Finance

Panama Papers : ce qui a séduit les clients africains de Mossack Fonseca

Les bureaux du cabinet d'avocats Mossack Fonseca à Panama, le 4 avril 2016. © AFP/Rodriguo Arangua

S'ils font appel à cet État d'Amérique centrale, c'est avant tout pour l'anonymat qu'il garantit. Lequel permet des transactions souvent inavouables…

Le Panama est certes un paradis fiscal. Mais ce n’est pas vraiment ce qui a séduit les clients africains du cabinet d’avocats Mossack Fonseca, spécialisé dans la création de sociétés écrans. Pour eux, l’intérêt résidait surtout dans l’anonymat qui leur était garanti. Celui-ci peut en effet faciliter des opérations de blanchiment d’argent. Ou permettre de réaliser des investissements en toute discrétion. Ainsi, peu de Kinois savaient, avant ce début avril, que Jaynet Kabila, la sœur jumelle du président congolais, contrôlait une partie du capital de l’opérateur de téléphonie Vodacom.

Cette opacité permet également d’accorder des avantages ou d’attribuer des concessions, le tout dans le plus grand secret. Exemple : Clive Khubuluse Zuma, le neveu du président sud-africain, fut le représentant de Caprikat Ltd., une société détenue par le groupe Fleurette (de l’Israélien Dan Gertler) qui a un temps contrôlé des concessions pétrolières dans l’est de la RD Congo.

La stratégie de la dissimulation

« Les législations sur la corruption d’agent public étranger se sont beaucoup renforcées ces dernières années. Désormais, les corrupteurs doivent eux aussi se dissimuler », explique Me William Bourdon, président de l’association Sherpa, pourfendeuse des « crimes économiques ». L’avocat se réjouit des révélations des Panama Papers, qui, il l’espère, feront avancer certains de ses dossiers en cours devant la justice française, comme l’affaire des biens mal acquis. « Nous envisageons de demander de nouvelles investigations », précise-t-il.

Par le truchement de sociétés écrans, il est en effet possible de placer des avoirs tout en échappant à d’éventuelles enquêtes de juges étrangers ou à des sanctions internationales. Des proches du président syrien Bachar al-Assad ont utilisé ce type de circuit pour acheter du carburant destiné à leurs bombardiers.

Des échanges de courriels internes au sein du cabinet Mossack Fonseca attestent qu’il lui est arrivé de mettre fin à ses relations avec des clients devenus trop encombrants

Enfin, ces comptes anonymes se révèlent bien utiles à qui veut mettre son argent à l’abri à l’étranger, en cas de revers de fortune au pays… Mais cette garantie n’est pas totale. D’abord parce que les révélations se multiplient : les Panama Papers surviennent après les scandales des Offshore Leaks, des LuxLeaks ou des SwissLeaks, en 2013, au cours desquels ont été exposés les noms de Youssou Ndour, Patrick Bédié ou Aliko Dangote. Ensuite parce que ces places financières sont parfois vulnérables aux pressions.

Des échanges de courriels internes au sein du cabinet Mossack Fonseca attestent qu’il lui est arrivé de mettre fin à ses relations avec des clients devenus trop encombrants. Ce fut le cas avec Alaa Moubarak, l’un des fils de l’ancien raïs égyptien. À charge alors pour ces indésirables de se trouver un intermédiaire plus conciliant. En Asie, par exemple.

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