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Cet article est issu du dossier «"Votre voiture et vous"»

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« Votre voiture et vous » : témoignages d’automobilistes africains

Showroom d'un concessionnaire de voitures, à Dakar. © LEE GOTEMI POUR J.A.

Robustesse, esthétisme, confort, notoriété de la marque ou service après-vente… À chacun ses critères d'achat. "Jeune Afrique" a rencontré quatre automobilistes pour savoir ce qui a été déterminant dans leurs choix.

«Les consommateurs veulent du musclé, du solide ! » insiste Florence de Bigault, directrice d’Ipsos Africap. Quand il pousse la porte d’un concessionnaire automobile, c’est d’abord la robustesse du véhicule que regarde l’acheteur, l’espace dans l’habitacle pour y transporter sa famille, puis sa cote à la revente… Et comme « l’achat d’une voiture est un investissement, les clients exigent aussi des services en retour », poursuit l’experte.

Ils sont donc attentifs à la réputation de la marque et veulent s’assurer qu’elle possède un réseau d’entretien étendu qui leur assurera un bon service après-vente. Autres critères de choix dans la balance, le coût d’entretien du véhicule, « plus élevé pour les modèles américains et européens », et le prix et la disponibilité des pièces détachées, « plus chères en général pour les marques chinoises ». Et, bien entendu, la consommation de carburant.

Le consommation de neuf en progression

Si le marché de l’occasion domine, la part du neuf progresse : 1,6 million de voitures vendues en 2014, selon l’Organisation internationale des constructeurs d’automobiles. Au sud du Sahara, les acheteurs réclament avant tout des véhicules pratiques et maniables avec des mécaniques simples. Ils sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à se tourner vers des SUV (sport utility vehicules) et des pick-up urbains, élégants et sécurisés, sans pour autant délaisser les modèles tricorps (à malle arrière). La tendance est aussi l’apparition, en Afrique du Sud et au Nigeria, d’une nouvelle clientèle, féminine, attirée par des véhicules plus petits avec hayon arrière.

Au Maghreb, et au Maroc en particulier, de plus en plus de conducteurs abandonnent l’occasion pour des low-cost, « souvent un peu plus gourmandes en carburant mais moins coûteuses en entretien », observe Florence de Bigault. Autre évolution notable, le recours au crédit auto, même si c’est encore un phénomène modeste par rapport à l’Europe.

Jeune Afrique a recueilli les témoignages de quatre automobilistes africains sur leur récente acquisition.

Nassim Benzine (Volskwagen Polo) : « Peu gourmande en carburant et bien insonorisée »

Depuis qu’il a opté pour Volkswagen, Nassim Benzine ne peut plus s’en passer. À 29 ans, ce commercial au look soigné, qui gagne 70 000 dinars par mois (environ 590 euros), roule depuis deux ans au volant d’une Polo noire, série limitée Team, dotée d’une motorisation de 1,4 litre et achetée 1,56 million de dinars. « Avant, s’étonne-t-il, j’avais l’ancienne Polo et je n’imaginais pas changer de modèle. »

Célibataire, vivant et travaillant dans le centre d’Alger, Nassim ne voit que des qualités à sa récente acquisition. À l’intérieur, la citadine tient son rang avec ses sièges avant rembourrés. « Je conduis tous les jours, c’était important que je sois bien installé. » Outre son confort, Nassim apprécie l’insonorisation du véhicule. « On n’entend pas les bruits extérieurs, et la musique résonne bien », s’enthousiasme-t-il, très attaché aux options « port USB » et « auxiliaire » lui permettant d’écouter ses morceaux préférés.

Elle est aussi facile à garer et, surtout, peu gourmande en carburant. Au niveau de l’entretien, Nassim se dit pleinement satisfait de sa Polo, achetée grâce à la vente de son ancienne voiture et à ses économies. En dehors des révisions de routine, elle n’a nécessité aucune réparation. Malgré le récent scandale déclenché par la pose d’un logiciel désactivant le contrôle antipollution, la marque allemande a gagné un aficionado. Pour sa prochaine automobile, le jeune homme songe à une Golf : la gamme au-dessus, à l’image de son évolution personnelle et professionnelle.

 LOUIZA-AMMI POUR J.A.

Image176156.jpg © LOUIZA-AMMI POUR J.A.

