Politique

Maroc : « Ali » Juppé en campagne

En visite dans le royaume, le favori de la prochaine présidentielle française s’est montré enjôleur. S’attirant les sarcasmes de ses rivaux de droite…

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 31 mai 2016 à 14:43

Lors d’une conférence de presse à Casablanca, le 22 mai. © STR/AFP

Mesuré et concis. Voilà l’image peut-être un peu convenue qu’a donnée Alain Juppé lors de sa visite au Maroc, du 22 au 24 mai. L’ex-Premier ministre de Jacques Chirac, que les sondages donnent vainqueur – pour l’instant – à la présidentielle française de 2017, aurait-il, par excès de confiance, remisé les gants de boxe ? Pourtant, l’étape marocaine – après l’Algérie et la Tunisie, en février – était loin d’être anodine, puisque la communauté française du royaume est la plus importante de toute l’Afrique, avec 50 000 ressortissants.

Peut-être était-il simplement épuisé par le programme énergivore de son voyage express, qu’il a d’ailleurs effectué sous ses deux casquettes (candidat à la primaire de la droite et maire de Bordeaux, une ville jumelée avec Casablanca) : rencontre avec le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, puis avec le ministre des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, déjeuners avec l’ambassadeur de France et avec le maire de Casablanca, Abdelaziz El Omari, conférence à l’Université internationale de Rabat, petit déjeuner avec un panel de journalistes marocains…

Une tournée critiquée

Une visite d’autant plus difficile que les cercles politiques du royaume ont généralement une préférence pour son principal rival, Nicolas Sarkozy, un habitué du sérail. Alain Juppé a donc caressé les responsables marocains dans le sens du poil, notamment en saluant « l’évolution et la stabilité du royaume » et en affirmant son soutien au plan d’autonomie du Sahara occidental proposé par Rabat. Une position certes traditionnelle de la droite française, mais rassurante dans un contexte de tension sur cette question entre le Maroc, les États-Unis et l’ONU.

Concernant les flux migratoires et le radicalisme religieux, le candidat des Républicains a joué la carte de l’apaisement, prônant une « correction dans les inégalités des niveaux de développement » entre les pays afin d’endiguer le phénomène migratoire, et insistant sur la « compatibilité de l’islam avec la République française ». Il n’en fallait pas plus pour que, de l’autre côté de la Méditerranée, ses adversaires le taxent de laxisme et l’affublent du surnom d’« Ali Juppé »…