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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : Un siècle de négritude avec Bernard Binlin Dadié»

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Bernard Dadié, entre réel et merveilleux

Par

Analyste politique et consultant en stratégies d'images

Franck Hermann Ekra et Bernard Dadié © ISSAM ZEJLY/TRUTH BIRD MEDIAS POUR J.A.

Né vers 1916, Bernard Dadié, le père de la littérature ivoirienne, sera mis à l'honneur lors du Salon du livre de Genève, du 27 avril au 1er mai. L'occasion de revenir sur l'œuvre et le parcours d'un auteur engagé, à la fois romancier, dramaturge et poète. Franck Hermann Ekra, critique d'art ivoirien lui rend hommage.

« «Le Pagne noir, Ekra, notre pagne pour te couvrir, en toute amitié. » Par ce trait de plume protecteur en guise de dédicace, Dadié illustre l’intime complicité qui s’est nouée entre nous. Une relation filiale, philosophique et initiatique. Un dialogue nourri par une passion commune pour l’histoire et les imaginaires de notre pays. Une conversation énigmatique sur le visible et l’invisible, l’ancien monde et ses survivances contemporaines. En somme une invitation à poursuivre la quête de soi au miroir de l’autre.

L’appartenance de Dadié au peuple de l’Abissa, un peuple de carnaval, le prédispose à l’indistinction entre réel et merveilleux, à l’inversion ludique des rôles sociaux, au déguisement et à l’ironie, dans le dos des pouvoirs… Pour lui, le pagne est un symbole des langages et de la civilisation africaine, celle du mentir-vrai des veillées de contes, celle qui nous relie à toutes les rives du monde noir. Le pagne est un objet porte-mémoire à déchiffrer, dont « même la couture dit quelque chose ».

Le pagne est un objet porte-mémoire à déchiffrer, dont « même la couture dit quelque chose »

Ce témoin engagé, formé aux arts de la résistance, se souvient d’une scène primitive au cours de laquelle le maître s’était saisi de son pagne et l’avait piétiné à défaut de pouvoir porter la main sur lui. Il avait réussi à s’enfuir, à prendre ses jambes à son cou, concédant à son vis-à-vis colonial l’apparence d’une défaite humiliante. Ainsi, se réjouit-il, « la culture n’a pas été foulée au pied » !

C’est le parlementaire guyanais Léon-Gontran Damas, cofondateur du mouvement de la négritude, qui lui suggère avec la force de l’évidence d’intituler son recueil de contes Le Pagne noir. Dadié obtempère sans difficulté. Il se félicite de l’inspiration de Damas, qui confirme par ce choix qu’il est « un des nôtres ». Homme de fidélité et de loyauté, l’Ivoirien considère cependant qu’« on ne s’attache jamais à la couleur d’un pagne, mais à sa solidité » et qu’« avant de jeter un vieux linge, on doit s’assurer que le second vous servira mieux » (Assémien Dehylé, roi du Sanwi). »

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