Jean-Pierre Ndongo (Toyota RAV4) : « Il domine la chaussée, un sacré avantage au Cameroun ! »

Fonctionnaire à la primature, Jean-Pierre Ndongo, 43 ans, a abandonné sa berline Tercel il y a trois ans pour une autre Toyota : un RAV4 gris en provenance d’Italie, acheté d’occasion 5,6 millions de F CFA (8 500 euros) et qui affichait 85 000 km au compteur. Confortable, spacieux, doté d’un système de freinage ABS et d’un airbag avant, le 4×4 domine la chaussée et franchit les obstacles sans encombre. « Un sacré avantage au Cameroun », se réjouit son propriétaire. Mais comme toutes les voitures d’occasion, le RAV4 doit parfois faire une halte au garage.

Amortisseurs, rotules, pneus, cardans… Rien n’est épargné sur les routes de Yaoundé. Jean-Pierre regrette que la carrosserie ne soit pas plus résistante, mais ce qui lui donne le plus de souci ce sont les composants électroniques, qui rendent l’entretien de la voiture compliqué. Et pour faire face aux imprévus, il épargne en moyenne 10 000 F CFA chaque mois, en plus des 70 000 F CFA nécessaires à l’achat du carburant et de l’huile.

 FERNAND KUISSU POUR J.A.

Image175955.jpg © FERNAND KUISSU POUR J.A.

Mohamed Daouiha (Logan Dacia) : « La climatisation, ce n’est pas un luxe »

Serveur dans un bistro casablancais, Mohamed Daouiha se fait appeler par ses clients « Tazi ». Un clin d’œil à la ville de la région d’où il est originaire, dans l’est du Maroc. Depuis 2009, il a l’occasion de s’y rendre plus fréquemment, à bord de sa Logan Dacia. « Je l’ai payée 90 000 dirhams [environ 8 200 euros], nous confie Mohamed. Pour réunir cette somme, j’ai vendu mon ancien véhicule, investi mes économies, et même emprunté un peu d’argent auprès de membres de ma famille. »

Pour un aller-retour Casa-Taza, soit un peu plus de 800 km, je ne dépense pas plus de 500 dirhams en essence.

Il aurait pu se contenter de l’entrée de gamme (75 000 dirhams) de ce véhicule économique mis en circulation au Maroc en 2005, tout droit sorti des chaînes de montage de la Somaca, à Casablanca. Mais il a préféré une version avec plus d’options : « La climatisation, ce n’est pas un luxe lorsqu’on a des enfants en bas âge », explique ce père de famille. Au-delà de son coût abordable, la Logan Dacia présente d’autres avantages aux yeux de ce serveur dont le salaire est d’environ 8 000 dirhams par mois, pourboires compris.

« Sa consommation en carburant est très raisonnable. Pour un aller-retour Casa-Taza, soit un peu plus de 800 km, je ne dépense pas plus de 500 dirhams en essence. Et puis, ajoute-t-il en souriant, elle a une grosse malle arrière. C’est très utile quand on revient du bled chargé de cadeaux. »

 HASSAN OUAZZANI POUR J.A.

Image175944.jpg © HASSAN OUAZZANI POUR J.A.

Isaac Gnamba Yao (4×4 Great Wall) : « J’ai fait le tour de la Côte d’Ivoire sans la moindre panne »

Pour Isaac Gnamba Yao, directeur général adjoint de La Poste de Côte d’Ivoire, le 4×4 Great Wall fut un vrai coup de foudre. Un choix surprenant pour une entreprise publique, alors que d’autres optent plus facilement pour BMW, Toyota, Peugeot ou Mercedes… Look similaire au Toyota Prado, intérieur cuir, caméra de recul, les atouts du véhicule acheté chez le concessionnaire Rimco, une entreprise du groupe ivoirien Yeshi, sont égrenés avec gourmandise par le quadragénaire.

Mais c’est sur la route qu’Isaac a vraiment apprécié les qualités de son 4×4, dont le moteur est fourni par Mitsubishi. « Au début, mes amis se moquaient de ma voiture… Les chinoises ont mauvaise réputation. Mais j’ai déjà fait le tour des directions régionales de La Poste du nord au sud et d’est en ouest sans la moindre panne, quand autour de moi certains sont souvent chez le garagiste », explique-t-il avec fierté, soulignant que la marque a déjà participé cinq fois au rallye Dakar.

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