Vie des partis

RD Congo : la Ligue des jeunes du PPRD, un bloc 100% pro-Kabila

Partisans du chef de l'État en pleine démonstration de force à Kinshasa, le 11 septembre 2011, à quelques semaines de la présidentielle.

Partisans du chef de l'État en pleine démonstration de force à Kinshasa, le 11 septembre 2011, à quelques semaines de la présidentielle. © GWENN DUBOURTHOUMIEU/AFP

Le mot d’ordre de la Ligue des jeunes du PPRD ? Faire bloc derrière Joseph Kabila. Le mouvement attend la nomination de son nouveau chef, et les ambitieux sont nombreux.

Ton ferme, regard noir, Claude Mashala bombe le torse. « Nous ne tolérerons plus de festivals d’insultes contre le chef de l’État ! » Le secrétaire national du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) aime se définir comme « un kabiliste convaincu ». Convaincu que Joseph Kabila doit rester à la tête de la RD Congo et que la Ligue des jeunes du PPRD, dont il brigue ouvertement la présidence, peut l’y aider.

Dans le salon de l’hôtel kinois où il a choisi de nous recevoir, Claude Mashala critique les manifestations de l’opposition réclamant la tenue des élections dans les délais constitutionnels et l’alternance. Le quinquagénaire, adepte de kung-fu, raconte avec plaisir et force détails les accrochages qui opposent régulièrement pro- et anti-Kabila, comme il y en eut le 15 septembre 2015, à Kinshasa.

Des jeunes recrutés pour attaquer des manifestants

Ce jour-là, affirme-t-il, il était passé sur les ondes d’une radio locale pour inciter des jeunes du PPRD et des sympathisants à le rejoindre place Sainte-Thérèse de N’Djili. « Tout le monde s’en prend à Joseph Kabila parce qu’il ne parle pas, explique-t-il. Ses militants doivent se battre contre ses détracteurs. »

Human Rights Watch a, de ce même 15 septembre, un souvenir plus précis : « Des responsables de la sécurité et du PPRD ont recruté plus de 100 jeunes pour attaquer [les manifestants de l’opposition]. » Des fauteurs de troubles ont reconnu avoir été payés environ 65 dollars (57 euros) chacun, ajoute l’ONG dans un rapport publié moins d’un mois après l’événement.

Des accusations qui n’émeuvent ni Claude Mashala, ni les quelques jeunes qui l’accompagnent et approuvent d’un signe de tête chacun de ses propos. Ils le verraient bien succéder à Francis Kalombo, le dernier chef de la Ligue. Proche de Moïse Katumbi – l’ancien gouverneur du Katanga, aujourd’hui candidat à la présidentielle -, Francis Kalombo a choisi l’exil, début 2015, et personne ne l’a encore officiellement remplacé.

« On observe un manque criant de personnalités charismatiques capables de rassembler et de faire rayonner la jeunesse du parti comme je l’ai fait, tacle le député de Kinshasa depuis Paris. Ceux qui veulent prendre des responsabilités aujourd’hui sont des politiques qui ont échoué aux dernières élections. »

Mashala promet des actions musclées contre les détracteurs du chef de l’État

La pique vise directement Mashala, qui a échoué lors des législatives de 2011. Ce dernier croit pourtant en ses chances. Sa compagne, la célèbre chanteuse de mutuashi Tshala Muana, ne dirige-t-elle pas déjà la Ligue des femmes du parti ? « Je suis le chef dont les jeunes du PPRD ont besoin pour faire face aux radicaux de l’opposition », assure-t-il, promettant un « discours dur » et des « actions musclées » contre les détracteurs du chef de l’État.

Kinshasa sous tension

De fait, à sept mois de la fin du second mandat de Joseph Kabila, le climat politique est tendu. « Chaque camp attise le feu et prépare ses partisans à la confrontation, affirme un diplomate occidental basé à Kinshasa. On s’achemine inéluctablement vers des affrontements entre pro- et anti-Kabila dans les grandes villes du pays. » Dans ce contexte, les ligues de jeunes des grands partis revêtent une importance toute particulière.

À Kinshasa, le PPRD répond déjà quasi systématiquement aux meetings de l’opposition par des contre-manifestations. Le parti présidentiel prétend disposer de « comités d’accueil » dans les rues de la capitale et autres grandes villes du pays pour « contribuer à la préservation de l’ordre public », affirme Yves Kisombe, cadre du PPRD.

