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Politique

Burkina – Salif Diallo : « Nous n’avons pas mené de chasse aux sorcières »

Réservé aux abonnés | | Par - à Ouagadougou
Mis à jour le 08 juin 2016 à 17h24
Salif Diallo, à Ouagadougou, le 5 juillet 2015.

Salif Diallo, à Ouagadougou, le 5 juillet 2015. © AFP / AHMED OUOBA

Nouvelle Constitution, milices koglweogo, Blaise Compaoré… Le président de l’Assemblée nationale – et du parti au pouvoir – fait le point sur les dossiers brûlants.

Juriste de formation et longtemps éminence grise de Blaise Compaoré, jusqu’à ce qu’il devienne dissident et qu’il démissionne, début janvier 2014, du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Salif Diallo, 59 ans, est l’un des membres du trio fondateur du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), avec Roch Marc Christian Kaboré et Simon Compaoré, désormais ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité.

Élu président de l’Assemblée nationale le 30 décembre 2015, au lendemain de l’investiture de Roch Kaboré, Salif Diallo est l’un des hommes clés du nouveau régime : il est le deuxième personnage de l’État, il assure l’intérim de la présidence du MPP et il est incontournable sur les questions de politique intérieure… Au point que certains le considèrent comme le «vice-président» du Faso.

Jeune Afrique : Comment se sont déroulés les cinq premiers mois d’exercice du pouvoir du chef de l’État et, plus largement, de votre majorité ?

Salif Diallo : Le début de mandat a été difficile car nous avons rapidement été confrontés à des problèmes de sécurité. Pour la première fois de notre histoire, le 15janvier, une attaque jihadiste s’est produite en plein cœur de notre capitale. Cela a choqué les populations.

Nous avons aussi dû faire face aux soubresauts de l’ancienne garde prétorienne du régime défunt, qui a tenté de s’emparer des dépôts de munitions et de déstabiliser le pays. Tout cela a contraint le chef de l’État à consacrer les premiers jours de son mandat au renforcement de nos structures sécuritaires.

Quels sont les objectifs à atteindre d’ici à la fin de l’année ?

Il faut renforcer la sécurité des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire, améliorer la surveillance à nos frontières et, surtout, engager des projets sociaux, en s’attaquant notamment au chômage des jeunes – qui s’impatientent, comme toute la population. Il faut trouver des réponses rapides.

Allez-vous rester président par intérim du MPP, malgré votre mandat de président de l’Assemblée nationale ?

Lors de sa création, le parti était dirigé par Roch Kaboré, et j’en étais le premier vice-président. Aujourd’hui, j’ai hérité de la direction du parti. Le MPP tiendra un congrès cette année, qui en décidera. Mais je ne vois ni d’inconvénient ni d’incompatibilité à cumuler ces fonctions.

Peut-on parler de la mise en place d’un «État MPP» ?

Non. Et nous avons des adversaires politiques dans le système institutionnel, car nous n’avons pas mené de chasse aux sorcières, comme certains le laissaient supposer.

Roch Marc Christian Kaboré vous consulte-t-il sur les questions de politique intérieure ?

Bien sûr. Le chef de l’État me consulte en ma qualité de président par intérim du MPP.

Comment qualifieriez-vous vos relations ?

Elles sont bonnes. Nous nous connaissons depuis les mouvements étudiants. Certains s’évertuent à voir des différences entre nous, mais nous avons fondamentalement la même vision politique et idéologique.

Le gouvernement a-t-il été assez ferme sur la question des koglweogo, ces milices d’autodéfense accusées d’atteintes aux droits de l’homme ?

Oui. Le gouvernement a surtout été visionnaire : il aurait été facile d’adopter un texte pour les interdire, mais cela aurait créé des problèmes. Les koglweogo doivent agir dans le cadre strict de la loi, être des auxiliaires – et rien que des auxiliaires – de la police, de la gendarmerie et de la Justice. Ils ne doivent en aucun cas les remplacer, ni rendre la justice ni sévir contre la population. C’est dans cet esprit que nous tolérons leur présence.

