Politique

Mali : ainsi parlait Oumar Mariko

Au siège du parti Sadi, à Bamako, en mai.

Au siège du parti Sadi, à Bamako, en mai. © Emmanuel Daou Bakary / J.A.

Alors qu’à Bamako les rumeurs faisant état d’un remaniement de gouvernement vont bon train et que l’opposition manifeste dans les rues, le trublion de la majorité se montre tantôt critique, tantôt accommodant. Rencontre.

Incompétence, immobilisme… Au Mali, le gouvernement subit des critiques de toutes parts. À commencer par celles de plusieurs leaders de sa majorité, hétéroclite et fragile, comme Oumar Mariko, le chef de l’extrême gauche, qui ne verrait pas d’inconvénient à rejoindre une future équipe moins orientée à droite. Reste à savoir si le trublion en a les compétences et le profil… Et si le gouvernement sera remanié, comme cela se murmure à Bamako.

Derrière large sourire se cache un individu que beaucoup craignent.

Dans le quartier de Djelibougou se dresse la permanence historique du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi), qu’il a fondé en 1996. Quand il apparaît, au milieu des affiches décaties de Karl Marx, Fidel Castro ou Thomas Sankara, le « docteur Mariko », avec son allure bonhomme, inspire la sympathie. Pourtant, derrière la poignée de main ferme et le large sourire se cache un individu que beaucoup craignent.

« Qu’il s’agisse d’Alpha [Oumar Konaré] ou d’ATT [Amadou Toumani Touré], on ne m’a jamais proposé d’être ministre, assure-t-il. Quant à IBK [Ibrahim Boubacar Keïta], qui nous a fait de belles promesses en échange de notre soutien, ses partisans du RPM [Rassemblement pour le Mali] n’ont eu ensuite qu’une seule priorité : se partager les postes. »

Un orateur au service de la paix au Mali

Quand il parle, on ne l’arrête plus. Oumar Mariko a la voix qui porte. « C’est un tribun naturel », précise un militant. À 57 ans, il n’a pas changé de discours, et se dit toujours « anticolonialiste » et « anticapitaliste ». « Je suis le Mélenchon du Mali », s’exclame-t-il, avant de s’avouer proche du seul homme politique français à avoir condamné le retrait définitif de son visa pour l’Hexagone, après qu’il a soutenu activement le coup d’État de 2012. Une situation dont le Parlement malien a débattu en avril dernier. Abdoulaye Diop, le ministre des Affaires étrangères, a lui-même tenté de faire changer d’avis les autorités françaises. Sans succès.

Au lendemain du renversement du président malien, Oumar Mariko avait lancé le Mouvement populaire du 22 mars, favorable aux mutins. « Nous avions tout planifié pour faire tomber ATT. De quoi aurais-je honte puisque, dans notre pays, toutes les élections dites démocratiques, cautionnées par la France, sont des coups d’État institutionnels ? »

« L’éternel opposant » prétend avoir tout fait pour sauver la paix au Mali en 2012. Il s’est rendu plusieurs fois dans le Nord, à Niafunké notamment, pour rencontrer les chefs jihadistes, dont Iyad Ag Ghali, d’Ansar Eddine, afin de trouver une solution « malienne ». Selon lui, le pays reste dirigé par l’ex-puissance coloniale, et l’opération Serval n’était qu’un prétexte pour reprendre pied dans le Sahel.

Inquiétant penchant pour les leaders autoritaires

Je me vois comme une alternative, Oumar Mariko

Entré en politique pendant l’ère Moussa Traoré, l’ancien étudiant qui écoutait à la radio les discours du Guinéen Sékou Touré, passé par la case prison en 1986 pour activisme politique, attend patiemment son tour :

« Je me vois comme une alternative. En 2018, ce sera peut-être l’heure de Mariko. » S’il est plutôt favorable à l’accord d’Alger de juin 2015, prélude au retour de la paix dans le Nord-Mali, il craint encore pour l’unité du pays, toujours « gangrené » par la « corruption et le népotisme ». « Quand le mur se fissure, le margouillat pénètre facilement », présage-t-il. Opposé à la récente loi de programmation militaire, « favorable aux intérêts de l’armée française », il place parmi ses priorités « la reconstruction d’une armée indépendante », s’il arrive au pouvoir.

Un objectif peu rassurant chez un personnage qui ne cache pas son penchant pour les leaders autoritaires et les régimes militarisés. « Notre parti a hérité des luttes nationalistes. J’admire beaucoup Chávez, Mugabe et Sékou Touré. » Pour arriver à ses fins, ce fils de communiste pro-Modibo Keïta (« un homme de gauche panafricain comme moi ») se dit prêt à diriger une large coalition qui réunirait tous les déçus de l’establishment avec, pourquoi pas, « les religieux ». En attendant, pour ne pas trop inquiéter Koulouba, il se situe « dans la majorité, en étant critique ».

« En réalité, IBK lui sert de bouclier. Si ce dernier le lâche, il peut terminer en prison », confie un observateur. Alors, entre deux coups de griffes, l’ancien opposant retourne dans la clinique de son association Médecins de l’espoir pour soigner gratuitement les plus pauvres et peaufiner son image de « bon docteur Mariko ».

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