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Cet article est issu du dossier «La nouvelle Côte d'Ivoire»

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Webb Fontaine
Communication & Médias

Audiovisuel ivoirien : la RTI à la conquête de l’international

Sur le plateau de l'émission C'Midi, le 25 mars. © Corentin Fohlen /J.A.

Talk-shows, musique, fictions… Les équipes de la RTI ne manquent ni d'énergie ni d'imagination. Objectif : diffuser et vendre les programmes au-delà des frontières du pays.

«Ne t’assieds pas sur le pied de la caméra, s’il te plaît, elle n’arrête pas de bouger ! Tu ne le vois donc pas à l’écran ? » s’énerve Joseph Andjou, le rédacteur en chef de l’émission C’Midi, en plein tournage. Après avoir officié pendant des années sur la chaîne française iTélé, le journaliste franco-ivoirien a rejoint la nouvelle équipe de la Radiodiffusion-Télévision ivoirienne (RTI) pour « en professionnaliser l’antenne ».

En 2015, il a été nommé responsable éditorial des productions de la RTI1, la principale chaîne du groupe audiovisuel public. « Je suis avare de compliments, confie-t-il. Mais si j’en faisais trop, plus personne ne fournirait les efforts qui ont permis à nos programmes de dépasser les frontières de la Côte d’Ivoire. »

Immense succès de l’émission C’midi

Depuis sa première diffusion, à la mi-2014, C’Midi est devenue l’émission phare de la RTI1. Elle est suivie dans toute l’Afrique de l’Ouest, et, chaque jour, des centaines de spectateurs se pressent devant le studio pour y assister. Sur l’immense plateau, pas moins de sept caméras, dont une sur grue, captent les passes d’armes improvisées et hilarantes entre Caroline Dasylva et ses chroniqueurs.

« On m’a recrutée après un casting, raconte la jeune femme, qui n’avait jamais fait de télévision auparavant. Grâce à notre présence sur les réseaux sociaux, je reçois quotidiennement des centaines de messages. Certains viennent du Mali, du Sénégal et même du Cameroun, c’est très motivant ! » Autre preuve du succès de cette RTI new-look et moins « ivoiro-ivoirienne », sa page Facebook vient de passer le cap du million d’abonnés, et son application mobile a été téléchargée par plus de 500 000 personnes en moins de deux ans.

Notre objectif est de faire la promotion du foot national, longtemps délaissé au profit des championnats européens.

En janvier, pour anticiper la libéralisation imminente du secteur, le groupe a mis à l’antenne de nouveaux programmes, dont Dimanche de foot (DDF), un rendez-vous sportif dominical présenté par Katty Touré sur la RTI1. « Notre objectif est de faire la promotion du foot national, longtemps délaissé au profit des championnats européens. Mais cela ne nous empêche pas de couvrir les grands matchs à l’étranger. Nos téléspectateurs apprécient de voir des reporters ivoiriens dans les grands stades de Londres ou de Madrid », explique la jeune femme, qui a abandonné son attirail de journaliste-reporter d’image pour le plateau.

Les sociétés de production extérieures entrent dans le jeu

La direction veille par ailleurs à ce que la plupart des émissions soient produites (ou coproduites) par des sociétés extérieures. C’est le cas de Urban Clip, programme musical de la RTI2 entièrement réalisé par la société ivoirienne Kameleo Production. Franck Abd-Bakar Fanny, son directeur général, fait partie de ces « quadras de la diaspora » auxquels tout réussi.

À 45 ans, ce touche-à-tout formé à l’ingénierie informatique aux États-Unis et photographe d’art apporte un vrai souffle de modernité. « Le dinosaure est presque mort, s’amuse-t-il. Avant, dans l’audiovisuel ivoirien, il y avait plus de fonctionnaires que de « créas ». Ce n’est plus le cas, même s’il reste beaucoup de choses à améliorer. Quand on voit ce qui s’est passé lors de la couverture catastrophique de l’attaque de Grand-Bassam… »

Une proximité avec le pouvoir qui interroge

En effet, la RTI est toujours soupçonnée d’être inféodée au régime en place. « Elle est aux ordres du pouvoir. Il suffit de voir les noms des principaux animateurs pour comprendre qu’elle n’a pas échappé au rattrapage ethnique », déplore Augustin Kouadio, cadre du Front populaire ivoirien (FPI, opposition) et ex-ministre de la Culture.

« C’est un faux procès, estime Fatim Gbagbo Djédjé, assistante éditoriale et chroniqueuse remplaçante de l’émission Essentiellement femme, sur RTI1. Je m’appelle Gbagbo et, à ce titre, j’ai presque tous les défauts… Pourtant, on m’a quand même embauchée. Non pas parce que je suis la fille du grand chanteur Ernesto Djédjé, le roi du ziglibithy, mais parce que j’ai travaillé à Africa24 ! »


SUCCÈS EN SÉRIES

Lors de la 11e édition du Discop Africa, le marché africain de l’audiovisuel, qui s’est tenue à Johannesburg fin novembre 2015, RTI-Distribution a été la première à vendre un programme tourné en français et doublé en anglais (avec le soutien de la Francophonie). Réalisée par l’Ivoirien Érico Sery, coproduite par sa maison de production, Originale Entertainment, et par la RTI, la série Sœurs ennemies a en effet été achetée par le groupe sud-africain M-Net pour sa chaîne Africa Magic. La première saison (12 épisodes de vingt-six minutes) a été diffusée sur la RTI1 au premier trimestre de 2016 (le dimanche, à 20 h 50).

Top Radio, dont le pilote avait été présenté par RTI-Distribution lors du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) 2015, sera tournée cette année à Abidjan en coproduction avec Keewu Productions (filiale du groupe français Lagardère), avec Karamoko Touré en coproducteur exécutif, Alex Ogou à la réalisation et Honoré Essoh à l’écriture, lauréats du concours « Nouveaux Talents » lancé par la RTI début 2014 pour, justement, soutenir les productions privées.

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