Finance

Tunisie : les principaux protagonistes de l’affaire de la banque franco-tunisienne

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De la fondation de la BTC au scandale qui l’entraîne dans son actuel tourment, avec eux politique et finance s’enchevêtrent périlleusement. Retour sur le carré d’hommes qui a façonné le sombre destin de la banque franco-tunisienne.

Majid Bouden, opiniâtreté

S’il fallait un seul mot pour qualifier Majid Bouden, ce serait celui-ci : opiniâtre. Cet avocat né en 1952 à Kairouan et maintenant installé à Paris bataille, depuis trente-quatre ans, pour faire reconnaître les droits d’ABCI, le holding financier dont il était le coactionnaire, avec le prince saoudien Bandar, et récupérer le contrôle de la BFT. Ni le harcèlement judiciaire qu’il a subi entre 1987 et 1994 ni la longueur (ni le coût) des procédures devant les tribunaux arbitraux n’ont réussi à le dissuader.

L’homme, qui cultive un certain mystère, est toujours resté évasif sur les circonstances de sa rencontre avec le prince saoudien, sur ses affaires et sur la présence éventuelle d’autres actionnaires dans le holding. Ses adversaires à Tunis ont tout fait pour salir sa réputation et semer le doute sur son honnêteté. Sans jamais apporter le moindre commencement de preuve.

Mansour Moalla, conflit d’intérêts ?

Homme politique et haut fonctionnaire aujourd’hui âgé de 86 ans, ce grand commis de l’État a participé, en 1958, aux côtés de Hédi Nouira, à la fondation de la BCT et à la création de la monnaie nationale, le dinar. En 1976, il a fondé la Banque internationale arabe de Tunisie (Biat), l’une des principales institutions financières privées du pays, et siégera au conseil d’administration jusqu’en 1994, date de sa brutale éviction sur ordre de Ben Ali.

Ministre des Finances et du Plan entre 1980 et 1983, c’est lui qui a donné l’agrément à ABCI, l’autorisant à souscrire pour l’augmentation de capital de la BFT, avant de faire volte-face et de geler le transfert des actions. Selon des sources concordantes, il aurait en réalité tenté de faire pression sur le nouveau venu pour organiser une fusion entre trois banques (la BFT, l’Arab Bank et la Biat).

 HICHEM

Mansour Moalla. © HICHEM

Slim Ben Hmidane, l’intrigant

Le controversé ministre des Domaines de l’État des gouvernements de la troïka (2012-2013) est à l’origine d’un nouveau rebondissement dans le feuilleton de la BFT : « l’affaire Nagaoui ». Au printemps 2013, il feint de découvrir qu’un de ses subordonnés, Hamed Nagaoui, haut fonctionnaire à la Direction générale du Contentieux de l’État, avait paraphé, sans lui en référer, un protocole de règlement amiable avec la société ABCI.

Il accuse alors les représentants du holding néerlandais d’avoir « soudoyé Nagaoui » et incite le ministère public à intenter une action judiciaire contre Majid Bouden. L’instruction, ouverte depuis trois ans, n’a pas réussi à apporter un début de preuve, et c’est maintenant lui qui se retrouve accusé ! La manœuvre visait d’abord à bloquer la procédure devant le Cirdi. Dans une décision rendue le 4 septembre 2014, le tribunal arbitral a renvoyé dans les cordes l’État tunisien en reconnaissant que Bouden avait bien « qualité à agir ».

 

Mounir Klibi, mélange des genres

Ce cadre de la BCT a accompli l’essentiel de sa carrière à la BFT, entre 1991 et 2011. Directeur général adjoint entre 1995 et 2008, puis directeur général, il est désigné dans l’enquête du journal en ligne Nawaat comme celui qui a mis en place l’octroi de crédits sans garanties, c’est-à-dire le responsable au premier chef de la débâcle financière de la banque.

Une version mise en doute par les connaisseurs des arcanes du système bancaire tunisien, qui, sans l’exonérer totalement, estiment que Klibi n’avait pas un tel pouvoir. Ses amis soulignent que l’essentiel des dérives a été observé avant son accession à la direction générale, en 2008. C’est en revanche lui qui, en qualité de juriste, a piloté la gestion du contentieux avec ABCI.

Devenu directeur des affaires juridiques et chef du contentieux à la BCT en juin 2011, et maintenu à son poste en dépit du fait qu’il soit visé, depuis 2014, par une plainte au pénal pour corruption, il a continué à avoir la haute main sur le dossier BFT jusqu’à son départ à la retraite, le 15 juin 2016.

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