Immigration

Réfugiés en Allemagne, ils ont fait le choix de rentrer en Irak

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Mis à jour le 09 mars 2016 à 08h34
Mahmoud, Sura et leurs enfants devant leur centre d'hébergement.

Mahmoud, Sura et leurs enfants devant leur centre d'hébergement. © Gwénaëlle Deboutte pour J.A.

Épuisés par la précarité de leur vie dans les centres d’hébergement et excédés par les lenteurs administratives, des dizaines d’Irakiens font chaque semaine le choix de rentrer dans leur pays d’origine.

Quand on lui demande si elle est impatiente de rentrer en Irak, le visage grave de Sura s’illumine. « Oui, j’en suis très contente », souffle-t-elle. À ses côtés, Mahmoud, son mari, et leurs quatre enfants âgés de 2 ans à 10 ans acquiescent. Originaires de Mossoul, aujourd’hui sous le joug de l’État islamique, ils ont tout risqué pour traverser l’Europe, qu’ils voyaient comme la Terre promise. Quatre mois après leur arrivée en Allemagne, ils sont à bout. « Nous voulions offrir un avenir meilleur à nos enfants, explique Mahmoud, qui, dans son pays, était mécanicien automobile. Mais ici, ils n’ont rien à faire. Ils ne vont pas à l’école, n’ont pas assez à manger et ont commencé à voler. » La famille, qui, avec 1 200 autres migrants, habite l’ex-Berlin-Est dans un foyer cerné par des barres d’immeubles datant des temps communistes, a décidé de faire machine arrière. Sa déception est immense.

Comme eux, une centaine de candidats au retour se pressent chaque semaine dans les trois aéroports qui assurent des liaisons directes avec Erbil, au Kurdistan irakien. Entre janvier et octobre 2015, le consulat de ce pays à Berlin avait enregistré 150 demandes de passeport provisoire. En novembre et en décembre de la même année, il en a recensé 1 250. Selon le Bureau des migrations (BAMF), 724 Irakiens ont bénéficié l’an dernier d’un programme gouvernemental d’aide au retour. Mais ces statistiques sont sujettes à caution dans la mesure où certains réfugiés préfèrent acheter eux-mêmes leur billet – 300 euros par personne, en moyenne – sans attendre l’aide de l’État. Le phénomène touche également nombre d’Afghans – 135 sont rentrés à Kaboul fin février -, et même quelques Syriens, qui tentent de s’installer en Irak ou en Turquie.

C’est un comble, mais c’est notre famille en Irak qui doit maintenant nous envoyer de l’argent

Le point commun à tous ces pauvres gens ? Ils ont fantasmé une Allemagne qui n’existe tout simplement pas. « Les passeurs leur font croire qu’en quelques mois ils obtiendront de l’argent, des papiers, un logement et un travail », s’indigne Ardalan Hassan, un Irakien qui tient une agence de voyages dans le quartier populaire de Wedding. Mais la réalité est bien différente. Les services d’accueil étant débordés, l’enregistrement des identités et le traitement des demandes d’asile sont d’une extrême lenteur. Il faut souvent plusieurs mois pour obtenir une réponse de l’administration. Ceux qui ont de la chance sont logés en chambre individuelle, où ils peuvent recréer un semblant de normalité. Les autres atterrissent dans des halls d’aéroport ou des centres sportifs où cohabitent parfois jusqu’à deux mille personnes.

Brusque prise de conscience

« Nous pensions que l’Allemagne était le pays des droits de l’homme, commente Mohamed, un Irakien rencontré à l’aéroport de Tegel, à Berlin. En réalité, nous sommes fort mal traités, et les problèmes avec les agents de sécurité sont fréquents. » Interrogé sous le couvert de l’anonymat, un des agents en question ne le conteste pas : « Mettez plusieurs centaines de personnes en un même lieu, vous obtiendrez immanquablement une cocotte-minute. Il y a des bagarres, tout le monde est sous tension et certains agents de sécurité – une minorité, heureusement – ne réagissent pas comme ils le devraient. » Sans perspective de travail à court terme, les migrants voient leurs économies fondre comme neige au soleil, ce qui, bien sûr, les incite à repartir au plus vite. « C’est un comble, mais c’est notre famille en Irak qui doit maintenant nous envoyer de l’argent », s’exaspère Mahmoud.

« Je les encourage à faire preuve de patience, poursuit Hassan, qui traite chaque semaine des dizaines de réservations pour l’Irak. Je leur explique que l’Allemagne peut vraiment leur offrir des perspectives, mais ils ne m’écoutent pas : ils ne pensent plus qu’à rentrer ! » Outre les conditions d’accueil difficiles, certains découvrent que la réalité de l’exil est bien différente de ce qu’ils avaient imaginé. C’est notamment le cas de nombreux hommes venus sans leur famille et qui se trouvent confrontés au durcissement des règles du regroupement familial. D’autres enfin souffrent tout bonnement du mal du pays. C’est qu’on ne surmonte pas les différences culturelles entre l’Irak et l’Allemagne en claquant dans ses doigts !

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