Les jeunes du PPRD ne doivent pas verser dans la provocation mais être prêts à défendre leur chef. Il faut allier la tête et les muscles pour pouvoir défendre Kabila jusqu’au bout

Transfuge du Mouvement de libération du Congo (MLC), « intéressé » lui aussi par le poste de président de la Ligue des jeunes du PPRD, il soutient qu’« il est du devoir des partisans de Kabila, en tant que citoyens, d’aider les forces de l’ordre lorsque la tranquillité publique risque d’être perturbée ».

À l’image des Imbonerakuré, ces jeunes du Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD, au pouvoir au Burundi) qui jouent les supplétifs de la police et de l’armée dans les quartiers contestataires de Bujumbura ? « On n’en est pas là », tempère Kisombe. « Nous voudrions plutôt construire une ligue sur le modèle des Jeunes patriotes ivoiriens, mais en mieux, renchérit Mashala. Et de préciser que les jeunes du PPRD ne doivent pas verser dans la provocation mais être prêts à défendre leur chef. Il faut allier la tête et les muscles pour pouvoir défendre Kabila jusqu’au bout ».

Ces déclarations enthousiastes et zélées lui permettront-elles d’obtenir le poste tant convoité ? Les instances dirigeantes du parti ne se sont toujours pas prononcées. Nommé secrétaire général du PPRD il y a un an, Henri Mova Sakanyi prend son temps avant de soumettre un nom au président Kabila. Il explique qu’il s’est d’abord attelé à définir « l’état d’esprit » qui devra animer la jeunesse du PPRD et « à concevoir le nouveau logiciel » qui permettra l’avènement de cette « génération Kabila ».

« Nous accueillerons les Congolais tout juste majeurs, ceux qui sont nés lorsque Joseph Kabila et les troupes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) entraient triomphalement dans Kinshasa, ainsi que tous ceux qui se reconnaissent dans le projet de société que porte le président. »

« Des soldats 2.0 »

Arborant des tee-shirts noirs marqués d’un carré rouge (« symbole du sang des martyrs »), les jeunes du PPRD sont déjà chargés « de mettre en échec toute insurrection contre Kabila tant qu’il est là », insiste Henri Mova Sakanyi. Parmi eux, des sportifs ou des adeptes d’arts martiaux qui n’hésitent pas à jouer les pomba (« gros bras », en lingala), mais aussi des femmes et hommes « issus de la crème de la jeunesse congolaise ». Déployés sur d’autres terrains, ces derniers sont surtout actifs sur le web.

« Avant, le parti misait beaucoup sur les désœuvrés, et faisait largement appel aux sportifs. Aujourd’hui, une catégorie intermédiaire, les jeunes cadres, est aussi mise en valeur », se réjouit Doudou-Trésor Mbuyi Kampanga, membre du bureau des Jeunes Leaders.

« Ils sont formés, instruits et ouverts sur le monde. Ils connaissent leur histoire et celle d’autres peuples qui ont résisté à toutes les machinations et autres tentatives de déstabilisation », ajoute Henri Mova Sakanyi, qui espère ainsi « éviter à la RD Congo le sort de la Libye, de la Géorgie, de la Syrie ou de l’Ukraine qui se sont laissées entraîner par le fourmillement des réseaux sociaux ».

Matthieu Kayoka, 30 ans, chercheur en géo-économie, fait partie de ces soldats 2.0. Avec ses camarades, il s’érige en défenseur du chef de l’État sur Twitter, prêt à aller au clash avec toute personne qui égratignerait son champion. Son mot d’ordre ? Touche pas à mon président. Tout un programme…


PAPY BIENTÔT AUX MANETTES ?

Qui succédera à Francis Kalombo à la tête de la Ligue des jeunes du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) ? Le président sortant, désavoué début 2015, a finalement démissionné le 23 mai, sans attendre la nomination de son successeur. Claude Mashala, l’un des secrétaires nationaux du parti, compte sur le soutien du vice-Premier ministre Évariste Boshab, ancien secrétaire général du PPRD. Problème : une résolution du minicongrès du parti organisé en 2014 à Mbandaka (province de l’Équateur) voudrait que le chef de la jeunesse du PPRD n’ait pas plus de 35 ans.

Si elle est appliquée, cette disposition mettrait également sur la touche Yves Kisombe, transfuge du Mouvement de libération du Congo (MLC), et Papy Pungu Lwamba, administrateur de l’Office national d’identification de la population (Onip) et modérateur des Jeunes Leaders. Ce dernier est pourtant considéré par beaucoup de ses camarades comme le mieux placé pour prendre les commandes de la Ligue. Ce qui ferait les affaires Patrick Kanga, cofondateur des Jeunes Leaders.

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