Société

E-gouvernement en Inde : souriez, vous êtes fichés !

Un milliard d’Indiens possèdent désormais une identité numérique qui leur donne accès à tout un ensemble de services administratifs et d’aides sociales. Un exemple à suivre en Afrique ?

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Par - à New Delhi
Mis à jour le 25 mai 2016 à 17:11

Une Indienne passant un scanner de l’iris, dans le cadre du programme Aadhaar. © AMIT DAVE/REUTERS

En Inde, même les nourrissons sont titulaires d’une carte d’identité ! Depuis peu, en effet, les enfants de moins de 5 ans ont rejoint le programme Aadhaar, qui vise à donner à chaque Indien une identité numérique. Lancée en 2009 par l’ancien patron du groupe Infosys, cette initiative aurait déjà permis de « ficher » un milliard de personnes.

Pour en arriver là, des équipes spécialisées écument le pays, depuis plus de cinq ans, pour prendre en photo, recueillir les empreintes digitales et scanner l’iris de toutes les personnes qui en font la demande. Ces données permettent à chacune d’entre elles de bénéficier d’un numéro d’identification à 12 chiffres donnant accès à tout un ensemble de services administratifs et sociaux. À commencer par l’ouverture d’un compte bancaire, où sont versées directement certaines aides de l’État.

Aadhaar fait débat mais pourrait s’exporter

« C’est un instrument propice à la bonne gouvernance, se félicite Ravi Prasad, le ministre des Communications. Aadhaar nous permet d’atteindre les plus pauvres sans que l’on ait besoin de passer par des intermédiaires ». Un moyen, selon lui, de lutter contre la corruption des fonctionnaires qui détournent souvent la majeure partie de ces subventions.

« C’est la porte ouverte à une surveillance de masse », selon l’économiste Jean Drèze

« Voilà l’un des aspects qui attire plus particulièrement l’attention des pays africains désireux d’adopter cet outil, renchérit Ajay Pandey, le directeur général de Unique Identification Authority of India, l’organisme qui coordonne l’opération. Aadhaar permet à notre gouvernement d’économiser des milliards en ciblant davantage les programmes de subventions ».

Prouesse technique ou danger potentiel ? « C’est la porte ouverte à une surveillance de masse », écrit l’économiste Jean Drèze dans les colonnes du quotidien The Hindu. À l’instar d’autres critiques, il réfute le fait que l’opération ait été menée sur la base du seul volontariat, car l’obtention de subventions en dépend, et, surtout, qu’elle soit réellement efficace contre la corruption.

À l’Assemblée, après de houleux débats, une loi visant à encadrer ce programme a fini par être votée. Son but : protéger les données personnelles des utilisateurs et veiller à l’utilisation qui pourrait en être faite. Certains trouvent que cette mesure ne va pas assez loin. Mais les experts de la Banque mondiale, eux, sont séduits. Et réfléchissent à la manière dont ils pourraient reproduire l’expérience dans d’autres pays.