Politique

Algérie : moi, Fatima, femme et mère de terroristes

Devant les caméras de la télévision nationale.

Devant les caméras de la télévision nationale. © Canal Algérie

Fatima a vécu dans le maquis avec sa famille pendant plus de vingt ans. Aujourd’hui libre, elle témoigne.

Fatima, 46 ans, s’est mariée deux fois avec un terroriste. Le premier, qu’elle épouse dans le maquis en 1995, est tué en 2008, lui laissant trois garçons et deux filles. Le second, père de sa troisième fille, subit le même sort en 2014. Au cours d’une opération menée en juin dans les montagnes de Jijel (Nord-Est), Fatima et ses enfants, ainsi qu’une autre famille de terroristes, ont été recueillis par les militaires et pris en charge.

Aujourd’hui libre, Fatima témoigne devant les caméras de la télévision nationale, entourée de ses enfants et le visage dissimulé par un voile qui ne laisse voir que ses yeux. Elle évoque les privations, la survie dans les grottes ou les casemates, les fuites et les déplacements permanents pour échapper aux services de sécurité. Et la peur, toujours.

On nous a dit que les forces de sécurité nous jetteraient en prison si nous descendions, et que nous risquions vingt-cinq ans de détention.

« La vie dans le maquis est dure et dangereuse. Il n’y a pas de nourriture ni de médicaments. On ne voit rien, on n’entend rien. Personne ne nous a parlé de la loi sur la réconciliation nationale [lois de 1999 et 2005 accordant l’amnistie aux combattants en échange de leur reddition]. Au contraire, on nous a dit que les forces de sécurité nous jetteraient en prison si nous descendions, et que nous risquions vingt-cinq ans de détention. C’était écrit dans la presse, disaient-ils. Je voulais me rendre, mais j’ai eu peur, alors je suis restée.

Deux de mes enfants, Haidara, 20 ans, et Ishaq, 17 ans, sont toujours dans le maquis. Le premier a son fusil Simonov depuis cinq ans. Le second, ils l’ont armé cette année. Avant de me rendre, j’avais peur. Je ne savais pas ce qui allait se passer. Mais je me rends compte maintenant que cela n’a rien à voir avec ce qu’on nous racontait dans les montagnes. Les autorités nous ont bien accueillis, Dieu merci. Je demande à mes deux enfants de déposer les armes et de venir vivre avec nous. Avec la loi sur la réconciliation nationale, il ne leur arrivera rien. »

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