Politique

Djibouti : Ismaïl Omar Guelleh en mode combat

Réélu pour un quatrième mandat, Ismaïl Omar Guelleh renouvelle son équipe ministérielle en profondeur pour s’attaquer au pire ennemi du pays : le chômage.

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Par - envoyé spécial à abusjan
Mis à jour le 10 juin 2016 à 14:40

Le nouveau gouvernement devant le palais présidentiel, le 17 mai. © ABOU HALLOYTA

Lors de son investiture le 8 mai, Ismaïl Omar Guelleh (IOG) a dit avoir entendu les attentes d’un peuple qui, à 86 %, l’a reconduit à la tête de Djibouti pour un quatrième mandat successif. Le décret de nomination du gouvernement du 11 mai tend à montrer qu’il est passé de la parole aux actes.

« C’est un gouvernement de combat, composé de techniciens plutôt que de politiciens. Ils sont jeunes et proches du terrain », affirme Abdoulkader Kamil Mohamed, qui demeure Premier ministre. Des formules mille fois entendues qui, pour une fois, pourraient bien ne pas être que de simples clichés.

Une équipe rajeuni

L’ennemi à combattre est identifié : le chômage. Malgré une croissance de 6 %, près des deux tiers de la population n’ont pas d’emploi. Pour mener cette croisade, IOG a renouvelé son équipe de fond en comble, nommant quatorze nouveaux ministres, souvent trentenaires et issus de la société civile. Seuls dix membres du gouvernement ont conservé leur portefeuille.

Le chef de l’État conserve auprès de lui Ali Guelleh Aboubaker, son homme de confiance depuis 1999, auquel il a donné un titre sur mesure

Les poids lourds de la majorité tels que Mahamoud Ali Youssouf, aux Affaires étrangères, ou Ilyas Moussa Dawaleh, à l’Économie et aux Finances, auront donc aussi pour mission d’encadrer cette nouvelle génération, pas forcément au fait des coutumes en vigueur dans le sérail politique. Les partis de la majorité ont d’ailleurs un peu tiqué, reconnaît le chef du gouvernement, plus que jamais garant des équilibres, mais chacun s’est vite rangé derrière la ligne tracée par le chef.

Pour que ce quinquennat n’ait pas le même goût d’inachevé que le précédent, IOG a placé sa nouvelle garde à des postes clés, dont Yacin Houssein Bouh, qui hérite de l’Énergie, et Hamadou Mohamed Aramis, chargé (pour la première fois dans l’histoire du pays) de la Décentralisation. Par ailleurs, le chef de l’État conserve auprès de lui Ali Guelleh Aboubaker, son homme de confiance depuis 1999, auquel il a donné un titre sur mesure (lire ci-dessous).

Ainsi entouré, le président espère bien pouvoir revendiquer des progrès concrets en matière d’emploi et de décentralisation dès la campagne pour les législatives de 2018.


ALI GUELLEH ABOUBAKER, LE JOKER

«Ils portent le même nom, mais n’ont aucun lien de parenté », précise un habitué des sphères du pouvoir djiboutien. Ismaïl Omar Guelleh (IOG), le président de Djibouti, et Ali Guelleh Aboubaker, son nouveau ministre chargé des investissements, ne viennent pas non plus du même parti. Pourtant, ils se côtoient depuis longtemps.

Lorsqu’en décembre 1994 est signé l’accord qui régit la majorité politique du pays, le premier n’est encore que le chef de cabinet du président Hassan Gouled et le second un membre de l’équipe de négociateurs envoyée par les rebelles du Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (Frud). Depuis cette première rencontre, Ali n’est jamais sorti de l’ombre d’Omar. Chef de cabinet du président pendant les trois précédents quinquennats d’IOG, Ali Guelleh se retrouve aujourd’hui, à 56 ans, sous les projecteurs.

En plus de suivre personnellement le dossier, ô combien stratégique, des investissements économiques, il bénéficie désormais d’un statut très spécial, puisqu’il est le seul ministre rattaché directement à la présidence. Sans doute IOG ne voulait-il pas voir s’éloigner l’un de ses plus fidèles collaborateurs. « C’est certainement son meilleur joker », reprend notre observateur. C’est en tout cas l’un des seuls à faire l’unanimité à Djibouti.

De là à voir en lui un dauphin potentiel du président, il n’y a qu’un pas, que certains Djiboutiens commencent à franchir.