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Cet article est issu du dossier «RD Congo : défis majeurs»

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Elections

RD Congo : minuit moins une pour le dialogue

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Vue nocturne de Kinshasa depuis un immeuble du centre-ville. © MONUSCO Photos / Flickr creative commons

Pour le meilleur comme pour le pire, la scène politique congolaise ressemble à un jeu d’échecs à somme nulle.

Plus personne ne croit que la présidentielle et les législatives se tiendront d’ici à la fin de cette année, et plus personne ne se risque à prévoir de quoi seront faits les cinq mois à venir. Dans ce pays-continent aux 70 millions d’habitants, 40 millions d’électeurs, 26 provinces et 700 partis politiques, aucune élection n’a eu lieu à date échue depuis l’indépendance.

Une sorte de malédiction calendaire à laquelle l’opposition affirme ne plus se résigner. Mieux vaut, dit-elle, des élections imparfaites que le maintien au pouvoir de Joseph Kabila au-delà du 19 décembre, un minimum de volonté politique et l’assistance de la communauté internationale pouvant permettre de conjurer ce qui est perçu par elle comme un viol de la légalité constitutionnelle.

S’il paraît clair que le président sortant ne sera pas candidat à sa propre succession, sa décision de prolonger son mandat le temps d’organiser des consultations techniquement irréprochables et d’y présenter un dauphin susceptible de l’emporter (et peut-être de figurer dans une sorte de remake congolais du scénario Poutine-Medvedev) semble, elle aussi, évidente.

Deux camps, aux intérêts et aux stratégies contraires, se font donc face, comme deux trains lancés en sens inverse sur la même voie. Collision inévitable ? La Conférence épiscopale nationale du Congo, qui appelle à un « sursaut patriotique », le Conseil de sécurité de l’ONU dans sa résolution 2277, le Groupe de soutien à la facilitation autour d’Edem Kodjo, de Maman Sidikou et de Smail Chergui veulent croire que le fil du dialogue entre les deux parties n’est pas rompu. Il est ténu tant est élevé l’Everest de méfiance qui les sépare.

Le Kabila de juillet 2016 est plus que jamais secret et indéchiffrable, à l’image de son père

Paradoxalement, ce dernier est peut-être moins infranchissable entre Kabila et celui qui n’a jamais reconnu sa légitimité, Étienne Tshisekedi, qu’entre Kabila et tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont été ses ministres, ses affidés ou ses bailleurs de fonds : Kamerhe, Kamitatu, Katumbi, Lumbi… Avec eux, les dés sont jetés, et leur défection, vécue comme une trahison par l’intéressé, l’a comme replongé dans ses réflexes d’antan.

Le Kabila de juillet 2016 est plus que jamais secret et indéchiffrable, technique de survie que lui a enseignée son père dès l’enfance, quand il lui fallait sans cesse changer de nom et de lieu pour échapper aux « hiboux », les tueurs de Mobutu lancés sur les traces de la famille.

Si le dialogue échoue, ou avorte, il ne restera plus que le rapport des forces. L’opposition, qui bénéficie d’un préjugé favorable au sein d’une partie de la communauté internationale (États-Unis, Union européenne, secrétariat général de l’ONU), a pour elle la société civile, le soutien de la majorité de la diaspora et l’impact des réseaux sociaux. Tshisekedi a ses divisions, Kamerhe et le G7 leurs bataillons, Katumbi sa célébrité (dont il conviendra de voir dans quelle mesure elle se convertit en popularité). Leur arme : les manifestations et la désobéissance civile.

Le pouvoir, lui, dispose d’un parti largement implanté, de quelques alliés comme le très lumumbiste Gizenga, et joue à fond la carte, toujours payante dans l’ex-Zaïre, du nationalisme face aux « diktats » de l’étranger et à ses « agents » locaux.

Il contrôle l’appareil sécuritaire, les gouverneurs de province et les PDG des grandes sociétés d’État. Son arme : le maintien de l’ordre et des ressources financières à disposition. La situation est donc volatile, à la merci des boutefeux et des snipers qui ne sauraient manquer, dans l’un et l’autre camp. De Kinshasa à Goma, de Kisangani à Lubumbashi, il est minuit moins une. À peine le temps que les invectives cèdent enfin la place au dialogue.

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