Energie

Energie : les ambitions contrariées d’Eranove

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La centrale de Ciprel (Abidjan), filiale la plus rentable, enregistre à elle seule un tiers des bénéfices.

La centrale de Ciprel (Abidjan), filiale la plus rentable, enregistre à elle seule un tiers des bénéfices. © SIA-KAMBOU/AFP

Report de son introduction en Bourse, menace sur ses monopoles ivoiriens… L’année débute difficilement pour le leader ouest-africain de l’eau et de l’électricité.

Le lifting a commencé il y a dix-huit mois, quand Finagestion, nom donné par Bouygues à la structure regroupant ses actifs africains dans l’eau et l’énergie, est devenu Eranove. Affublé d’un nouveau logo à l’image du continent, le groupe, présent en Côte d’Ivoire (CIE, Sodeci, Ciprel) et au Sénégal (SDE), affichait sa volonté de devenir un leader panafricain.

Expansion continentale

Dans cette logique, il annonçait quelques mois plus tard, en grande pompe, une double introduction en Bourse à Paris et à Abidjan, destinée à lever cette année pas moins de 200 millions d’euros pour financer son développement. Des ambitions portées par son principal actionnaire, le capital-investisseur Emerging Capital Partners (ECP), qui contrôle 56 % d’Eranove, après avoir racheté progressivement les parts de Bouygues, dès 2008.

Le 29 avril, à la surprise générale, le groupe décidait cependant de reporter son entrée en Bourse, en raison de conditions peu favorables. « Eranove n’a pas à lever des fonds dans l’urgence. Le groupe étudie donc d’autres options, en fonction de l’évolution du marché », ajoute une source proche du dossier.

Ce contretemps compromettra-t-il ses ambitions continentales ? L’objectif officiel de cette opération visait à financer son expansion panafricaine. Selon plusieurs sources, la manœuvre avait également pour but d’attirer l’attention des investisseurs en ce moment crucial. Lancé en 2005, le fonds Africa II d’ECP, dans lequel s’inscrit l’investissement Eranove, arrive en effet à son terme.

L’heure est donc à la valorisation de l’entreprise. Avec cette cotation, ECP faisait valoir un résultat net en forte croissance, passé de 11 millions d’euros en 2007 à 66,2 millions en 2015 (un chiffre cependant dopé par une indemnisation exceptionnelle de 26 millions d’euros touchée par l’une de ses filiales) et mettait aussi en avant la filiale la plus rentable, la Compagnie ivoirienne de production d’électricité (Ciprel). La centrale au gaz de ce producteur indépendant enregistre à elle seule un tiers des bénéfices du groupe (avec une marge opérationnelle de 50 %). Mais, contrairement à la Société de distribution d’eau de la Côte d’Ivoire (Sodeci) et à la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), le « bijou » du groupe n’est pas encore coté à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM).

Surtout, l’expansion panafricaine patine. En dehors d’un contrat de services conclu avec la Regideso, en RD Congo, seul le projet du barrage de Kénié, au Mali, a été bouclé. Le rachat de l’électricien camerounais Sonel a été perdu face à Actis en 2013, et les autres dossiers en développement en sont encore à des stades préliminaires. « Il n’y a pas beaucoup de concrétisations », admet un expert, pour qui le holding Eranove, qui stagne à moins de 30 salariés (alors que les effectifs des filiales dépassent les 8 300 personnes), manque avant tout de moyens humains pour atteindre son objectif.

Perte de monopole sur les prix de l’électricité 

Enfin, la dernière mauvaise nouvelle en date est venue de Côte d’Ivoire, qui fait pourtant figure de vitrine du groupe. Ce dernier y inaugurait en février, en présence d’Alassane Ouattara, une extension des capacités de la centrale de Ciprel. Décrites comme « très bonnes et empreintes de confiance », les relations entre Eranove et les autorités ont connu un soubresaut, le 1er mai.

Lors des célébrations de la fête du Travail, le président ivoirien a répondu à la grogne sociale autour des prix de l’électricité en annonçant l’annulation de la hausse des tarifs de 5 %, en vigueur depuis le 1er janvier, et, surtout, sa volonté d’en finir avec les monopoles de la CIE et de la Sodeci, toutes deux filiales d’Eranove. Sous les acclamations des syndicats de travailleurs, le chef de l’État s’est dit favorable à « une saine compétition, qui permettra de maîtriser les prix et de baisser le coût de l’électricité ».

Même si des experts doutent de la faisabilité de cette rupture en l’état des contrats, l’annonce est de mauvais augure. Ni l’entreprise ni son actionnaire principal n’ont souhaité la commenter. « Cela peut affaiblir le groupe », avance cependant un spécialiste, rappelant que ces deux sociétés sont importantes pour « l’image de marque » d’Eranove.

« Une crispation des relations » entre Eranove et Abidjan

Y a-t-il un lien entre cette décision et le report de l’introduction en Bourse à Abidjan, intervenu quelques jours plus tôt ? Plusieurs sources, qui souhaitent rester anonymes tant le sujet est brûlant, n’en voient aucun. « L’annonce de Ouattara a été décidée à la dernière minute, dans un tout petit cercle, tandis que le report de l’entrée en Bourse était connu depuis de longues semaines », plaide l’une d’elles.

À l’inverse, un avocat d’affaires y voit « la marque d’une crispation des relations » : « Il y a sûrement un désaccord sur les modalités et les conditions, l’État a donc tapé du poing sur la table. » Sur le papier, les intérêts stratégiques de l’État s’opposent à ceux, financiers, de l’actionnaire majoritaire, ECP. Reste que les autorités, qui n’ont pas donné suite à nos demandes de précisions, sont actionnaires de la CIE, de Ciprel et de la Sodeci.

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