Économie

Pétrole : le Nigeria à la recherche d’argent « bon marché »

Kemi Adeosun, la ministre des Finances, espère lever 9 milliards de dollars sur les marchés nigérian et internationaux. © Afolabi Sotunde/Reuters

Plombé par la chute des prix du pétrole, le pays veut diversifier son économie. Mais pour cela, l'État, dont les caisses sont vides, doit emprunter afin de construire les infrastructures nécessaires.

Premier exportateur africain de pétrole, le Nigeria est frappé de plein fouet par la chute des prix du baril. Sa croissance économique (+2,65 % en 2015, selon le FMI) n’a jamais été aussi basse depuis vingt ans, révélant, encore une fois, la fragilité d’un pays qui tire 90 % de ses recettes de l’or noir.

Élu en 2015 sur une vague d’optimisme et d’espoir de changement, le président Muhammadu Buhari avait trouvé les caisses de l’État vides. La faute, selon lui, à la corruption qui sévissait sous son prédécesseur. Mais aujourd’hui, le voilà au pied du mur.

Selon Kemi Adeosun, la ministre des Finances, le Nigeria ne peut pas compter sur un hypothétique rebond des prix du baril. Par conséquent, le pays doit profiter de cette conjoncture difficile pour diversifier son économie. Les gouvernements précédents avaient fait le même constat… sans en tirer les conséquences qui s’imposaient.

Le postulat de l’équipe actuelle ? La construction d’infrastructures étant le préalable à tout décollage des secteurs agricole et manufacturier, le premier jalon vers la relance de l’économie consiste en l’amélioration de la fourniture d’électricité et des réseaux de transport.

Problème : le déficit budgétaire du Nigeria s’élève à 11 milliards de dollars (9,7 milliards d’euros). Pour financer ses projets d’infrastructures, l’État s’est donc lancé dans une politique d’emprunts. Kemi Adeosun veut lever 9 milliards de dollars sur les marchés nigérian et internationaux et affirme explorer toutes les pistes pour emprunter de l’argent aux meilleurs taux possible.

Un pas vers la Chine et le Japon

« Dans un premier temps, nous cherchions environ 1 milliard de dollars sur le marché des eurobonds », explique Kemi Adeosun. Mais aujourd’hui, elle envisage de se tourner davantage vers les marchés obligataires chinois et japonais, moins chers et plus attrayants. Le président Buhari s’est d’ailleurs rendu en personne à Pékin, du 11 au 15 avril, pour mobiliser l’aide de la Chine pour ses projets d’infrastructures.

Aucun road show n’a été organisé jusqu’ici, le vote tardif du budget au Parlement, en mars, ayant ralenti le processus. Mais l’État est décidé à solliciter le marché au troisième trimestre de cette année.

Kemi Adeosun a également pris langue avec la Banque mondiale et la BAD pour un prêt de 3,5 milliards de dollars destiné à couvrir le reste du déficit budgétaire. Mais cela pourrait se révéler plus compliqué que prévu. Certes, selon la ministre, la Banque mondiale a approuvé les initiatives du gouvernement destinées à collecter plus d’impôts et à mieux contrôler les dépenses publiques : les effectifs des ministères sont en train d’être audités et les postes de fonctionnaires fictifs supprimés, tandis que les agences gouvernementales sont sommées de justifier leurs recettes et leurs dépenses.

Mais de son côté, le FMI a clairement exprimé sa préoccupation concernant l’engagement du gouvernement à endiguer l’inflation, qui est passée de 7,9 % en décembre 2015 à 9,6 % en janvier 2016.

Le plan B de la ministre  des Finances

La ministre des Finances a un plan B au cas où elle ne serait pas en mesure de collecter suffisamment de revenus hors pétrole : le gouvernement prélèverait jusqu’à 5 milliards de dollars sur les fonds destinés au financement de ses prises de participation dans des compagnies pétrolières internationales. Cela contraindrait ainsi les majors à compléter, pour partie, la différence en réalisant des investissements sous forme de prêts dans la compagnie publique, la Nigerian National Petroleum Company (NNPC).

Une telle mesure est toutefois susceptible de contrarier le secteur. La NNPC doit déjà au moins 4 milliards de dollars aux majors et les analystes tirent la sonnette d’alarme : à moins d’un règlement des problèmes financiers du pays, sa production (2,1 millions de barils par jour fin 2015) va chuter.

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