Société

Portrait d’islamophobe

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Par  Fawzia Zouari

Grande mosquée de Paris, 22 septembre 2010

Grande mosquée de Paris, 22 septembre 2010 © Francois Mori/AP/SIPA

Comment dénoncer l’islamisme sans tomber dans l’islamophobie ? Telle est la question qui agite aujourd’hui la France, voire l’Europe tout entière.

Moi, je dis, le plus simple est de dresser le portrait de l’islamophobe et son contraire. L’on pourrait avancer ceci : est islamophobe celui qui hait l’islam sans raison ni mesure et dont la peur relève de l’obsession. Celui qui perçoit le musulman comme un ennemi par définition. Celui dont le discours dégouline de soupçon et se nourrit de fantasmes. Celui qui veut bannir une population sous prétexte qu’elle pratique une religion donnée et qui voit dans les fidèles de Mahomet des gens sans civilisation ni Histoire. Celui qui confond tous les musulmans et leur dresse le même profil hideux de l’intégriste égorgeur. Celui qui voit en eux le principal danger pour l’Europe de demain.

Ce sont des esprits prisonniers de la logique des croisades et des impérialismes. Ce sont ceux qui s’acharnent à dénier à toute personne de culture musulmane la capacité de s’intégrer et d’aspirer à l’universel. Ce sont des caractères nostalgiques et chauvins qui interdisent à la France de faire le pari de l’humanisme, qui consiste à conjuguer les cultures en vue de créer une civilisation universelle.

Qu’est-ce qui empêcherait quiconque, débarrassé des calculs et des haines, de construire un discours lucide sur le monde musulman ou de souligner les dérives de l’islam ?

N’est pas islamophobe celui qui aborde l’islam avec un esprit critique, mais sans préjugés ni idées préconçues. Celui qui en parle en connaissance de cause et avec loyauté. Celui dont l’honnêteté intellectuelle lui dicte de s’en tenir à la réalité du terrain. Celui dont la motivation échappe aux querelles d’intérêts, aux stratégies de carrière ou aux postures faussement scientifiques. Qu’est-ce qui empêcherait quiconque, débarrassé des calculs et des haines, de construire un discours lucide sur le monde musulman ou de souligner les dérives de l’islam ? Ainsi, l’on ne peut accuser d’islamophobie celui qui soutient le projet commun de France et défend la laïcité. Celui qui ne déroge pas à l’égalité des sexes ni à la citoyenneté. Dire, en l’occurrence, que le niqab ou le qamis ne sont pas compatibles avec le modèle français est une vérité qui ne peut être assimilée à de l’injure.

Refuser de cautionner les propos sur l’infériorité des femmes, non plus. Appeler les musulmans à ne pas céder à la tentation de transformer leur religion en un kit de pratiques ostentatoires aux dépens de sa belle spiritualité est salvateur pour les musulmans eux-mêmes. Se conformer aux lois du pays décrédibilise ceux qui évoquent leur impossible intégration. Ces rappels ne peuvent en aucun cas leur nuire ni profiter à l’extrême droite puisqu’il s’agit de soustraire le musulman au paternalisme de ses ex-colonisateurs, à la victimisation dans laquelle il se complaît souvent et à l’éternelle théorie du complot qui le fascine.

C’est dire s’il faut distinguer en la matière le reproche de la détestation. Sévir à l’égard des musulmans n’empêche pas de les aimer. Prendre le recul nécessaire pour analyser leurs défauts ne vise qu’à réduire les obstacles qui freinent leur rencontre avec l’Autre. Car, au fond, il n’est d’espoir pour l’islam que dans son acceptation d’une lecture critique et d’une mise à l’épreuve du monde, seules garantes de sa pérennité.

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