Société

Trois garçons, bonjour les dégâts… ou comment interpréter le terrorisme

Par

Fouad Laroui est écrivain.

Des jihadistes d'Ansar Eddine faits prisonniers par des combattants du MNLA, en janvier 2014 à Aguelhok. © DR

Pour essayer d'interpréter le terrorisme et le néojihadisme, les thèses abondent. Islamisation d'un désir de radicalité ? Radicalisation de l'islam ? Revanche des sunnites ? La faute à l'Occident ? On n'a que l'embarras du choix. Bien sûr, chacune de ces thèses contient sa part de vérité, mais aucune ne semble entièrement satisfaisante.

C’est pourquoi il faut peut-être sortir des sentiers battus. Une piste intéressante est fournie par Gunnar Heinsohn, un sociologue allemand né en 1943 à Gotenhafen et qui est, depuis 1984, professeur à l’université de Brême. Heinsohn est surtout connu, par les spécialistes, pour sa théorie dite du Jugendüberschuss, qu’on pourrait traduire par « l’excédent juvénile ».

De quoi s’agit-il ? Selon les études méticuleuses menées par notre professeur, étayées par des monceaux de statistiques historiques, un excès de jeunes mâles dans une population donnée mène inévitablement à des troubles sociaux, à la guerre (civile) et au terrorisme.

Historiquement, c’est à partir du troisième garçon (les filles ne sont pas concernées) que les problèmes commencent. Pourquoi ? Parce que les deux premiers sont faciles à caser : ils reprennent le métier du père ou l’affaire familiale, ou bien ils sont généreusement lancés dans la vie par leurs parents (surtout quand ceux-ci ont eu la bonne idée d’en rester à deux enfants…). À partir du numéro trois, ça se gâte. Rien à hériter, pas de place à reprendre, le déclassement menace…

Combien de cadets et de benjamins parmi les crétins qui ont attaqué Ben Gardane ? Combien parmi les kamikazes ?

Eh bien il reste la castagne ! Et c’est là que Heinsohn devient passionnant : il montre que ladite castagne s’est toujours parée, au cours des siècles, des oripeaux de la religion (ou de l’idéologie politique). Rien de nouveau sous le soleil de Dieu, donc. Combien de cadets et de benjamins parmi les crétins qui ont attaqué Ben Gardane ? Combien parmi les kamikazes ?

Dans son livre Söhne und Weltmacht, Heinsohn passe en revue la plupart des bouleversements sociaux qui n’ont pas été causés par des cataclysmes naturels, ainsi que quelques génocides. Il montre qu’ils correspondent toujours à ce fameux Jugendüberschuss : le colonialisme européen, le fascisme au XXe siècle, la guerre du Darfour, les intifadas palestiniennes, les talibans, le terrorisme actuel…

Heinsohn, qui est un scientifique, se contente d’analyser sans proposer de solution. Nous n’avons pas ces scrupules de vierge effarouchée. Voici donc nos propositions : les États confrontés à « l’excédent juvénile » (aujourd’hui, ils se trouvent surtout en Afrique et en Asie) devraient encourager le hooliganisme lié au football (plutôt ça que le jihad) ou bien déclencher eux-mêmes des petites guerres qu’ils pourraient contrôler. Après tout, c’est ainsi que l’Angleterre a résolu son problème de Jugendüberschuss au XIXe siècle : en envoyant tous ces jeunes mâles potentiellement violents conquérir les Indes, une bonne partie de l’Afrique, l’Australie, etc. À l’arrivée, cela donna l’Empire britannique. Pas mal, non ?

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