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Cet article est issu du dossier «Océan indien : destins communs»

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Diplomatie

Océan indien : je, tu, île…

Les corps de deux Français ont été retrouvés sur une plage à Madagascar le 21 août 2016 (photo d'illustration). © Sandy Marie/Flickr/ Creative Commons

Depuis toujours, l'océan Indien fait figure de zone maritime troublée, difficilement navigable, où soudain l'aiguille de la boussole s'affole.

Jusqu’à en perdre ses points cardinaux. Le monde semble commencer à Madagascar, pour s’arrêter, des milliers de milles marins plus loin, à Rodrigues ou sur les atolls coralliens des Seychelles. Les grands vents du large charient encore les souffles épiques des pirates et des grands explorateurs venus des quatre coins du monde affronter les brisants avant de s’abîmer sur les rochers aux Comores ou aux Mascareignes.

La légende veut que Marco Polo soit rentré de Chine en 1295 en empruntant le canal du Mozambique. Deux siècles plus tard, Vasco de Gama fait une escale aux Seychelles avant de remonter vers l’Inde. De tout temps, les îles et archipels du Sud-Est africain ont servi de point d’ancrage aux navires chargés de sel et de soie, et de trait d’union entre l’Orient et l’Occident dans leurs fructueux échanges commerciaux.

« J’entends le bruit de la mer qui vient et cette vibration sourde qui semble sortir de l’île. Il me semble que j’ai en moi une électricité, une force nouvelle. » Dans son roman La Quarantaine, Jean-Marie Gustave Le Clézio – l’écrivain franco-mauricien, comme il se définit lui-même – résume à la perfection les forces et les faiblesses de cette constellation d’îles perdues, croit-on, dans un coin du globe.

L’océan Indien bouillonne d’énergie sous les multiples influences des peuples de tous horizons

Tout est question de point de vue et de perspective, lesquels ne manquent pas sur la région. À l’image des cyclones qui viennent le ravager à chaque saison des pluies, l’océan Indien bouillonne d’énergie sous les multiples influences des peuples de tous horizons, de toutes origines venus s’établir ici. Malais, Chinois, Perses, Bantous, Arabes, puis Français et Anglais, tous ont débarqué avec leurs croyances et leurs rites, leur culture et leur mémoire aussi… Et l’océan Indien s’est retrouvé, au lendemain des indépendances, au cœur d’un ensemble politico-économico-culturel aussi riche que disparate. Dont il semble aujourd’hui devoir tirer son identité.

Balafré par l’Histoire – qu’on songe à la traite négrière -, cet espace sous-régional a aujourd’hui retrouvé le calme après la tempête. Et ce quasi-continent « maritime », même s’il vit à l’heure de Londres ou de Paris, même s’il regarde vers l’Inde et bouge au rythme de l’Afrique, ne ressemble à aucun autre endroit au monde.

Dans ce territoire à part, « le fait interculturel dévoilé par les sociétés créoles de l’océan Indien peut-il être à la base de la construction d’un vaste espace culturel indo-océanique ? » s’interrogeait déjà en 2002 feu Sudel Fuma, l’historien réunionnais. Cette interculturalité créole tarde peut-être à s’imposer dans les faits, mais l’espace océanique paraît pouvoir s’appuyer sur une identité insulaire commune pour se fixer un cap à tenir.

l’Indianocéanie semble avoir vocation à devenir un véritable pôle de développement au sud

La Commission de l’océan Indien (COI) a justement pour but de resserrer les liens d’amitié et de solidarité de cette mosaïque humaine que constitue « l’Indianocéanie ». En un peu plus de deux décennies, l’organisation a bâti des projets de développement de dimension régionale, destinés à protéger un patrimoine unique, à améliorer des conditions de vie pas toujours paradisiaques malgré le contexte et à préserver des ressources naturelles aussi nécessaires que rares.

La COI, entité de dialogue, de stabilité et de prévention des crises qui monte en puissance, tente de rapprocher les îles entre elles, et leur permet de lutter de manière conjointe contre l’insécurité alimentaire ou le réchauffement climatique. Loin d’avoir perdu le nord, l’Indianocéanie semble au contraire avoir vocation à devenir un véritable pôle de développement au sud. Pour retrouver, à terme, tout son magnétisme.

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