Défense

Israël-Liban : Tsahal et le Hezbollah prêts pour la revanche

Tefahta (Sud-Liban), en février. 
Des combattants du Hezbollah rendent hommage à Cheikh Abbas al-Moussaoui, l’ex-leader du parti, tué en 1992.

Tefahta (Sud-Liban), en février. Des combattants du Hezbollah rendent hommage à Cheikh Abbas al-Moussaoui, l’ex-leader du parti, tué en 1992. © mohammed zaatari/AP/SIPA

Depuis la guerre de l’été 2006, l’État hébreu et le Hezbollah se préparent à une nouvelle confrontation. Pour l’instant, le conflit syrien retarde l’échéance. Mais pour combien de temps encore ?

New York, le 12 juillet. Au Conseil de sécurité, une session spéciale est consacrée au dixième anniversaire de la deuxième guerre du Liban (en juillet-août 2006). Danny Danon, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, présente une photographie aérienne du village de Chaqra, à 7 km au nord de la frontière avec l’État hébreu. Tout autour des mosquées et des écoles délimitées en bleu, apparaissent une myriade de carrés rouges qui correspondraient aux infrastructures militaires du Hezbollah.

« Chaqra a été transformé en un bastion du Hezbollah, avec un bâtiment sur trois utilisé pour des activités terroristes, notamment pour des lance-roquettes et des dépôts d’armes », explique Danon.

Des villages rayés de la carte

En 2011, Israël avait exposé une carte similaire du village de Khiam (Sud-Liban), assortie d’une animation en 3D pour démontrer comment l’organisation chiite libanaise camouflait ses positions au cœur de la population civile. Comme Chaqra et Khiam, les renseignements israéliens prétendent que les 200 localités chiites du Sud-Liban sont devenues autant de bases arrière du « parti de Dieu ».

En cas de nouvelle guerre, les civils auront quelques heures pour déguerpir. Ces villages servant à des tirs seront « rayés de la carte », assure Gadi Eizenkot, le chef d’état-major de l’armée israélienne, qui ajoute : « Les plans sont déjà approuvés. S’il le faut, nous frapperons vite et fort. »

L’État hébreu dit avoir tiré les leçons du conflit de 2006, auquel il n’était pas préparé. Son aviation disposerait aujourd’hui d’une banque de 10 000 cibles – contre quelques centaines il y a dix ans –, identifiées grâce au survol quasi permanent du Sud-Liban par ses drones, ses avions de reconnaissance, mais aussi par l’utilisation de satellites militaires.

Un réarmement découlant de la crainte d’attaques du Hezbollah

Une violation de la souveraineté libanaise dénoncée par Beyrouth, qui appelle l’ONU à faire respecter la résolution 1701, adoptée le 11 août 2006 (suivie du cessez-le-feu le 14 août), après trente-quatre jours de combats et de bombardements qui ont entraîné la mort de 1 200 civils libanais et d’un nombre indéterminé de miliciens du Hezbollah.

Israël rejette les accusations de son voisin et justifie ses activités aériennes par le réarmement massif opéré par le groupe pro-iranien en une décennie. Alors qu’il possédait 7 000 roquettes au déclenchement de la deuxième guerre du Liban, ses stocks auraient décuplé. Les experts évaluent son arsenal à 120 000 projectiles de courte et moyenne portée, ainsi qu’à plusieurs centaines de missiles capables d’atteindre Tel Aviv, Jérusalem et le sud du pays.

Si un conflit éclatait, le Hezbollah serait en mesure de lancer de 1 000 à 1 500 roquettes par jour en direction de n’importe quel point du territoire israélien. Un déluge de feu que les batteries antimissiles pourront difficilement contenir. « 300 tonnes d’explosifs vont s’abattre sur notre pays en un mois. C’est aussi ce qu’est capable de déverser notre armée de l’air sur le Liban en seulement cinq heures », précise le général Yaïr Golan, comme pour rappeler qu’à ce jeu-là la supériorité israélienne ne souffre aucune contestation.

Un important dispositif d’urgence est mis en place en Israël

Selon les stratèges israéliens, la prochaine guerre avec le Hezbollah entraînera des dommages sans précédent dans les villes de l’État hébreu. Pis, si le mouvement chiite entreprenait un blitzkrieg, des centaines de civils pourraient être tués avant d’avoir pu se réfugier dans un abri. Pour parer à cette éventualité, les unités de la défense passive testent en permanence le niveau de préparation des autorités locales et des services de secours.

