Politique

Tunisie : la saison du mercato

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi. © Aimen Zine/AP/SIPA

Implosion du parti présidentiel, débauchages de députés… La coalition au pouvoir a du plomb dans l'aile, et Ennahdha, devenue majoritaire au Parlement, pousse ses pions. Bref, c'est la pagaille.

Si les Tunisiens pensaient que les choix qu’ils avaient faits lors des législatives d’octobre 2014 ne seraient remis en question qu’en 2019, ils déchantent. Entre les démissions au sein de Nidaa Tounes (le parti du président Béji Caïd Essebsi) et la transhumance des députés, il n’aura pas fallu plus de dix-huit mois pour que la configuration de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) soit bouleversée.

Faute d’une majorité franche à l’issue du scrutin de 2014 (86 sièges sur 217), Nidaa Tounes a dû se résoudre à diriger le pays au sein d’une coalition hétéroclite comprenant Ennahdha (69 sièges), l’Union patriotique libre (UPL, 16) et Afek Tounes (8). Ce qui laissait présager une législature et un quinquennat agités, dans un pays frappé par la crise économique et confronté à la menace terroriste.

Nidaa en quête de leadership au sein de l’Assemblée des représentants du peuple

En décembre 2015, les divergences (notamment sur le rapprochement avec les islamistes d’Ennahdha) et le choc d’ego en quête de leadership ont fait imploser Nidaa Tounes. Plusieurs de ses cadres, dont Mohsen Marzouk, son secrétaire général, ont quitté le parti, rejoints par d’autres dissidents après l’élection à sa tête de Hafedh Caïd Essebsi, le fils du chef de l’État, lors de son Congrès constitutif du 10 janvier. Résultat : Nidaa a perdu 27 de ses 86 députés et cherche, depuis, à rééquilibrer sa position face à Ennahdha, désormais majoritaire.

C’est ce qu’a entrepris de faire Chafik Jarraya, homme d’affaires controversé et proche de Nidaa Tounes. Selon Tarek Ftiti, président du bloc de l’UPL, il aurait proposé à 11 des 16 députés de son parti 50 000 dinars (plus de 21 000 euros) chacun pour rejoindre Nidaa Tounes. Début mai, trois d’entre eux – Youssef Jouini, Noureddine Ben Achour et Ridha Zghondi – ont répondu à cet appel, provoquant une nouvelle crise au sein de la coalition gouvernementale, dont l’UPL a claqué la porte.

Ennahdha pourrait exiger que le chef du gouvernement soit issu de ses rangs

Après son 10e congrès (20 au 20 mai), lors duquel elle a décidé de se métamorphoser en « parti civil », Ennahdha compte faire valoir sa majorité dans l’hémicycle. Certains de ses dirigeants laissent entendre qu’elle pourrait réclamer une participation plus importante au sein de l’exécutif et exiger que le chef du gouvernement soit issu de ses rangs, conformément à la Constitution.

Le premier à faire les frais de ce mercato parlementaire sera certainement Habib Essid, le Premier ministre. Cet indépendant sur lequel le chef de l’État et Rached Ghannouchi, le leader d’Ennahdha, s’étaient accordés en février 2015 ne fait plus l’affaire. Pour appliquer un programme censé recevoir l’aval des « deux cheikhs », la marge de manœuvre de ce grand commis de l’État sans étiquette partisane est désormais réduite . Son successeur sera un mouton à cinq pattes bien difficile à trouver.

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