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Cet article est issu du dossier «La nouvelle Côte d'Ivoire»

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Société

Côte d’Ivoire : mémoire d’Éléphant

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Par  Marwane Ben Yahmed

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

(@marwaneBY)

Façade de l'hôtel Etoile du Sud où se déroula l'attentat de Grand Bassam.

Façade de l'hôtel Etoile du Sud où se déroula l'attentat de Grand Bassam. © Christin Roby/AP/SIPA

Abidjan, fin mars 2016. Le pays vient tout juste de subir une attaque terroriste tragique qui a fait 22 morts.

La capitale économique ivoirienne accueille pourtant, dans l’enceinte du mythique hôtel Ivoire, plus de 1 000 personnalités issues du monde des affaires venues participer au Africa CEO Forum (organisé par le Groupe Jeune Afrique et la Banque africaine de développement).

Soixante-trois pays représentés, dont 43 africains et, surtout, du lourd, comme le diraient nos enfants : Aliko Dangote, Jonathan Oppenheimer, Ngozi Okonjo-Iweala, Ade Ayeyemi, Moulay Hafid Elalamy, Oba Otukedo, Moïse Katumbi, des ministres, des chefs d’État, des Européens, des Chinois, des Japonais, des Russes… Personne parmi eux n’a songé à annuler sa participation à l’événement.

Abidjan est the place to be pour le business.

Et tout le monde s’est étonné du niveau de développement de la capitale économique ivoirienne, de la qualité de ses infrastructures, de son dynamisme, de l’effervescence qui y règne (même la nuit…).

Sortir d’une période de violences gravée dans l’histoire

De l’avis général, malgré l’attentat de Grand-Bassam et l’inquiétude forcément toujours palpable une semaine seulement après un tel drame, Abidjan est the place to be pour le business. À preuve, les avions sont toujours pleins (trouver une place à la dernière minute ou presque est une gageure), comme les hôtels ou les bars lounges, d’ailleurs, où se discutent bien des contrats. La Côte d’Ivoire est en effet devenue l’économie qui croît le plus vite en Afrique, après l’Éthiopie. Et comme l’Afrique elle-même est le deuxième continent le plus dynamique derrière l’Asie…

Abidjan, fin mars 2011. La Côte d’Ivoire ressemble alors à une cause perdue. Le « commando invisible », qui affronte dans Abidjan depuis un mois déjà les forces restées fidèles à Laurent Gbagbo, est rejoint par les FRCI d’Alassane Ouattara, qui ouvrent un autre front, depuis l’Ouest et le Nord. Yamoussoukro tombe.

Depuis le début de la crise électorale, en décembre 2010, les morts s’amoncellent, les viols, les destructions et les pillages se multiplient. Les ressortissants étrangers ont fui depuis longtemps, mis à part quelques irréductibles Libanais ou Français. Les Ivoiriens aux patronymes « douteux », pour un camp comme pour l’autre, se terrent. Les écoles et les magasins ont mis la clé sous la porte. S’approvisionner est devenu quasi impossible. Bref, l’enfer sur terre. Difficile, à l’époque, de miser un franc CFA sur l’avenir du pays. C’était il y a seulement cinq ans.

Une success-story économique africaine contemporaine

Le grand retour de la Côte d’Ivoire, puisqu’elle ne fait que renouer avec son prestigieux passé postindépendance, n’est ni une vue de l’esprit ni un conte narré par d’excellents communicants à des investisseurs ou à des journalistes naïfs.

C’est une réalité tangible, une success-story économique africaine contemporaine (disons de ces quinze dernières années), que partagent, entre autres, le Kenya, l’Éthiopie, le Botswana, la Tanzanie, l’Angola, la Sierra Leone, le Nigeria, le Mozambique, le Ghana, voire le Sénégal, même si certains connaissent aujourd’hui d’importantes difficultés.

Les Ivoiriens peuvent se féliciter du chemin parcouru en seulement un lustre, tout comme ils doivent faire preuve de vigilance et faire appel, une nouvelle fois, à leur mémoire.

Entre 1960 et 1980, leur pays avait déjà connu une transformation spectaculaire de son économie. Grâce à une politique relativement similaire à celle appliquée aujourd’hui, savant mélange d’un État fort qui joue pleinement son rôle, d’investissements privés et d’afflux de capitaux étrangers. Période faste et petit miracle qui, au milieu des années 1980, se mua en mirage et en véritable crise, notamment avec la chute des cours du cacao et du café. On connaît la suite.

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