Politique

Croissance africaine : vents défavorables

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Vue d'Abuja. Le Nigeria première puissance économique africaine aura un taux de croissance en dessous de 3% en 2016.

Vue d'Abuja. Le Nigeria première puissance économique africaine aura un taux de croissance en dessous de 3% en 2016. © Jeff Attaway/ Flickr Creative commons

Personne n’aime être porteur de mauvaises nouvelles. Est-ce la raison pour laquelle ni leurs gouvernants ni l’Union africaine n’ont dit aux Africains que leur continent est dans une très mauvaise passe économique ?

Ils s’en sont bien gardés, et il est donc revenu au Fonds monétaire international (FMI), dont c’est le rôle, d’en faire l’annonce.

À la presse, dont les moyens sont limités, il incombe aujourd’hui de relayer l’information, de faire de son mieux pour qu’un maximum d’Africains en prennent conscience.

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Au début de ce mois de mai, le FMI a publié la version française de son rapport semestriel sur les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne. Se départant de sa légendaire prudence, il y affirme que « l’activité économique a nettement ralenti, que la croissance, qui était déjà tombée en 2015 au plus bas niveau depuis le début du siècle, devrait ralentir encore en 2016, pour se situer à 3 % l’an ».

C’est à peine plus que la croissance démographique.

Autant dire que c’est la stagnation économique pour la majorité des pays, une petite progression pour les plus chanceux et les mieux gouvernés, et la régression pour ceux, très nombreux, hélas, qui sont mal gouvernés.

Le FMI en conclut qu’« un changement de cap s’impose » et il a, bien sûr, raison.

Ce qu’il dit de l’Afrique subsaharienne est tout aussi vrai pour le nord du Sahara, et c’est donc le continent dans son ensemble qui va devoir affronter des vents contraires.

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La raison principale en est la baisse des prix des produits du sous-sol africain : ils sont moins demandés par ceux qui les importaient, en particulier la Chine, et l’excédent financier africain avec ce pays s’est transformé en déficit.

Les pays exportateurs d’hydrocarbures sont les plus affectés parce que les recettes qu’ils tiraient de cette matière première, source principale de leurs revenus, ont fondu comme neige au soleil ; ces pays doivent s’ajuster à la perte des revenus qu’ils tirent de leurs exportations de pétrole et de gaz, survenue il y a près de deux ans lorsque leurs prix ont été brusquement amputés des deux tiers.

L’on s’est aperçu alors que l’afro-optimisme économique était bâti sur du sable. On disait aux Africains que leurs économies allaient décoller à l’exemple de celles des pays asiatiques, que le XXIe siècle serait africain.

Mais l’on avait oublié de prendre en compte le fait que le continent exportait surtout les produits de son sous-sol ; qu’il ne se nourrissait pas car son agriculture ne produisait pas assez et ne s’éclairait même pas puisque à ce jour près de la moitié des Africains n’ont pas encore accès à l’électricité.

Qui peut assurer à ces malheureux, ou seulement à la moitié d’entre eux, qu’ils seront éclairés d’ici à dix ans ?

Le continent n’a pas encore les infrastructures qui permettent à ses pays de prendre le chemin du développement.

Et aucun de ses 54 pays, en dehors de l’Afrique du Sud, du Maroc et de l’Éthiopie, n’a vraiment commencé à s’industrialiser. Or sans industries il n’y a pas de développement.

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Le FMI souligne en outre que l’Afrique n’a pas les finances nécessaires à son développement : les investisseurs étrangers y sont trop timides, l’aide publique des pays riches n’est pas au niveau où elle devrait être, et l’argent envoyé par les émigrés africains sert principalement à permettre à leurs proches de « joindre les deux bouts ».

Il en résulte que les budgets des États s’éloignent dangereusement de l’équilibre : en 2016, leur déficit moyen se situera au-dessus de 6 % du PIB et, l’un après l’autre, les pays africains se remettent à s’endetter en dollars, en euros ou en renminbis, à un rythme inquiétant et à des taux de plus en plus élevés.

Deux chiffres montrent à eux seuls que l’Afrique subsaharienne et le continent dans son ensemble sont en crise, menacés d’explosions sociales : le Nigeria, première économie africaine, a vu son taux de croissance baisser de moitié en 2015 et sera en 2016 au-dessous de 3 % ; l’Afrique du Sud, deuxième économie du continent, connaîtra cette année un taux de croissance de l’ordre de 0,6 %, sensiblement inférieur à sa croissance démographique.

Face à cette situation, dont l’opinion africaine n’a pas pris conscience et dont personne ne sait comment et quand l’Afrique peut sortir, le FMI ne peut que recommander aux gouvernements plus de prudence et de veiller par une meilleure gouvernance à maintenir les équilibres fondamentaux des pays dont ils ont la charge.

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Il s’agit, à mon avis, d’une crise de croissance qu’il faut prendre au sérieux et dont le continent ne peut sortir que s’il mobilise tous ceux qui sont capables – et désireux – d’apporter leur pierre à l’édifice.

La Banque africaine de développement (BAD) et la Commission économique pour l’Afrique ont leur mot à dire ; elles doivent participer au sauvetage, car c’est de cela qu’il s’agit.

Les organisations régionales, de la Cedeao à la Cemac, ont un rôle à jouer avant même que l’Union africaine ne se saisisse en juillet du problème.

Les économistes africains eux-mêmes ont pour ardente obligation de faire entendre leurs voix et de nous dire ce qu’à leur avis les pays et leurs gouvernements devraient entreprendre.

Les uns et les autres feraient bien de se remémorer ce mot de Sénèque : « Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. »

Espérances de vie…

Les États-Unis, la zone euro et le Japon : trois communautés humaines parmi les plus avancées du monde.

Ceux et celles qui y vivent bénéficient d’un pouvoir d’achat élevé et d’une bonne qualité de vie. Les systèmes de santé y sont considérés comme performants.

Dans lequel de ces ensembles l’espérance de vie à la naissance est-elle la plus élevée ? Lequel des trois ferme la marche ?

Si vous répondez à cette question avant de regarder le graphique ci-contre, vous avez toutes chances de vous tromper.

C’est le Japon qui remporte la palme, suivi de l’Europe. Les États-Unis sont bons derniers.

Il n’en a pas toujours été ainsi : les États-Unis ont été les premiers il y a un demi-siècle, mais ont fini par perdre cette prééminence au profit du Japon et de l’Europe.

Les systèmes de santé des trois entités étant équivalents, on pense que la diététique joue en faveur du Japon.

« Dis-moi ce que tu manges, et je te dirai combien d’années tu peux vivre… »

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