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Cet article est issu du dossier «RD Congo : défis majeurs»

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RD Congo : priorité à l’agriculture

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Administrateur directeur général d'Afriland First Bank en RD Congo.

Production de chou chinois en RD Congo. © GlobalHort Image Library/ Imagetheque / Flickr creative commons

La République démocratique du Congo est reconnue comme un pays à fort potentiel disposant aussi bien de ressources considérables dans son sous-sol que d’une terre des plus fertiles.

Ces potentialités peuvent lui permettre de générer un taux de croissance à deux chiffres. Pourtant, selon la Banque centrale du Congo, il ne devrait pas dépasser les 6 %, du fait de la baisse des cours des matières premières et de l’absence de mécanismes de diversification des sources de revenus.

Tous les regards se tournent, logiquement, vers le secteur de l’agriculture, qui emploie 60 % des Congolais et qui devrait constituer l’une des composantes essentielles de l’économie à travers l’approvisionnement du marché national, l’amélioration continue de la sécurité alimentaire, la réduction des importations et l’augmentation des exportations.

Ce secteur a contribué, en 2013, à hauteur de 40 % du PIB, mais, paradoxalement, et malgré l’enjeu, il ne reçoit que très peu de financements. La RD Congo bénéficie pourtant d’une remarquable diversité de climats qui lui offre des possibilités de cultures très variées, avec une superficie de terres agricoles inégalée en Afrique.

L’objectif majeur est d’améliorer significativement la bancarisation

Les difficultés liées à l’instabilité des cours, aux aléas climatiques, à la faible professionnalisation de la filière ou encore à l’enclavement des bassins de production ne manquent pas. Mais devons-nous pour autant nous détourner de ce secteur ô combien stratégique ? En dehors de l’État, qui fixe le cadre normatif, les autres acteurs, par exemple les banques, doivent jouer leur partition. L’objectif majeur est d’améliorer significativement la bancarisation et de permettre au plus grand nombre d’accéder aux produits et services bancaires afin de réduire la part de l’informel dans le tissu économique du pays.

Il faut pour cela fluidifier et alléger les procédures d’ouverture de comptes tout en respectant les contraintes réglementaires afférentes. Il convient ensuite de promouvoir l’initiative privée pour qu’une classe d’entrepreneurs puisse voir le jour. Le financement du secteur agricole nécessite donc de répertorier les besoins des agriculteurs en fonction de la taille de leurs exploitations.

D’abord à court terme, avec l’approvisionnement en intrants, la mise en place d’une main-d’œuvre salariée, la définition des baux de métayage, le développement des équipements de stockage et de transformation de la production. Ensuite à moyen terme, avec la dotation de matériels mécanisés, la redéfinition de l’achat des terres. Enfin à long terme, avec la création de plantations plus vastes de cultures pérennes.

Les produits financiers spécifiques qui tiennent compte des aléas du secteur tout en maîtrisant les risques restent à mettre en place. Pour débloquer cette situation et favoriser la création de prêts à faible taux d’intérêt, plusieurs changements sont nécessaires. Il faut avant tout réunir les producteurs au sein de coopératives, qui pourront ainsi bénéficier de crédits grâce à un effet de groupement.

Ensuite, financer les instituts de recherche agronomique pour accroître les rendements. Il est également nécessaire d’encourager les partenariats avec les professionnels de l’agro-industrie par l’intermédiaire d’un mécanisme contractuel qui intègre le financement des sous-traitants et autres petits producteurs.

L’exemple, au Cameroun, du financement des palmeraies de la Socapalm avec la Société allemande d’investissement et de développement (DEG) pourrait servir de modèle. La production agricole provenant essentiellement des zones rurales, il faudra à cet effet développer les microbanques spécialisées dans le développement rural ou périurbain, dont la proximité avec les bassins de production sera un atout dans la maîtrise des cycles de production et permettra un apport financier approprié et adapté.

Pour accompagner cet élan ou ce processus, les institutions bancaires doivent disposer d’unités d’accompagnement qui compléteraient le cursus des producteurs par une formation en montage et en gestion des projets. Notamment dans le cadre des joint-ventures.

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