Cinéma

Cinéma : « Clash », un huis clos choc dans l’Égypte post-Morsi

Un moment crucial où le pouvoir bascule. © Ahmed abd el Fattah/AP/SIPA

Quatre ans après « Les Femmes du bus 678 », le cinéaste égyptien Mohamed Diab revient avec un deuxième film, « Clash ». Ce huis clos choc, présenté à Cannes, raconte le pays après la chute de Morsi…

Que se passe-t-il si l’on entasse des heures durant une vingtaine de personnes dans un espace confiné de huit mètres carrés ? Surtout si, pour corser l’affaire, la plupart des protagonistes involontaires de ce huis clos, regroupés en deux clans, ont de bonnes raisons de se détester et de craindre pour leur vie, puisque, autour de leur lieu de détention, se déroulent de véritables scènes de guerre ?

Intrigue sur fond de tension politique et sociale

Cette situation extrême, le réalisateur égyptien Mohamed Diab nous la décrit dans Clash, son deuxième long-métrage présenté en sélection officielle au festival de Cannes. L’intrigue se situe en 2013, au lendemain de la destitution du président Morsi par l’armée du général Sissi, et évolue dans un fourgon de police, où se retrouvent enfermés deux journalistes suspectés d’être des espions américains et deux groupes de manifestants survoltés. Huit mètres carrés de surface, donc, pour un intérieur qu’il filme avec une grande virtuosité.

D’un côté, des frères musulmans partisans du président déchu, de l’autre des adversaires résolus de ces islamistes. Tous arrêtés sans véritable motif par l’armée qui tente, sans grand succès, de faire régner l’ordre dans une capitale en surchauffe après quelques mois d’une révolution ayant conduit à la chute de Moubarak, deux ans d’un régime islamiste qui a démontré son caractère antidémocratique et un coup d’État qui a remis les militaires au pouvoir et les mécontents de tous bords dans la rue.

Cinéaste engagé

Un échantillon en somme de la société égyptienne, à ce moment crucial où le pouvoir rebascule entre les mains de l’armée dans une atmosphère de violence incontrôlée, que l’on peut observer à travers les vitres grillagées du véhicule où s’affrontent les pro- et les anti-Morsi.

Les événements évoqués dans ce film choc, qui tient en haleine d’un bout à l’autre, Mohamed Diab les a vécus avec passion en tant que militant pour la démocratie. Lorsque la révolution qui a conduit à la chute de Moubarak a éclaté en 2011, le réalisateur jouissait déjà d’une réelle popularité dans son pays.

Son premier film, Les Femmes du bus 678, qui dénonçait le harcèlement sexuel dont les Égyptiennes sont victimes, venait tout juste de rencontrer un vif succès, et sa participation assidue au « printemps égyptien » en a fait une figure de premier plan, l’un des porte-parole officieux des « révolutionnaires ». À tel point qu’il en a oublié un temps le cinéma.

Mais il a vite compris que sa place était derrière la caméra, et il a voulu construire un scénario dont il n’imaginait pas l’issue décevante, lui qui voyait dans cette révolution les prémices d’une évolution démocratique.

Thérapie 

Je suis claustrophobe et je me soigne avec mes films.

C’est avec son frère Khaled, son compagnon de travail, qu’il a eu l’idée du fourgon comme décor unique. Une idée qui ne leur a pas été inspirée, comme certains l’ont dit, par le film Lebanon, de l’Israélien Samuel Maoz, qui se déroulait à l’intérieur d’un tank, mais plutôt par un film allemand des années 1980, Das Boot (Le Bateau, de Wolfgang Petersen), réalisé dans un sous-marin.

Un bus, puis un fourgon. Manière, pour lui, d’exorciser sa peur de l’enfermement ? « Effectivement, nous répond-il, le sourire aux lèvres, je suis claustrophobe et je me soigne avec mes films. » Souriant, il peut l’être, puisque son film a reçu un accueil enthousiaste de la part du public comme des professionnels. Il se réjouit qu’il ait été « acheté » par des pays inattendus comme la Colombie ou, ce qui lui fait « particulièrement plaisir », par la Turquie, « car le film parlera au public de sa situation actuelle ».

Passera-t-il la censure en Égypte ? Le cinéaste a préféré attendre la projection cannoise avant de se confronter à l’obstacle. À raison sans doute.

>> Clash, de Mohamed Diab, sortie en France le 14 septembre 2016.

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