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Cet article est issu du dossier «Côte d'Ivoire : 4e édition de l'Africa CEO Forum à Abidjan»

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Politique économique

The Africa CEO Forum : fort en symboles

La 4e édition du Africa CEO Forum s'est tenue à Abidjan les 21 et 22 mars. © J.A.

Quatre ans après son lancement, le Africa CEO Forum, coorganisé par le Groupe Jeune Afrique, a tenu avec succès sa première édition sur le continent, les 21 et 22 mars à Abidjan.

Il y a bien évidemment eu des annonces d’investissement, des lancements de nouveaux projets, des signatures de partenariats ou encore des nominations… De multiples contacts ont été noués entre dirigeants d’entreprise, comme cela est de coutume. Il y a eu aussi des débats de très bon niveau sur les économies africaines et les orientations à leur donner dans un contexte mondial devenu volatile.

En quatre éditions, le Africa CEO Forum, coorganisé par le Groupe Jeune Afrique, Rainbow Unlimited et la Banque africaine de développement (BAD), est devenu sans aucun doute l’événement économique de référence consacré au continent. En témoigne la participation cette année de personnalités telles que, entre autres, le tycoon Aliko Dangote, la puissante Ngozi Okonjo-Iweala, ancienne ministre des Finances du Nigeria ou encore Jonathan Oppenheimer, fils de Nicky Oppenheimer et héritier de la famille fondatrice du géant minier Anglo American.

Pour voir les photos de l’événement, veuillez consulter le site du CEO Forum

Une édition symbolique

Mais s’il est une chose à retenir du millésime 2016 de ce Forum, qui s’est tenu à Abidjan les 21 et 22 mars autour du thème « Nouvelle réalité, nouvelles priorités », c’est sans doute sa dimension symbolique. À plusieurs égards. Tout d’abord, et c’est surtout Alassane Ouattara, le président ivoirien, qui l’a relevé : il s’agit du fait d’avoir maintenu l’événement aux dates prévues, dans « un contexte sécuritaire particulier » marqué par l’attentat terroriste qui a frappé la Côte d’Ivoire le 13 mars et fait 22 morts dans la station balnéaire de Grand-Bassam.

Cela « revêt un caractère symbolique très fort », a souligné Alassane Ouattara, chez qui il y avait, en ce matin du 21 mars, jour d’ouverture du Africa CEO Forum, comme une volonté de détendre l’atmosphère. Le président ivoirien n’a, par exemple, pas manqué de faire sourire l’auditoire lorsque, son discours d’ouverture terminé, il a fait mine de quitter le podium avant de revenir sur ses pas pour demander une photo avec la modératrice de la cérémonie Beatrice Marshall et lui proposer son aide.

Si l’objectif de celui qui disait juste avant que la Côte d’Ivoire ne laisserait pas de tels « actes [terroristes] freiner sa marche vers l’émergence » avait été de rassurer les participants et de les inciter à rester concentrés sur l’essentiel, on peut dire qu’il a été atteint. Puisque durant ces deux jours, tout en condamnant fermement les derniers attentats à Bamako (Mali), à In Salah (Algérie) et à Bruxelles (Belgique), les patrons des grandes entreprises actives en Afrique, les ministres ou encore les diplomates n’ont pas perdu de vue la raison de leur présence à Abidjan.

« Ce que cherchent ces terroristes, c’est attirer l’attention, faire parler d’eux en semant la peur et ainsi dissuader les investisseurs de venir sur le continent … Nous ne devons pas entrer dans leur jeu », affirme ainsi Mossadeck Bally, le patron du groupe hôtelier malien Azalaï.

La priorité : le développement du continent

C’est là l’illustration du véritable symbole qu’est également devenu le Africa CEO Forum en lui-même : haut lieu de rencontres, de discussions et de réflexion de ces patrons et décideurs économiques qui croient résolument en l’Afrique, en son secteur privé, et qui refusent de se laisser détourner de la priorité qu’est le développement du continent. Le nouveau président de la BAD, le Nigérian Akinwumi Adesina, n’a ainsi cessé de marteler que l’émergence de l’Afrique était bien réelle.

