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Cet article est issu du dossier «RD Congo : défis majeurs»

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Société

RD Congo – Maker Mwangu Famba : « Grâce à la gratuité, les enfants ont repris le chemin de l’école »

Le ministre de l’Enseignement primaire, le 23 juin, à Kinshasa. © Gwenn Dubourthoumieu pour J.A.

Indéboulonnable ! Depuis le premier gouvernement d’Antoine Gizenga, en 2007, il occupe le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel.

À 55 ans, il gère également, depuis peu, l’Initiation à la nouvelle citoyenneté, avec pour mission de relancer le secteur éducatif.

Jeune Afrique : Pourquoi le phénomène de la prise en charge des salaires des enseignants par les parents d’élèves perdure-t‑il dans les écoles publiques alors que le budget alloué à l’éducation est passé de 4 % à 16 % ?

Maker Mwangu Famba : Beaucoup ont gardé à l’esprit le discours des années 1990. À cette période, quand le budget de l’Éducation nationale représentait à peine 1 % du PIB, l’école était en effet totalement prise en charge par les ménages. Cette démarche, que je qualifierais de résiliente, avait permis au système éducatif congolais de faire face à la crise. Mais, aujourd’hui, l’État paie un salaire mensuel aux enseignants.

Et même si cette rémunération est encore modeste, elle est passée de moins de 20 dollars à un minimum de 100 dollars. L’État s’occupe également des frais de fonctionnement des établissements publics du primaire. Le phénomène dont vous parlez existe encore dans certains cas, mais personne ne peut dire aujourd’hui que l’État ne fait rien.

Comment évolue la mutuelle de santé créée en faveur des enseignants ?

C’est une première en Afrique et un exemple à suivre. Il s’agit d’une prise en charge équitable entre l’État et l’enseignant, dont la contribution est retenue à la source. Depuis 2011, la mutuelle de santé mise en place permet à l’enseignant, à son conjoint et à trois de ses enfants d’accéder à des soins de qualité. Elle couvre toutes les maladies, sans exception. Elle est pour l’instant réservée au personnel de Kinshasa, de Lubumbashi et de Mbandaka. Il est prévu qu’elle s’étende progressivement à l’ensemble du territoire.

Où en est la politique de la gratuité de l’enseignement primaire ?

Beaucoup d’enfants congolais n’étaient pas ou plus scolarisés. Il a fallu prendre des mesures. Nous avons ainsi opté pour la gratuité. Je me suis rendu au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda, des pays qui nous ont précédés dans la mise en œuvre de cette stratégie. Nous avons ensuite adapté leur approche à notre propre réalité. En RD Congo, nous avançons doucement : d’abord les trois premières années du primaire, gratuites depuis 2010, puis la quatrième, et aujourd’hui la cinquième.

Nous privilégions également les enfants qui vivent en milieu rural. Cette politique nous a permis de passer de quelque 11 millions d’élèves en 2007 à 18 millions en 2016. Dans certains villages, une salle de classe peut compter jusqu’à 180 élèves ! C’est certes trop, mais l’enfant congolais a repris le chemin de l’école.

Nous comptons environ 750 écoles en construction, surtout dans les campagnes

Le gouvernement s’est également donné pour objectif de construire 1 000 écoles par an…

L’État n’en avait pas construit depuis l’indépendance. Dans les villages, les cours avaient lieu dans les huttes, voire sous les manguiers. Un gouvernement responsable ne pouvait pas laisser cette situation perdurer. Nous avons donc d’abord élaboré un manuel de procédure pour construire des écoles à moindre coût avec des matériaux locaux. Ensuite, les ressources financières ont pu être débloquées.

À ce jour, nous comptons environ 750 chantiers, implantés surtout dans les campagnes, dont les deux tiers ont déjà été achevés et livrés. Des difficultés liées notamment à la géographie de certains lieux ne nous ont pas permis d’atteindre l’objectif de 1 000 écoles. Mais nous allons continuer, parce que les besoins sont considérables.

Beaucoup de jeunes en âge de voter ne sont pas inscrits sur les listes. Que pensez-vous du débat autour de la révision du fichier électoral ?

Il faut permettre aux nouveaux majeurs de s’exprimer. Et le meilleur moyen d’y parvenir, c’est le vote. Si les acteurs politiques décidaient de ne pas réviser le fichier électoral, ce serait antidémocratique.

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