Justice

Crise migratoire : le passeur érythréen arrêté par l’Italie n’est peut-être pas celui que l’on croit

Le passeur érythréen (au centre) lors de son arrivée à l'aéroport de Ciampino. © AP/SIPA

L'Italie dit avoir extradé le passeur érythréen impliqué dans le drame de Lampedusa. Mais un doute subsiste sur l'identité de l'homme arrêté…

Depuis le 8 juin, Medhanie Yehdego Mered dort derrière les barreaux de la prison de Rome. Ou pas. Annoncée en grande pompe par la presse internationale, l’arrestation de cet Érythréen de 35 ans, accusé d’être à la tête de l’un des plus importants réseaux de trafic d’êtres humains entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe, est mise en doute par plusieurs témoignages.

Arrêté le 24 mai à Khartoum, puis extradé vers l’Italie dans la nuit du 7 juin, l’homme qui apparaît à la sortie de l’avion, encadré par deux carabiniers, serait en fait Medhanie Tesfamarian Berthe, selon la famille de cet autre Érythréen, âgé de 29 ans.

Impliqué dans d’autres drames

« Les vérifications sont en cours », s’est contenté de confirmer Francesco Lo Voi, le procureur de Palerme, qui espère toujours avoir mis la main sur celui qui se fait appeler « le général ». Le nom de Medhanie Yehdego Mered est apparu pour la première fois au lendemain de la tragédie de Lampedusa qui a causé la mort de 359 personnes fin 2013. Accusé, après plus de deux ans d’enquête, d’avoir organisé le périple de plusieurs milliers de réfugiés chaque année depuis 2012, il risque jusqu’à trente ans de prison.

Quelle que soit la personne actuellement incarcérée, c’est la première arrestation du genre menée en Afrique depuis le début de la crise migratoire en Méditerranée. Pilotée par le parquet de Palerme, responsable de la juridiction de Lampedusa, l’opération Glauco a bénéficié de l’étroite collaboration des services de sécurité des pays impliqués.

La responsabilité du « général » a pu être établie grâce aux écoutes téléphoniques

Après avoir récolté les premiers éléments d’identification sur l’île, la police italienne a demandé l’assistance de la National Crime Agency britannique pour localiser Mered et coordonner son arrestation avec les forces de l’ordre soudanaises.

La responsabilité du « général » a pu être établie grâce aux écoutes téléphoniques réalisées depuis des mois par les services secrets italiens. Plusieurs enregistrements confirment son rôle dans le naufrage de Lampedusa. Il plaisante même sur le sort des passagers. « Il montre une indifférence totale aux souffrances que peuvent endurer les migrants », confirme le magistrat Maurizio Scalia.

L’Érythréen apparaît comme un être cynique et froid, qui souhaite uniquement s’enrichir et rejoindre sa femme et son fils en Suède. D’après les bandes, Mered semble disposer de nombreuses connexions des deux côtés de la Méditerranée, des pays de la Corne de l’Afrique à ceux de la Scandinavie, en passant par les Pays-Bas et la Libye, bien sûr. Selon l’Italie, 23 autres personnes ont été arrêtées par la police soudanaise. Manque à l’appel l’Éthiopien Ghermay Ermias, soupçonné d’être le bras droit de Mered.

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