Finance

Qui pour reprendre Barclays Africa ?

À Johannesburg, où siège BAGL, la filiale panafricaine du groupe, évaluée à près de 4 milliards d'euros. © WALDO SWIEGERS/BLOOMBERG VIA GETTY

La maison mère britannique a annoncé son intention de quitter le continent. Mais la conjoncture défavorable risque de compliquer la quête d'un acquéreur.

La réaction a été rapide et coordonnée. Le 1er mars, les responsables de Barclays Africa Group Limited (BAGL) et de ses filiales ont martelé un message simple : it’s business as usual. Autrement dit, la décision de la banque britannique Barclays, annoncée le jour même par son directeur général, Jes Staley, de réduire drastiquement sa participation (actuellement de 62,3 %) dans BAGL n’affectera pas les opérations du groupe bancaire, implanté dans douze pays d’Afrique subsaharienne. « Barclays Africa est une entité indépendante cotée à la Bourse de Johannesburg et réglementée par la banque centrale sud-africaine. Nous sommes bien capitalisés, avec un bilan solide », a rappelé le groupe basé à Johannesburg, dont les revenus ont atteint 67,2 milliards de rands (4 milliards d’euros) en 2015.

Évoqué depuis plusieurs semaines par la presse anglaise, le « Brexit » africain de Barclays, présent depuis 1925 sur le continent, reste un choc. « Cette décision est assez surprenante, d’abord parce que la filiale sud-africaine de BAGL, Absa Bank, est bien réglementée et rentable, analyse Samira Mensah, de Standard & Poor’s. En outre, Barclays, après avoir augmenté sa participation à 62 % en 2013, s’était attaché à intégrer ses opérations en Afrique, à l’exception du Zimbabwe et de l’Égypte, sous un seul holding pour optimiser sa visibilité sur le continent. »

Désengagement

Officiellement, Barclays Africa est une victime collatérale du revirement stratégique de sa maison mère. Sous l’impulsion de Jes Staley, ex-patron de la branche investissement du géant américain JP Morgan, arrivé à la tête de Barclays en décembre, le groupe britannique entend se repositionner comme banque transatlantique et se concentrer sur ses activités au Royaume-Uni et aux États-Unis. Pour autant, d’autres facteurs plus spécifiques au continent, et plus particulièrement à l’Afrique du Sud (86 % des revenus de BAGL en 2015), ont pesé dans sa décision. « L’environnement réglementaire implique que nous portions 100 % du risque financier de Barclays Africa alors que nous percevons seulement 62 % des bénéfices », explique Jes Staley, qui souhaite voir cette participation réduite à 20 %.

Pour ne rien arranger, la chute du rand sud-africain, qui a cédé près de 20 % visà-vis de la livre sterling en 2015, a eu de sévères répercussions sur la rentabilité de cette filiale. Si, en rands, le rendement des capitaux propres de BAGL est égal à celui des opérations britanniques de Barclays (17 % en 2015), en livres sterling, il n’est que de 8,7 %. Aussi, dans un contexte de renforcement des ratios de capitaux des banques occidentales, dans la foulée de la nouvelle réglementation de Bâle III, la déconsolidation de BAGL des comptes de Barclays pourrait améliorer les indices de fonds propres du groupe. Enfin, cette cession devrait réduire la base de coûts de Barclays de près de 2 milliards de livres (environ 2,6 milliards d’euros) selon son patron, qui souhaite ramener le coefficient d’exploitation du groupe à 60 % à moyen terme, contre 69 % en 2015.

Secteur en difficulté

La cession des opérations africaines de Barclays s’annonce néanmoins délicate. La part de BAGL détenue par le groupe britannique représentait une capitalisation de 75,4 milliards de rands fin 2015. Les repreneurs capables d’avancer une telle somme ne sont pas nombreux, qui plus est dans un contexte délicat pour le secteur bancaire dans les principaux pays africains où est présent Barclays.

On le voit bien avec la contre-performance de son compatriote Standard Chartered : actif dans quatorze pays subsahariens, celui-ci a vu ses revenus y chuter de 21,7 % en 2015 à 1,43 milliard de dollars (environ 1,3 milliard d’euros), en raison notamment d’effets de change défavorables et de la faiblesse des cours des matières premières. « Beaucoup de banques actives dans la région ont accru leurs provisions sur créances douteuses et enregistré une hausse du pourcentage de prêts non productifs », prévient un analyste financier.

Outre les nuages qui pèsent sur les perspectives de croissance du secteur, les forces poussant Barclays à renforcer ses ratios financiers s’exercent également sur ses concurrents européens, tel le français Société générale, évoqué comme un potentiel acquéreur.

Repreneurs potentiels

Des incertitudes planent aussi sur la perspective d’une reprise par des opérateurs chinois désireux de suivre l’exemple de la Banque industrielle et commerciale de Chine, qui a pris 20 % du capital du sud-africain Standard Bank en octobre 2007, pour 36,7 milliards de rands. L’économie chinoise connaît un net ralentissement et la dure campagne anticorruption menée par Pékin, notamment en ce qui concerne les activités des entreprises du pays à l’étranger, peut refroidir leurs velléités d’expansion.

Citée également par la presse britannique, la possibilité d’une reprise de ces actifs par Atlas Mara (holding fondé par l’entrepreneur anglo-ougandais Ashish Thakkar et l’Américain Bob Diamond, ex-directeur général de Barclays) paraît problématique. La capitalisation du groupe financier, présent dans sept pays africains et dont le cours de l’action a été divisé par trois ces deux dernières années, n’atteint que 350 millions de dollars.

Un scénario évoqué avec insistance est celui de la scission des actifs africains de Barclays, qui, outre sa participation dans BAGL, compte des filiales individuelles en Égypte et au Zimbabwe. Atlas Mara pourrait ainsi reprendre les actifs en Afrique australe hors Afrique du Sud, tandis que le marocain Attijariwafa Bank est pressenti pour Barclays Egypt. L’idée d’une scission de BAGL est vivement rejetée par Maria Ramos, sa directrice générale. « Nous n’avons aucune intention de céder nos activités hors Afrique du Sud. Barclays ne possède pas nos filiales et ne décide pas de leur sort. La seule chose qu’ils peuvent faire, c’est vendre leur participation dans BAGL », a-telle insisté dans une interview au Wall Street Journal.

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