Il faut instaurer des contre-pouvoirs à tous les niveaux pour empêcher les abus

Le projet de nouvelle Constitution va-t-il passer par la voie parlementaire ou sera-t-il soumis à un référendum ?

Les deux. Le projet élaboré par la Commission constitutionnelle sera déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale, qui sollicitera une loi pour convoquer un référendum. Il faut qu’il y en ait un, nous ne pouvons pas adopter une nouvelle Constitution en catimini.

La future Constitution doit-elle instaurer un régime présidentiel ou parlementaire ?

L’enjeu n’est pas tant son appellation que le dispositif constitutionnel que nous allons mettre en place pour équilibrer les pouvoirs. Il faut instaurer des contre-pouvoirs à tous les niveaux pour empêcher les abus. Nous pensons qu’un régime semi-présidentiel ou semi-parlementaire conviendrait à notre pays.

Les relations entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire se sont-elles améliorées ?

Elles doivent et ne peuvent que s’améliorer, à tous points de vue. Le Burkina et la Côte d’Ivoire partagent une longue histoire commune. Le peuple burkinabè et le peuple ivoirien sont des peuples frères.

Les accusations qui visent Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, soupçonné d’avoir soutenu le coup d’État de la mi-septembre au Burkina, peuvent-elles constituer un obstacle ?

La justice burkinabè travaille sur ce dossier et va se mettre en rapport avec la justice ivoirienne. L’objectif n’est pas de détruire nos relations bilatérales. Nos pays doivent collaborer, pour le bien-être de nos deux peuples, malgré les soubresauts de l’Histoire.

En tant que président de l’Assemblée nationale, vous serez probablement amené à croiser Guillaume Soro. Que lui direz-vous ce jour-là ?

Bonjour, mon frère.

Les partisans de l’ancien président Compaoré vous accusent d’être le principal artisan de sa chute. Quel a été votre rôle durant l’insurrection populaire des 30 et 31octobre 2014 ?

Blaise Compaoré est le principal responsable de sa chute. Il a refusé tous les conseils. Il a tenu jusqu’au bout à modifier la Constitution, contre l’avis du peuple, qui s’est mis en travers de son chemin «monarchique».

N’avez-vous pas encouragé les manifestants, d’une manière ou d’une autre ?

Je suis un élément du peuple. Comme d’autres, et comme la majorité des Burkinabè, je me suis opposé à cette volonté de modifier la Constitution.

Pourquoi les membres du clan Compaoré vous considèrent-ils comme l’homme à abattre ?

Je ne sais pas, mais j’aimerais le savoir. Il faudrait leur poser la question.

Je trouve indécent que Compaoré ait adopté la nationalité ivoirienne pour tenter d’échapper au jugement du peuple burkinabè

Que vous inspirent l’exil de Blaise Compaoré et sa naturalisation en Côte d’Ivoire ?

Je trouve indécent qu’il ait adopté la nationalité ivoirienne pour tenter d’échapper au jugement du peuple burkinabè. Il devrait avoir le courage de venir répondre de ses actes dans son pays. Ce n’est pas parce qu’il a pris la nationalité ivoirienne que la justice burkinabè ne va pas le poursuivre ! Nous allons demander à la Côte d’Ivoire d’appliquer les accords en vigueur entre nos pays pour nous «ramener» Blaise Compaoré.

A-t-il joué un rôle dans le putsch raté de la mi-septembre 2015 ?

Je ne peux l’affirmer, faute de preuves. Mais compte tenu du déroulement des faits et des acteurs en cause, il est évident que la galaxie Compaoré est derrière cette tentative de coup d’État.

Considérez-vous toujours Compaoré et ses proches comme une menace ?

Tant qu’ils adopteront des positions antidémocratiques et continueront de ramer à contre-courant de l’Histoire, ils représenteront des éléments de déstabilisation du pays.

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