Société

Sécurité à l’Euro 2016 : branle-bas de combat en France

Comment se prémunir contre les risques d’attentat islamiste et neutraliser les supporters violents en provenance de toute l’Europe ? Policiers français et européens sont sur les dents.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 9 juin 2016 à 13:27

Exercice de sécurité au stade des Lumières, le 31 mai, à Lyon. © PASCAL FAYOLLE/SIPA

C’est à un défi de taille que la France va devoir faire face lors de cet Euro 2016 – le premier à réunir vingt-quatre équipes. Il va lui falloir à la fois assurer la sécurité de millions de personnes dans un contexte rendu anxiogène par les attentats de l’an dernier et gérer l’habituel afflux de supporters violents. La partie n’est pas gagnée d’avance. Le 21 mai, au Stade de France, la finale de la Coupe de France entre le PSG et Marseille a donné lieu à d’inquiétants ratés.

Comment certains spectateurs ont-ils pu introduire fumigènes, pétards et bouteilles dans les tribunes ? Le comité d’organisation soutient que le dispositif de sécurité sera différent lors de l’Euro, mais il n’empêche : ces incidents ressemblent à un avertissement.L’état d’urgence en vigueur depuis les attentats de Paris et de Saint-Denis en novembre 2015 a été prolongé jusqu’au 26 juillet.

Une mobilisation importante attendue

« Le risque terroriste étant élevé, 90 000 hommes au total vont être mobilisés, dont plus de 77 000 policiers, gendarmes et pompiers et 12 000 agents de sécurité privée. Et puis il y a le hooliganisme et la délinquance, qui, traditionnellement, augmentent lors de ce genre d’événement… Les congés ont donc été supprimés. Entre les attentats de l’an dernier, le plan Vigipirate, la COP21, la crise des migrants et les manifestations contre la loi travail au cours desquelles certains de leurs collègues ont été agressés, policiers et gendarmes sont en permanence sur la brèche. Ils sont physiquement et psychologiquement épuisés », commente Philippe Lavenu, un responsable du syndicat Alliance.

Il va falloir faire preuve d’une extrême vigilance, admet Laurent Nunez, préfet de police des Bouches-du-Rhône

Le coût de la sécurisation des dix stades (Saint-Denis, Paris, Marseille, Lyon, Lens, Nice, Toulouse, Bordeaux, Lille et Saint-Étienne) sera pris en charge conjointement par l’État et par l’UEFA, organisatrice de la compétition. Reste le problème des « fans zones », qui devraient attirer au total entre 5 millions et 7 millions de supporters. Leur suppression est réclamée par des élus et par certains spécialistes de la sécurité, mais n’est-ce pas une illusion ?

« Les supprimer, c’est l’assurance de voir fleurir un peu partout des rassemblements spontanés encore plus difficiles à contrôler. Mais, oui, il va falloir faire preuve d’une extrême vigilance », admet Laurent Nunez, préfet de police des Bouches-du-Rhône.

Supporters agressifs ? 

Pour assurer une partie de la sécurité dans ces fameuses zones, les villes hôtes feront appel à des sociétés privées, dont les salariés ne sont pas formés au maintien de l’ordre public. « Les forces de police seront présentes sur tous les sites. Elles seront très visibles et multiplieront fouilles et contrôles », poursuit Nunez, qui rappelle que « des exercices de simulation d’attentat ont été organisés sur plusieurs sites ».

Et une nouvelle loi allonge sensiblement la durée des interdictions de stade infligées aux hooligans, et assure une meilleure communication entre polices européennes à ce sujet

L’autre gros dossier, c’est bien sûr le hooliganisme. De nombreuses sélections qualifiées comptent parmi leurs supporters des individus considérés comme violents. C’est le cas de l’Angleterre, de la Pologne, de l’Ukraine, de la Russie et, à un degré moindre, de la Croatie, de la Turquie, de la Hongrie, de l’Allemagne, de la Slovaquie et de la République tchèque. Cinq matchs ont été classés « sensibles » par l’UEFA.

Chef de la division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH), le commissaire Antoine Boutonnet travaille depuis plusieurs mois avec ses confrères étrangers. « Environ 2,5 millions de personnes assisteront aux matchs. Parmi elles, plus de 1 million d’étrangers. Pour repérer et neutraliser les fauteurs de troubles potentiels, les contrôles aux frontières vont être renforcés. Il y aura des policiers, en civil ou en uniforme, originaires des vingt-quatre nations concernées, et beaucoup de patrouilles mixtes avec des policiers français. »

De même, les réseaux sociaux, « très utilisés par les hooligans », sont surveillés de près. Et une nouvelle loi allonge sensiblement la durée des interdictions de stade infligées aux hooligans, et assure une meilleure communication entre polices européennes à ce sujet.