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Cet article est issu du dossier «Mali : la menace fantôme»

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Défense

Mali : quatre ans après le début du conflit, la menace continue de planer

Des militaires maliens près de Tombouctou, le 27 juillet 2013, à la veille de la présidentielle. © JOE PENNEY/REUTERS

Quatre ans après l'éclatement du conflit, trois ans après la reprise du Nord, l'armée malienne peine à renaître. Face à un ennemi aux mille visages qui continue de semer la terreur, la présence des forces étrangères est, plus que jamais, indispensable à la survie d'un État sous tutelle sécuritaire.

Moussa Ag Acharatoumane a beau être l’une des figures du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), il s’avoue parfois dépassé par les événements qui secouent le septentrion malien. En février, il a parcouru des jours durant « son » pays, autour de Ménaka, pour tenter de renouer les liens entre les siens, les Idaksahaks, majoritairement affiliés à la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), et ceux – des Peuls surtout, mais aussi des Arabes proches de la Plateforme, une coalition de mouvements pro-Bamako – contre qui ils se battent depuis l’assassinat d’un chef de faction au début du mois. Joint sur son Thuraya mi-février, le leader touareg évoquait son impuissance : « Rien n’est simple entre la CMA et la Plateforme. Il y a les jihadistes qui s’en mêlent aussi. Et des bandits. On ne sait plus qui est qui. »

Les violences perdurent

Assassinats ciblés, représailles, attentats, mais aussi menaces, répression aveugle ou braquages, sans oublier les mines : tel est le lot quotidien des habitants du Nord-Mali aujourd’hui, quatre ans après l’invasion jihadiste et trois ans après le déclenchement de l’opération Serval. La situation est « intenable », confesse un ministre malien. « On progresse, mais à pas de fourmi », observe, un rien plus optimiste, un diplomate européen. La victoire claironnée par François Hollande lors de l’investiture d’Ibrahim Boubacar Keïta en septembre 2013 n’est toujours qu’une illusion.

Certes, les groupes jihadistes ont été chassés des villes, nombre de leurs combattants tués ou dispersés, et la plupart de leurs chefs liquidés. Les accords de paix se sont succédé en 2015 entre le gouvernement malien, les groupes armés qui le soutiennent et les rebelles. Mais les violences perdurent. Plus rares à Kidal, elles se multiplient à Ségou ; quand elles disparaissent de Gao, elles réapparaissent à Tombouctou

La menace peut venir de tous les côtés, on ne sait pas à qui se fier

Après s’être terrés au pays ou exilés à l’étranger, les jihadistes sont revenus. « Leur pouvoir de nuisance est intact », constate le ministre cité plus haut. Ils l’ont démontré l’année dernière en menant des attaques spectaculaires, comme au Radisson Blu de Bamako en novembre ou contre les camps de la Minusma et de l’armée malienne. En moins de trois ans, 83 Casques bleus sont tombés au Mali, devenu l’une des plus périlleuses opérations de maintien de la paix de l’ONU (lire p. 26).

La mort rôde partout dans le septentrion, et même, depuis une quinzaine de mois, dans ce qui constitua jadis l’empire du Macina. Selon un décompte de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, plus de 200 attaques ont été enregistrées dans le nord et le centre du pays depuis début 2015, tuant près de 210 personnes, dont une majorité de civils, et faisant de nombreux blessés.

Ces attaques portent, le plus souvent, la signature de groupes classés comme terroristes par la communauté internationale. Mais d’autres, considérés comme ouverts au dialogue et donc fréquentables, ont également tué. Tandis que l’armée malienne est accusée d’avoir torturé et fait disparaître plusieurs personnes.

Désormais, « la menace peut venir de tous les côtés, on ne sait pas à qui se fier », se désole l’élu d’un village près de Ménaka. Pour le civil, le prédateur prend tour à tour le visage du jihadiste, du rebelle, du milicien pro-Bamako, du bandit, et parfois même du soldat de l’armée malienne. Le même peut changer de casquette du jour au lendemain. El Hadj Ag Gamou, général réputé de l’armée malienne, est également le chef officieux du Gatia, une milice pro-Bamako, et le leader officiel de la communauté des Imghads.

Mélange des genres

Un mélange des genres qui devient incompréhensible, même pour ceux qui vivent sur place. « Les frontières entre les différents groupes sont très floues. On passe de l’un à l’autre sans difficulté. Et les jihadistes ont compris tout l’intérêt qu’ils avaient à jouer sur des conflits communautaires anciens », relate un agent des renseignements malien.

Si le Nord est quelque peu stabilisé depuis les accords d’Anefis signés en octobre, les régions de Mopti et de Ségou ont été les plus sévèrement meurtries en 2015, lorsqu’est apparu le Front de libération du Macina, un groupe affilié à Ansar Eddine. Dans un rapport publié en février, l’ONG Human Rights Watch recense les exactions commises (y compris par l’armée) et évoque « une peur considérable » et « la fuite de milliers de civils », soumis à la pression des « fous de Dieu ».

« La présence désormais consolidée des jihadistes sur tout le territoire malien invalide avec éclat l’annonce de leur élimination faite il y a trois ans », constate Yvan Guichaoua, spécialiste de la région (lire son interview p. 29). Elle questionne automatiquement l’efficacité de l’opération Barkhane et interroge sur la stratégie menée par la communauté internationale et le pouvoir malien. À l’issue d’une série d’entretiens à Koulouba entre IBK et les groupes armés, la présidence a annoncé la tenue à Kidal, du 27 au 30 mars, d’un forum pour la paix et la réconciliation, et parle de la mise en place d’autorités locales de transition. Cela suffira-t-il ?

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