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Le « Times Higher Education » classe les meilleures universités du monde arabe

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Il existe plusieurs palmarès des meilleurs établissements d'enseignement supérieur du monde arabe. Dernier en date, celui du magazine britannique "Times Higher Education".

King Abdulaziz University, King Fahd University of Petroleum & Minerals, King Saud University, les campus à nom de pétromonarques saoudiens dominent souverainement le dernier classement des quinze meilleures institutions d’enseignement supérieur du monde arabe, publié à la fin de janvier par le magazine britannique spécialisé Times Higher Education (THE).

Seule la vénérable American University of Beirut, établissement privé fondé en 1866, parvient à se hisser à la deuxième place, entre deux jeunes concurrentes saoudiennes. D’autres universités du Golfe, celles des Émirats arabes unis, du Qatar et d’Oman, trustent le haut du palmarès. Les seules institutions maghrébines et francophones à y figurer, toutes deux marocaines, n’apparaissent qu’en quatorzième et quinzième positions : les universités Cadi-Ayyad de Marrakech et Mohammed-V de Rabat.

Les campus scientifiques du Golfe en tête

Lancé en 2004, le classement THE fait autorité parmi la douzaine de palmarès créés dans la foulée de celui de l’université Jiao-Tong de Shanghai (2003). S’il se veut plus pointu que ce dernier, s’appuyant sur treize indicateurs regroupés dans cinq catégories – l’enseignement, l’impact des citations, la recherche, le taux d’internationalisation et le financement par l’industrie -, leurs résultats, comme ceux du Quacquarelli Symonds (QS), autre classement de référence, sont proches et confirment la tendance régionale qui donne la prééminence aux riches campus scientifiques du Golfe.

Sociologue franco-palestinien enseignant à l’American University of Beirut, Sari Hanafi reconnaît la qualité des institutions saoudiennes distinguées par ces palmarès : « Le royaume a fait des miracles dans ce domaine, il a investi efficacement et a su attirer un grand nombre d’étudiants. La King Abdullah University dispose ainsi de dizaines de chercheurs en nanotechnologies, quand d’autres établissements à la réputation ancienne ne comptent les leurs que sur les doigts d’une main. ».

Le premier objectif de ces investissements est de répondre à la nécessité impérieuse de former des compétences locales afin de bâtir des économies indépendantes des rentes pétrolières et de parer au chômage en donnant aux jeunes nationaux les moyens d’accéder à des postes occupés par des expatriés. Mais il s’agit aussi d’une question de prestige national, et la course à « l’excellence » engagée depuis les années 1990 par les monarchies de la péninsule s’applique au domaine de l’éducation comme à ceux des arts, des sports et de l’urbanisme.

Cette compétition pour le palmarès tire le monde universitaire vers le bas au lieu de produire une émulation positive, selon Jana Jabbour.

Les citations dans les grands palmarès internationaux sont avidement recherchées par les autorités locales, autant que par les administrations des universités. De création récente mais richement dotées, ces universités cherchent, en nouant des partenariats, à jouir de l’expérience et de la notoriété des établissements occidentaux, et particulièrement américains, qui occupent les premières places des classements internationaux.

La capitale qatarie accueille ainsi dans sa Cité de l’éducation des filiales de Cornell, Texas A&M, Carnegie-Mellon, Georgetown, de la française HEC, etc. « Cela permet aux États de déléguer le contrôle des programmes pédagogiques et de la recherche à des groupes expérimentés », souligne Hanafi.

Une stratégie de labellisation qui laisse sceptique Jana Jabbour, jeune docteure associée à Sciences-Po Paris et enseignante à l’université Saint-Joseph, la grande institution francophone du Liban fondée par les jésuites au XIXe siècle : « J’ai eu l’occasion de m’intéresser à la succursale de Georgetown au Qatar et j’ai pu constater que les professeurs qui y sont envoyés ne sont pas au même niveau que ceux de la maison mère a Washington et que les autres enseignants issus de la région ne publiaient pratiquement pas d’articles de recherche. ».

Pour la Libanaise, cette obsession du branding et du ranking répond à une « regrettable logique commerciale, une stratégie de supermarché qui fait fi de la qualité de la recherche – notamment en sciences sociales, défavorisées dans les classements par rapport aux sciences dures – et de l’enseignement. Cette compétition pour le palmarès tire le monde universitaire vers le bas au lieu de produire une émulation positive. Elle est aussi exacerbée par la prolifération des universités privées dans la région, comme au Liban, qui en compte une quarantaine pour 4 millions d’habitants. »

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Les universités francophones quasiment absentes

Avec le triomphe médiatique des classements internationaux, les responsables concentrent leurs efforts sur la satisfaction des critères arbitrairement sélectionnés. La quantité de publications dans des revues scientifiques en est ainsi l’un des plus importants, mais l’immense majorité des titres retenus sont anglo-saxons, ce qui dessert les productions en arabe sur des problématiques régionales.

Ce même critère explique également en partie pourquoi peu d’établissements francophones sont présents dans ces classements. « Il est notoire au Liban que l’université Saint-Joseph est d’un niveau quasi égal à celui de l’American University of Beirut, qui est en deuxième position du classement THE quand son homologue francophone n’apparaît nulle part », remarque Jana Jabbour.

À Marrakech, Abdellatif Miraoui, président de l’université Cadi-Ayyad, ne cache pas, pour sa part, sa satisfaction d’avoir été distingué : « Bien sûr que c’est important, même si cela n’est pas essentiel à la vie de l’université. Cela permet de regrouper nos forces vives pour nous améliorer sur des critères de sélection importants comme ceux des publications et de l’innovation pédagogique. Nous sommes ainsi l’une des seules sur le continent à proposer des Mooc [apprentissage libre en ligne], et c’est grâce à notre classement dans THE que nous avons pu signer un partenariat de 2 millions de dollars [1,8 million d’euros] avec Microsoft qui nous permet, entre autres, d’avoir le wifi sur tout le campus. »

Pour le Marocain, la présence de son université dans le classement tient de la prouesse compte tenu des moyens disponibles : quand un étudiant de la King Saud University demande un investissement de 20 000 euros par an, celui de Marrakech n’en coûte que 1 000, et si les universités marocaines disposent d’un professeur pour une cinquantaine d’étudiants, ils ne sont qu’entre six et dix étudiants par professeur en Arabie saoudite. « Nous sommes une université pauvre et francophone, certes, mais dont la dynamique d’innovation est récompensée : il n’y a pas de fatalité », assure Miraoui.

Des classements peu influents

Ces classements, très attendus par l’administration et produits soit par d’autres universités, soit par des revues ou des entreprises spécialisées qui en ont fait de lucratifs marronniers, sont-ils cependant déterminants dans le choix des étudiants ?

Très peu, si l’on en croit Campus France, l’agence pour la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger, dont une enquête publiée en mai 2015 et réalisée auprès de 600 étudiants internationaux faisait apparaître que la notoriété des établissements auprès des étudiants « ne dépasse pas 14 %, et seul un étudiant sur dix les utilise », et que « les utilisateurs de ces classements leur accordent une confiance relative ».

Pour un Sari Hanafi très critique, qui les qualifie volontiers de « farce », leur succès médiatique est essentiellement dû au fait que « l’opinion adore ce genre d’indicateurs raccourcis qui la dispense de réfléchir ». Les étudiants, eux, semblent savoir pousser plus loin la réflexion !

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