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Cet article est issu du dossier «Burkina Faso : changement d'ère»

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Politique

De Tunis à Ouaga

Par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Ouagadougou.

Ouagadougou. © Nyaba Leon Ouedraogo/J.A.

Ainsi vont les « révolutions ».

Au départ, un soulèvement contre un homme fort, réputé indéboulonnable, qui, soit en voulant se maintenir au pouvoir, soit en brusquant la société ou le jeu politique, a fait le geste de trop. De ces gestes qui suscitent l’ire du peuple et qui, comme une étincelle, mettent le feu au pays. Les digues s’effondrent. La peur jusque-là viscérale cède à l’envie, finalement, de renverser la table. Trop, c’est trop… Pourquoi aujourd’hui et pas hier ? Pourquoi pour tel acte et pas tel autre ? Pourquoi ici et pas ailleurs ? L’Histoire regorge de ce type de mystères insondables. Personne ne peut fournir la moindre explication rationnelle et acceptable. Peu importe.

Le chaos post révolutionnaire : inévitable?

La suite ? La « révolution » dont on se rengorge. Sur le moment, tout est beau, le peuple reprend son destin en main, bravo ! Puis vient le temps de la transition, entre cet hier forcément abhorré et ce demain dont nul ne sait à quoi il ressemblera.

C’est aussi celui de la chasse aux sorcières, pendant laquelle tous ceux qui sont plus ou moins apparentés au régime précédent en prennent pour leur grade, celle aussi durant laquelle les « résistants de la vingt-cinquième heure » font du zèle, sans doute pour éviter que l’on ne s’intéresse à leur propre parcours.

Généralement, passage par la case prison pour les plus emblématiques. Généralement aussi, retour à la vie publique, avec ou sans condamnation, après tout de même une sévère période au purgatoire, quelque temps plus tard. L’époque est aux bilans sans nuances, les bébés sont jetés avec l’eau du bain : avant, c’était l’enfer, demain, ce sera le paradis. Promis…

Après l’éphémère, le transitoire, la remise à plat, la bataille pour le pouvoir. Après tant d’années où le fauteuil du chef et les strapontins de ses affidés n’étaient pas disponibles, tout est à conquérir. On rase gratis, on égrène les promesses comme les perles d’un chapelet, on s’évertue à effacer les étapes de son passé, quitte à détourner l’attention en désignant à la vindicte populaire son voisin, son ancien ami, son cousin, son collaborateur.

Être chef d’État, dans ces pays où l’exigence des populations est à son paroxysme, n’est pas une sinécure

On vante les mérites des pères fondateurs, parés subitement de toutes les vertus et dont on oublie trop facilement les errements ou l’autoritarisme – Sankara au Burkina, Bourguiba en Tunisie, par exemple – d’autant plus facilement que leurs successeurs désormais honnis ont tout fait pour les effacer de la mémoire collective.

Ceux qui remportent les élections historiques qui scellent le retour ou l’avènement de la démocratie après les phases de transition sont presque toujours issus de l’ancien régime. Dès le lendemain, fini les flonflons, la fête est terminée. Parvenir au pouvoir est une chose, assumer ce dernier en est une autre.

Le plus dur commence. Face à tant d’attentes et après une plus ou moins longue période d’incertitude et de paralysie économique, impossible de ne point décevoir. Et l’on s’aperçoit qu’être chef d’État, dans ces pays où l’exigence des populations est à son paroxysme, n’est pas une sinécure. C’est arrivé à Tunis hier, cela se passe au Burkina aujourd’hui.

Morale de l’histoire ? S’inspirer de ceux qui vous ont précédés pour éviter les erreurs commises et gagner du temps. Pour que, véritablement, les fruits passent la promesse des fleurs de la « révolution »…

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