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Décollage d’un patrouilleur sur la base japonaise de Djibouti.

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Une nouvelle ère pour les relations Afrique-Japon

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L’éducation, axe majeur de la coopération japonaise en Afrique

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Mis à jour le 10 août 2016 à 15:51

Sur le campus de la Ritsumeikan Asia Pacific University (APU). © APU

Accueil d’étudiants dans les universités et au sein des entreprises, stages professionnels… L’un des axes majeurs de la coopération japonaise est de faire s’épanouir les talents.

Depuis qu’il s’est engagé sur la voie de l’aide au développement en Afrique, il y a trente ans, le Japon a fait du secteur de l’éducation et de la formation des ressources humaines l’un de ses principaux vecteurs de coopération avec le continent. Au point d’être aujourd’hui, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’un des plus importants contributeurs internationaux en la matière, avec la France.

Lors de la Ticad IV de Yokohama, en 2008, le pays avait pris l’engagement de construire 1 000 écoles et de former plusieurs dizaines de milliers d’enseignants à travers le continent : un objectif atteint dès 2012. L’année suivante, lors de la Ticad V, à Yokohama, l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) a lancé l’initiative African Business Education (ABE), qui vise à permettre à des étudiants africains de poursuivre des cursus de master dans les universités japonaises, puis d’effectuer des stages au sein d’entreprises nipponnes.

Les étudiants africains dans les universités nippones

Aujourd’hui, 79 universités de l’archipel sont agréées, qui offrent plus de 130 formations. Le cursus doit compter un minimum de trois années d’études, pour lesquelles tous les frais de scolarité, d’hébergement et de voyage sont pris en charge par le gouvernement japonais, qui alloue en outre une bourse mensuelle à chaque étudiant. Sur les 1 000 places disponibles entre 2014 et 2017, 503 avaient déjà été attribuées à la fin de 2015.

L’Asian Pacific University (APU), située près de la cité thermale de Beppu, au nord de l’île de Kyushu, fait figure de précurseur en matière d’accueil d’étudiants venus des quatre coins du monde. « Nous en recevons depuis 2000 », précise Yuichi Kondo, le doyen de l’université. Et ils représentent près de la moitié des 6 000 étudiants de l’APU. Le vaste campus, confortablement installé sur les hauteurs de la ville, au milieu des cerisiers, accueille actuellement 16 boursiers africains, qui ont de sérieuses chances de trouver un emploi sur place une fois leur cursus terminé.

Echange de pratiques

« Plus de 450 entreprises japonaises viennent chaque année recruter parmi nos étudiants étrangers », confirme Yuichi Kondo, qui voit dans ces élèves venus d’ailleurs « une occasion pour le Japon d’évoluer pour s’adapter à la mondialisation ».

En passant des accords de partenariat avec des universités au Kenya, au Maroc ou au Botswana, l’APU joue à fond la carte de la diversité africaine. En dehors du cadre universitaire, depuis la mi-2013, l’initiative ABE a également permis à plus de 26 000 jeunes Africains en activité de venir sur l’archipel suivre des formations professionnelles pendant quelques semaines, pour qu’ils importent les bonnes pratiques japonaises dans leurs pays. Un bon moyen aussi, pour le pays du Soleil-Levant, de tisser un réseau privilégié au sein des industries émergentes et des services publics à travers le continent.


Docteur-san

La première fois qu’il a entendu parler de Nagasaki, c’était « sur les bancs de l’école, à Bamako, lors d’une leçon d’histoire sur la bombe atomique ». Younoussou Koné était alors loin de se douter qu’il y étudierait un jour. C’est chose faite depuis que le médecin malien de 38 ans, spécialiste de la malaria, a obtenu une bourse afin de poursuivre ses études au Malaria Research and Training Center (MRTC) de la ville. Arrivé en septembre 2015 à Nagasaki, il finit son master en médecine tropicale avant de commencer son doctorat (PhD) en immunologie, qui va lui permettre de réaliser son rêve : intégrer l’équipe de recherche hospitalo-universitaire du MRTC.

Quatre années à passer au Japon sans sa femme ni ses trois enfants, restés au pays. « C’est le plus difficile dans cette expérience, avoue docteur-san [“monsieur”, en japonais]. Avec la pratique de l’anglais obligatoire, puisque tous les cours sont dans cette langue. » Vue du Japon, l’Afrique paraît bien loin et se montre parfois inquiétante. « En écoutant les médias, lors de l’attaque terroriste de novembre 2015, j’avais l’impression que Bamako était à feu à sang », se souvient Younoussou Koné, qui se réchauffe l’âme au contact des autres boursiers africains. « C’est très enrichissant de pouvoir comparer la situation dans les autres pays », apprécie le Malien, qui se dit « encore en phase de découverte ».