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Transports

Aviation d’affaires : face à la chute du tourisme, Alfa Air parie sur les vols d’affaires

À Benslimane, le Falcon 20, l’un des sept appareils exploités par le transporteur. © alfaair

Après plusieurs années de croissance, la compagnie marocaine pourrait réduire sa flotte. À moins que les riches entrepreneurs ne prennent le relais des visiteurs fortunés…

Haro sur l’administration. Depuis six mois, Chakib Lahrichi, président-fondateur de la compagnie marocaine, a fait de l’aviation civile du royaume l’une de ses cibles favorites. « Trop de taxes : on paie parfois plus de 60 euros pour faire passer nos clients par une simple porte. Trop de lenteur : il m’a fallu sept mois pour obtenir les autorisations nécessaires afin de faire voler notre dernier jet, acquis l’an dernier », maugrée-t-il.

Mais les choses ont finalement évolué, et l’entrepreneur avoue avoir réglé 95 % de ses problèmes. Il a néanmoins la rancune tenace. Son bras droit, Ahmed Boutamo, confie d’ailleurs réfléchir à l’ouverture d’une structure à Malte pour contourner certaines difficultés administratives.

Les compagnies aériennes privées en grande difficulté 

Si cet architecte venu à l’aviation d’affaires par passion a mis les pieds dans le plat, c’est parce qu’il juge son activité en sursis. « Il y a quatre ans, le Maroc comptait sept compagnies privées. Nous ne sommes plus que deux : Air Océan, qui exploite deux avions, et nous, qui travaillons avec sept appareils. Ou trois, si on inclut Dalia Air, qui exploite en fait ses trois appareils au départ de Genève », précise-t-il.

Après avoir connu plusieurs années de croissance continue, le secteur de l’aviation d’affaires vit depuis dix-huit mois une période difficile. « Du lancement d’Alfa Air, en 2007, jusqu’en 2014, l’activité n’a cessé de croître, parfois de 60 % en un an. Mais, depuis 2015, l’horizon s’est obscurci », reconnaît Chakib Lahrichi.

Un retournement de tendance dû notamment aux craintes nées de la menace terroriste en Afrique du Nord. En 2014, la compagnie a volé 800 heures (soit 400 mouvements environ). En 2015, seulement 700, pour un chiffre d’affaires d’environ 3 millions d’euros. « Cette année, cela pourrait encore baisser d’environ 20 % », prévoit, pessimiste, le président d’Alfa Air, qui emploie 22 salariés, dont sept pilotes.

La compagnie continue de transporter de riches étrangers qui souhaitent visiter le Maroc en trois jours, de Fès à Marrakech, pour finir par prendre le petit déjeuner dans le désert. « Entre 12 000 et 15 000 euros à partager à quatre : nous ne sommes finalement pas loin des prix de la business class », précise Chakib Lahrichi. Mais la chute de la fréquentation touristique le prive d’une partie des évacuations sanitaires dont il a fait une source de revenu importante.

Multiplier les vols d’affaires

En attendant des jours meilleurs, Alfa Air pourrait passer de sept avions à cinq, abandonnant l’exploitation d’un turbopropulseur et d’un petit appareil de six places à pistons pour ne conserver que des jets Dassault dont il maîtrise la maintenance. « Nous avons actuellement deux Falcon 10 et un Falcon 20, auxquels il faut ajouter un Falcon 50 et un Falcon 900 qui appartiennent à des particuliers », détaille Chakib Lahrichi. Même quand ils n’ont pas d’impératifs financiers, les riches propriétaires préfèrent souvent confier l’exploitation de leurs avions à une compagnie, car « un avion qui ne vole pas est un avion qui s’abîme », explique-t-il. À terme, un second Falcon 20 pourrait venir compléter cette flotte.

Pour repartir de l’avant, le fondateur d’Alfa Air parie sur la montée en puissance des vols d’affaires. Assureurs, banquiers, patrons du BTP… De nombreux VIP utilisent déjà ses services au Maroc, et de plus en plus pour partir au sud du Sahara. « Il nous est déjà arrivé de transporter un patron pour qu’il puisse assister à un conseil d’administration en Afrique et de le ramener le soir même », illustre-t-il.

À l’avenir, Chakib Lahrichi espère néanmoins plus de soutien des pouvoirs publics. Les contrats de concession attribués par l’administration à Jetex et Swissport pour la gestion des terminaux d’affaires de cinq aéroports dévolus à l’aviation privée marquent peut-être un tournant dans la politique marocaine. « Je le souhaite », lâche, un peu désabusé, Chakib Lahrichi.

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