Économie

Ces spots africains qui attirent les multimillionnaires

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Mis à jour le 28 juillet 2016 à 09:53

Le premier Sino-African Entrepreneurs Summit (SAES) se tient à l’hôtel Four Seasons de Marrakech. © SAES

Avides d’expériences inédites, les riches dépensent sans compter pour des prestations taillées à leur mesure.

Qu’ils choisissent de flâner dans la médina de Marrakech ou d’arpenter les plages d’Umhlanga, en Afrique du Sud, nombreux sont les super-riches qui passent leurs vacances sur le continent. Selon une récente étude du cabinet sud-africain New World Wealth, le continent a reçu, entre septembre 2014 et septembre 2015, 43 000 visiteurs dont la fortune dépasse 10 millions de dollars (plus de 9 millions d’euros), contre 40 000 un an avant. Près d’un quart d’entre eux se sont rendus en Afrique du Sud en dépit de nouvelles règles compliquant l’obtention de visas. Les Suisses, les Allemands et les Britanniques sont les premiers à choisir la nation Arc-en-Ciel.

Les destinations favorites des millionaires

Deuxième destination favorite des multimillionnaires : le Maroc (4 000 visiteurs par an). Si le royaume pâtit d’une image moins attrayante auprès des touristes chinois et indiens, qui jugent l’Afrique du Nord trop dangereuse en raison de l’instabilité politique née des printemps arabes, il conserve les faveurs des nantis du Golfe, de Turquie et d’Union européenne.

Suivent, ex aequo, le Botswana, le Kenya et les Seychelles (3 000 touristes), puis la Tanzanie et Maurice (2 000), et enfin l’Ouganda, la Zambie, le Mozambique et le Nigeria (1 000). Du fait de sa situation géographique, l’Afrique de l’Est attire notamment les touristes asiatiques.

L’Égypte est le pays qui a payé le plus cher les craintes de ces touristes exigeants. Elle n’a accueilli que 2 000 très riches l’an dernier, contre 7 000 en 2010, avant le renversement du président Hosni Moubarak. Quant au Kenya, il accuse un léger recul de sa fréquentation après les attaques terroristes qu’il a subies ces dernières années.

Si les standards du luxe sont identiques partout dans le monde, « c’est une certaine indépendance dans des offres exclusives, personnalisables, privatisables que recherchent les clients fortunés en Afrique », analyse Philippe Gauguier, associé chez Deloitte-In Extenso.

Parmi les spots préférés de cette caste de privilégiés : la réserve naturelle de Masai Mara (Kenya)

Il n’y a donc pas que des cinq-étoiles comme La Mamounia à Marrakech (plus de 2 000 euros la nuit dans une suite prestige, et autour de 8 000 euros dans le riad) ou le Twelve Apostles Hotel & Spa au Cap (au-delà de 3 100 euros pour la suite présidentielle) qui intéressent les VIP. De grandes villas, des étages privatisés, des lodges comme le Ngorongoro Crater en Tanzanie ou le Ngala Tented Camp en Afrique du Sud, ou des boutiques-hôtels (moins de 30 chambres) comme La Petite Dauphine à Franschoek (Afrique du Sud) ou le North Island aux Seychelles satisfont aussi aux exigences d’une clientèle aisée en quête de sites exceptionnels.

Parmi les spots préférés de cette caste de privilégiés : la réserve naturelle de Masai Mara (Kenya) et le delta de l’Okavango (Botswana), appréciés pour leurs safaris, ou la forêt impénétrable de Bwindi (Ouganda). Se retrouver nez à nez avec un gorille à dos argenté ou un lion reste un must, même pour les plus riches (lire p. 102). En Afrique du Sud, un séjour dans l’un des six lodges sur pilotis du Singita, au cœur d’un domaine de 15 000 hectares situé dans le parc Kruger, coûtera plus de 1 000 euros par personne et par nuit.

« La prestation va ensuite s’organiser autour d’une série d’exigences souvent identiques : jets privés, navettes privées, cuisiniers privés, service vingt-quatre heures sur vingt-quatre », poursuit Philippe Gauguier. Pour une facture qui s’établira en moyenne à 5 000 dollars par personne la semaine (hors billets d’avion), ils dépensent environ 300 dollars par nuit d’hôtel et 800 dollars dans un lodge, d’après Andrew Amoils, directeur des recherches de New World Wealth.

Peu d’offres en Afrique de l’Ouest

Faute de visa régional, d’infrastructures suffisantes et de connexions aériennes assez régulières, l’offre démarre timidement en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. « Les marinas et golfs y sont trop peu nombreux. Pour ceux qui viennent en jet privé [environ 2 000 euros l’heure de vol], les aéroports et salons de première classe sont peu adaptés, reconnaît Philippe Doizelet, associé hôtellerie France et Afrique de l’Ouest chez Horwath HTL. Ces régions disposent pourtant de sites dotés d’un très grand potentiel en tourisme de luxe qui ne sont pas exploités, comme les forêts du Gabon et les plages de Pointe-Sarène, au Sénégal. »

Le suisse Mövenpick prévoit trois nouvelles implantations, en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Kenya, d’ici à 2019

« L’offre de luxe s’étoffe très lentement car les hôteliers attendent un plus gros développement du tourisme d’affaires haut de gamme dans les capitales et hubs financiers », analyse le patron d’un groupe hôtelier en fort développement en Afrique, rappelant que 95 % des touristes du continent y effectuent un voyage d’affaires ou y participent à un congrès.

Une manne dont souhaitent profiter des groupes internationaux dans les cinq années à venir : Accor envisage d’ouvrir une vingtaine de Pullman, Starwood une trentaine d’hôtels et Carlson Rezidor trente-cinq. Le suisse Mövenpick prévoit lui trois nouvelles implantations, en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Kenya, d’ici à 2019. Quant à l’espagnol Pefaco, célèbre pour ses machines à sous en Afrique francophone, il mise sur des complexes hôteliers de luxe. Deux sont déjà en exploitation, à Oyo et à Brazzaville, et deux autres sont en construction au Congo, dans la capitale et à Lomé.