Dans les grands hôpitaux du pays, des bunkers souterrains sont prêts à accueillir des blessés tout en permettant de continuer à soigner les malades. Dans le nord d’Israël, des plans prévoient l’évacuation rapide des kibboutz frontaliers du Liban par crainte d’infiltrations de combattants chiites, y compris par des tunnels, comme à Gaza.

« Si la guerre est imposée au Liban, la résistance islamique fera des millions de réfugiés israéliens », jure Hassan Nasrallah, le chef spirituel emblématique du Hezbollah. Condamné à vivre dans la clandestinité depuis le conflit de 2006, le secrétaire général de l’organisation réapparaît occasionnellement sur des écrans géants lors de discours adressés à ses partisans.

Nasrallah sait que la pression de l’opinion avait poussé l’État hébreu à retirer son armée du Sud-Liban en 2000, après dix-huit années d’occupation. Désormais, il maîtrise l’art de la guerre psychologique pour dissuader son pire ennemi de déclencher une véritable apocalypse. Le 16 février dernier, le leader du Hezbollah avait fait la une de la presse israélienne en menaçant de frapper les entrepôts d’ammoniaque de Haïfa.

« Ce serait exactement comme une bombe nucléaire, et nous pouvons dire que le Liban en est aujourd’hui doté, vu que chaque roquette qui pourrait frapper ces réservoirs est capable de créer l’effet d’une bombe nucléaire. »

Le Hezbollah dans la tourmente de la crise syrienne

Et pourtant, derrière ses déclarations sans équivoque, une nouvelle guerre contre Israël est la dernière chose que souhaite Hassan Nasrallah. Obéissant aux ordres de Téhéran, le Sayyed (titre honorifique) a envoyé plusieurs milliers d’hommes prêter main-forte au régime d’Assad. De Qousseir (bastion des rebelles au sud de Homs), en 2013, à Alep, le mois dernier, les offensives du Hezbollah ont permis de contenir l’avancée des rebelles. L’organisation a payé un lourd tribut : au moins 1 200 combattants seraient tombés sur le champ de bataille syrien, auxquels s’ajoutent près de 4 000 blessés.

Le « Hezb » se retrouve désormais embourbé dans un conflit sans fin où il s’est attiré de nouveaux adversaires redoutables, comme les jihadistes du Front al-Nosra (la branche syrienne d’Al-Qaïda) et de l’État islamique, dont les kamikazes sont déjà parvenus à ensanglanter son fief jadis impénétrable de Dahiyeh, dans la banlieue sud de Beyrouth. Sa stature s’en retrouve affaiblie au Liban, déjà déstabilisé par l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés syriens.

Dans le monde sunnite, son engagement militaire en Syrie a effacé la « divine victoire » de 2006 contre l’armée israélienne et lui vaut l’appellation de hizb al-chaïtan (« parti de Satan »). Le voici à présent classé « groupe terroriste » par la Ligue arabe, sous l’impulsion de l’Arabie saoudite et des pétromonarchies du Golfe. Pour couronner le tout, les États-Unis lui ont imposé de lourdes sanctions financières qui embarrassent les institutions bancaires libanaises.

Le mouvement chiite s’étant momentanément détourné de son principal objectif, Israël en profite pour viser ses convois d’armes et autres dépôts de missiles, le plus souvent dans les casernes de l’armée d’Assad. Plusieurs raids ciblés, attribués à l’État hébreu, ont également éliminé des chefs militaires de l’organisation en Syrie, comme Jihad Mougniyeh, tué en janvier 2015. La région avait alors retenu son souffle, mais le Hezbollah, conscient qu’ouvrir un second front lui serait fatal, a limité sa riposte, retardant ainsi la troisième guerre du Liban.

Loin de considérer que son plus dangereux adversaire s’est affaibli, Israël se tient prêt à affronter une armée d’envergure moyenne, pilotée par l’Iran. « Si le calme règne, ceux qui nous font face en jouiront également. Mais si le besoin s’en fait sentir, la réplique sera dure. Tous ceux qui pensent qu’ils vont avoir affaire à une toile d’araignée auront droit à une poigne de fer », a prévenu Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien.

Abonné(e) au magazine papier ? Activez gratuitement votre compte Jeune Afrique Digital pour accéder aux contenus réservés aux abonnés.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte