre le Japon et l’Afrique. Pour la première fois, la Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique (Ticad), sixième du nom, est organisée sur le continent.

Ce grand rendez-vous désormais triennal se tiendra les 27 et 28 août à Nairobi, au Kenya. Une décision annoncée dès 2014 par le Premier ministre, Shinzo Abe, et qui va dans le sens du « principe d’appropriation de la Conférence par les Africains », cher aux Japonais.

Hôte officiel de l’événement, le président kényan, Uhuru Kenyatta, devrait accueillir plus de 6 000 participants, venus d’Afrique et du Japon, ainsi que les représentants des organisations internationales, des principaux pays bailleurs de fonds, de la société civile et du secteur privé international.

Une quarantaine de chefs d’État africains sont attendus, et environ 150 entreprises japonaises se sont déjà inscrites pour participer au forum d’affaires, organisé le 26 août par l’Organisation japonaise pour le commerce extérieur.

En plus de renforcer le partenariat public-privé (PPP), pierre angulaire de la coopération japonaise en Afrique, la Ticad VI sera l’occasion de reprendre les réflexions engagées lors de l’édition précédente (qui s’est tenue à Yokohama en juin 2013) sur l’industria­lisation du continent, l’amélioration de son appareil de santé ou encore la promotion de la stabilité sociale face à la pauvreté et aux extrémismes.

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