« Oui, nos économies font face à des vents contraires, avec la baisse significative des prix des matières premières – le pétrole, les minerais et les métaux, ou encore les produits agricoles. La baisse de la demande de la Chine et la croissance lente en Europe, dont les économies représentent une part importante du commerce avec l’Afrique, ont aggravé les déficits courants et les déséquilibres budgétaires nationaux pour de nombreux pays africains. Mais le continent continue de résister », a-t-il assuré en mettant en avant les dernières prévisions du FMI. D’après celles-ci, la croissance de l’Afrique devrait atteindre 4,4 % cette année et 5 % en 2017, alors que l’économie mondiale ne réalisera que 3 % en 2016. « L’Afrique reste l’endroit pour faire du business », a insisté Akinwumi Adesina.

Le discours de ces décideurs, débattant ouvertement, n’était pas seulement optimiste, mais aussi et surtout pragmatique, prenant bien en compte les défis auxquels est confronté le continent. Des sujets comme la recherche de nouvelles sources de financements, au moment où les coûts des capitaux sur les marchés internationaux deviennent élevés, la corruption ou encore l’intégration régionale, qui peine à devenir une réalité, empêchant les entreprises de réaliser des économies d’échelle et d’avoir accès à des marchés de taille plus importante, ont été au cœur des discussions.

À ce dernier propos d’ailleurs, le Nigérian Aliko Dangote a estimé que les économies africaines devraient repenser l’intégration en amont, en étudiant la possibilité de connecter les industries manufacturières aux productions locales, par exemple la culture du coton à des usines textiles. Pour le patron du groupe qui porte son nom : « Plus vous commercerez entre vous, moins vous serez exposés aux chocs mondiaux. »

Pour la première fois en Afrique

Autre aspect symbolique, et pas des moindres, de l’édition 2016 du Africa CEO Forum : sa tenue pour la première fois en terre africaine. Avec un réel succès ! La preuve par les chiffres, l’organisation ayant enregistré plus de 1 000 participants, venus de 63 pays, dont 43 africains. L’application Africa CEO Network a été téléchargée 671 fois en deux jours. « Mon équipe était dubitative sur la réussite d’un tel événement, qui se veut de très haut niveau, sur le continent. Mais avec la qualité de l’organisation et des infrastructures d’accueil, on pourrait se croire n’importe où en Europe », affirme ce financier qui soutient que cette édition n’a rien à envier à celles qui se sont déroulées à Genève les années précédentes. Le panel présidentiel, également une première, dont les invités étaient les présidents ghanéen, John Dramani Mahama, et ivoirien, Alassane Ouattara, a fait le plein (1 400 places assises).

Surtout, les échanges y ont été d’excellent niveau avec des chefs d’État multipliant les propositions pour rapprocher davantage leurs économies respectives. « Le Ghana et la Côte d’Ivoire doivent devenir la plaque tournante mondiale du chocolat. Nous devrions avoir une zone de développement conjoint et inciter les entreprises à s’y installer pour transformer le cacao », a par exemple proposé John Dramani Mahama. Ici, à Abidjan, comme cela a été le cas à Genève durant les précédentes éditions, le succès du traditionnel dîner de gala ne s’est pas démenti.

Il a notamment été marqué par l’attribution du titre de CEO africain de l’année au Nigérian Oba Otudeko, 70 ans. Le président de Honeywell Group, présent dans l’agroalimentaire, la construction et l’énergie, rejoint une liste prestigieuse de dirigeants africains ayant reçu ce prix, comme l’Algérien Issad Rebrab, patron du groupe Cevital, et le Kényan Chris Kirubi, directeur du conglomérat Centum. Quant à Sébastien Kadio-Morokro, directeur général de la société de distribution de produits pétroliers Petro Ivoire, il a été élu Young CEO of the Year. Instauré cette année, ce prix récompense des dirigeants de moins de 40 ans.

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