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Cet article est issu du dossier «Burkina Faso : changement d'ère»

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Vie des partis

Burkina – Zéphirin Diabré : « Je ne suis pas fatigué d’être dans l’opposition »

Le leader de l'opposition, Zéphirin Diabré, lors d'un rassemblement de l'UPC le 25 novembre 2015 à Ouagadougou. © Theo Renaut/AP/SIPA

Candidat malheureux à la présidentielle en 2015, le patron de l'Union pour le progrès et le changement s'emploie désormais à renforcer la présence de son parti sur le terrain.

Arrivé en deuxième position à la présidentielle du 29 novembre 2015 avec 29,7 % des voix, contre 53,5 % à Roch Marc Christian Kaboré (vainqueur au premier tour), revoilà Zéphirin Diabré chef de file de l’opposition. Le président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), parti qu’il a fondé lors de son retour à la vie politique en 2010, occupait déjà cette fonction avant la chute de Blaise Compaoré, le 31 octobre 2014.

À l’issue des législatives de décembre 2012, en effet, l’UPC s’était imposée comme la deuxième force politique du pays, avec 19 députés sur 127, contre 70 pour le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, de l’ex-président Compaoré). Il confirme sa position dans la nouvelle législature, cette fois avec 33 sièges, contre 55 pour le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, majorité présidentielle) et 18 pour le CDP.

Affirmant avoir surmonté sa défaite à la présidentielle, Diabré entend renforcer son parti et jouer pleinement son rôle d’opposant durant les cinq prochaines années.

Jeune Afrique : Comment jugez-vous les cinq premiers mois au pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré ?

Zériphin Diabré : Nous avons assisté à une période d’hésitation et de tâtonnement. L’opinion s’attendait à plus de célérité dans la nomination du Premier ministre et du gouvernement. Et, une fois ce dernier nommé, nous avons encore senti des lenteurs dans l’administration. Enfin, nous nous sommes rendu compte que plusieurs mesures présentées comme des « composantes du programme présidentiel d’urgence » étaient en réalité héritées du régime précédent.

Quelle devrait être la priorité du chef de l’État pour l’année en cours ?

C’est à lui de le décider, pas à moi. Il y a beaucoup de questions sur la table : la relance de l’économie, la sécurité, la dette intérieure, qui plombe les entreprises… Il y a aussi, évidemment, les nombreuses revendications sociales et les prix des denrées de première nécessité qui flambent.

Des choix budgétaires seront nécessaires. Faut-il renforcer la sécurité au détriment d’autres secteurs ?

Nous sommes obligés de tout faire en même temps. C’est malheureusement le sort de notre pays : tout est prioritaire. Cependant il est clair que, dans la situation actuelle, il faut faire en sorte que davantage de ressources financières soient allouées à la sécurité.

Soutenez-vous le projet de nouvelle Constitution ?

Oui, sur le principe. Dans mon programme, j’avais d’ailleurs avancé cette proposition. Maintenant, il faut se pencher sur le contenu.

Le président vous a-t-il proposé d’intégrer le gouvernement ?

Nous n’avons pas eu d’échange à ce sujet.

N’est-ce pas lassant de se retrouver une nouvelle fois chef de file de l’opposition ?

Non. J’ai endossé cette fonction il y a trois ans. Comment voulez-vous que je sois fatigué alors qu’une personnalité comme François Mitterrand s’est maintenue vingt-trois ans dans l’opposition et que d’autres, comme Alpha Condé, y sont restés plus de quarante ans ?

C’est bien d’avoir misé sur un nouveau personnel politique, mais nous aurions dû le compléter par du personnel ancien

Vous êtes désormais dans le même camp que le CDP. Cette alliance avec vos anciens rivaux n’est-elle pas difficile ?

Ce n’est pas une alliance, le terme n’est pas approprié. Nous sommes dans l’opposition parce que, selon la loi, sont opposants tous ceux qui n’appartiennent pas au gouvernement. Comme eux, nous avons des griefs à l’encontre du régime en place.

Quelle leçon tirez-vous de votre défaite à la présidentielle ?

La première, c’est que nous avons besoin d’une très bonne implantation locale. Nous avons fait un travail remarquable en seulement cinq ans [l’UPC a été créée en mars 2010], mais nous nous sommes retrouvés face à un « nouvel ancien » parti qui, lui, est là depuis trente ans : en effet, lorsqu’il a été créé en janvier 2014, le MPP a vidé 80 % des structures du CDP de leurs cadres et militants… S’il était parti de zéro, comme nous l’avons fait, avec des novices en politique, il n’aurait pas atteint ce score. Il a hérité d’une machine, celle de l’ancien CDP.

Avez-vous commis des erreurs que vous regrettez ?

Oui. Au moment de la création de l’UPC, nous avons joué la carte du renouvellement du personnel politique. C’est une très bonne chose sur le principe. Nous nous sommes retrouvés avec beaucoup de gens intègres, mais qui n’avaient ni l’expérience, ni les ressources financières, ni la notoriété pour attirer des électeurs. C’est bien d’avoir misé sur un nouveau personnel politique, mais nous aurions dû le compléter par du personnel ancien.

Je peux le dire maintenant : même au cours des événements qui ont suivi la chute de Compaoré, je voyais bien que notre parti n’avait pas encore le poids qu’il fallait sur le terrain. Nous sommes certes montés en puissance, mais il faut continuer à nous implanter à travers tout le pays. C’est un travail immense.

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