Politique

États-Unis : Bernie Sanders, le perdant magnifique

Socialiste revendiqué, Bernie Sanders, 74 ans, n’accédera sans doute jamais à la Maison Blanche. Mais son incroyable série de succès face à Hillary Clinton lors des primaires fera date.

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Mis à jour le 19 avril 2016 à 13:36

En meeting à Brooklyn avec Jane, son épouse, le 8 avril. © SAM HODGSON/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA

La primaire démocrate de Californie n’aura lieu que le 7 juin. Pourtant, à Los Angeles, l’enthousiasme en faveur de Bernie Sanders, le sénateur qui, contre toute attente, tient la dragée haute à Hillary Clinton, est palpable. Sur les pare-brise des automobiles, les autocollants « Bernie » sont légion.

Fort engouement pour le candidat socialiste

Et tous les dimanches après-midi, une centaine de ses partisans font le siège des locaux de CNN, sur Sunset Boulevard, pour demander une couverture médiatique plus équilibrée. Des vedettes de Hollywood se sont entichées de lui, pourtant si peu glamour avec ses cheveux blancs en pétard et ses lunettes carrées. Susan Sarandon et Spike Lee sont du nombre. Il est vrai qu’en face Hillary peut compter sur le soutien de George Clooney et de Jennifer Lopez…

L’effervescence est encore plus forte à New York City, à l’approche de la primaire du 19 avril. En dépit du froid glacial, Bernie a tenu plusieurs meetings à Brooklyn, où il est né, devant des centaines de personnes. La fièvre Sanders est en train de gagner tout le pays. À peine croyable pour un candidat socialiste autoproclamé ! Il revient pourtant de très loin.

Dans l’Iowa, début février, il a fini ex aequo avec Hillary, alors que, quelques mois plus tôt, il était devancé de 40 points dans les sondages. Même retournement de situation dans le Michigan, le 7 avril. Et dans six des sept États qui ont voté récemment.

Sanders a deux atouts. L’enthousiasme qu’il suscite chez les jeunes démocrates (dans l’Iowa, 84 % des 17-29 ans ont voté pour lui). Et sa force de frappe financière. Par souci éthique, il a refusé l’appui des super PAC et finance sa campagne grâce aux (modestes) contributions des particuliers. À ce jour, il a levé 140 millions de dollars (environ 123 millions d’euros). Et Clinton, 222 millions.

Bien entendu, Sanders va sûrement être battu. Il compte à ce jour 1 086 délégués, contre 1 305 pour sa rivale (il en faut 2 383 pour être désigné). Mais le poids des « super-délégués » (élus et responsables nommés par le parti) sera décisif lors de la convention nationale, en juillet. Or ces derniers ne lui sont pas favorables… Peu importe, il a déjà gagné son pari. Il se fait le chantre de la justice sociale, fait souffler un vent de fraîcheur et participe à l’éveil politique de toute une génération.

Nous voulons le changement !

« Bernie se soucie des gens », expliquent en chœur deux étudiantes africaines-américaines sur le campus de l’université de Californie du Sud. L’une d’elles, prénommée Tariqa, pianote sur son ordinateur, sur lequel elle a collé un faux billet de 99 dollars à l’effigie du candidat, référence au 1 % des Américains les plus riches que celui-ci entend taxer davantage.

« Il est authentique, intègre, et défend aujourd’hui ce qu’il défendait il y a quarante ans », plaide-t-elle. Tout le contraire de Hillary, qui, en comparaison, paraît « empruntée et mécanique ». Même si les Clinton restent très populaires chez les Africains-Américains, Tariqa votera Sanders. N’a-t-il pas, en 1963, participé à la marche pour les droits civiques au cours de laquelle Martin Luther King prononça son célèbre discours : « Je fais un rêve » ?

« Je suis pro-Bernie parce qu’il est pour l’exonération des frais à la fac et que je suis endettée jusqu’au cou », commente pour sa part Miolly, une autre étudiante qui se définit comme une « Juive de Brooklyn ». Un point commun avec Sanders, même si ce dernier n’évoque presque jamais sa judéité.

Tariqa revient à la charge : « Nous sommes radicaux et nous voulons le changement ! » La jeune femme se déclare « sociale-démocrate comme en Suède ». Et même « socialiste ». Pour les jeunes Américains, le mot n’est pas connoté aussi négativement que pour la génération précédente. Même porté par un homme de 74 ans, le socialisme serait-il une idée neuve dans ce pays où les inégalités ne cessent de se creuser ?

Plusieurs sondages montrent que plus de la moitié des Américains ne font pas confiance à Hillary. Qu’ils sont las d’une personnalité qui joue les premiers rôles depuis plus de vingt ans, manque de charisme et pactise avec les milieux d’affaires. Sanders rappelle d’ailleurs à l’envi que Goldman Sachs a fait don à sa rivale de plus de 600 000 dollars en rémunération de ses discours.

À l’inverse, un sondage CNN montrait début mars que, s’il était le candidat démocrate, Sanders battrait à plate couture son rival républicain, quel qu’il soit : + 17 points par rapport à Ted Cruz, + 12 par rapport à Donald Trump. Des scores bien supérieurs à ceux de Hillary.