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Afrique centrale : la BDEAC sommée de se réformer

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Vue du siège de la BDEAC à Brazzaville (République du Congo).

Vue du siège de la BDEAC à Brazzaville (République du Congo). © AFP/Youtube/Capture d'écran

Fini le temps où l’institution d’Afrique centrale délivrait des prêts à tort et à travers. La mission de son nouveau président, Abbas Mahamat Tolli : assainir les comptes et augmenter les ressources.

Le Tchadien Abbas Mahamat Tolli peut se frotter les mains. Le 29 janvier, les bailleurs de fonds (FMI, Banque mondiale, BEI, BAD, AFD…) ont approuvé le plan d’action intérimaire mis en place par le nouveau président de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), nommé à ce poste il y a six mois. En décembre, déjà, le conseil d’administration de l’institution avait validé ce train de mesures prises à la suite d’un rapport de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) étrillant les derniers mois de la présidence de son prédécesseur, le Gabonais Michaël Adandé. Le régulateur pointait notamment le gouffre entre les ressources de la banque et ses engagements, lequel s’élevait à 433 milliards de F CFA (660 millions d’euros) en juin 2015. « Une vingtaine de prêts ont été accordés à des États et à des entreprises sans que les fonds soient disponibles », soutient un cadre de la banque sous le couvert de l’anonymat.

Le nouveau patron de la BDEAC a donc commandé une série d’audits, dégagé une feuille de route à court terme et mis entre parenthèses le plan stratégique 2013-2017, qui prévoyait d’investir 950 milliards de F CFA dans les infrastructures. Objectif : « Assainir le système d’information et les procédures comptables, explique Tolli. Nous avons aussi nettoyé notre portefeuille d’engagements en entrant en contact avec les clients en défaut par rapport à certaines échéances, et renforcé nos outils internes pour mieux maîtriser les risques opérationnels et de contrepartie. » Les conclusions de l’audit stratégique devront lui servir de base pour l’élaboration du plan 2016–2020.

Reliquat

Le Tchadien tient toutefois à rassurer : « Les fondamentaux de la banque sont solides. » Fin 2014, les fonds propres s’élevaient à 60,9 milliards de F CFA, le produit net bancaire à 9,2 milliards et les bénéfices à 1,2 milliard. Et le 19 janvier, son principal actionnaire, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), a mis plus de 400 milliards de F CFA à la disposition de la BDEAC en libérant le reliquat de sa quote–part dans l’augmentation du capital (13 milliards de F CFA), en ouvrant un compte courant associé procurant une avance de 240 milliards de F CFA sur trois ans et en portant le plafond de refinancement de la BDEAC à 150 milliards de F CFA. Tolli doit maintenant se battre pour amener les actionnaires (parmi lesquels la Libye et la Centrafrique) à libérer la part du capital qui leur échoit, dans la mesure où celui-ci est passé de 250 milliards à 1 200 milliards de F CFA en décembre 2014.

Après l’échec des dernières tentatives d’emprunts obligataires, le président de la BDEAC ne semble pas pressé de retourner sur le marché financier sous-régional. Il a également conscience du chemin à parcourir pour lever des fonds sur le marché international, au moment où la BOAD s’apprête de son côté à émettre son premier eurobond. « Lorsque nous aurons achevé les réformes, nous chercherons à obtenir une notation qui nous permettra d’aller sur le marché international pour lever des fonds à des taux non concessionnels », indique-t-il.

 


 

Un tour et puis s’en va 

À 43 ANS, Abbas Mahamat Tolli aura fait le tour des institutions financières de la Cemac. Avant la BDEAC, l’ancien ministre tchadien des Finances (et neveu du président Idriss Déby Itno) est en effet passé par la BEAC et la Cobac – laquelle, sous son impulsion, a notamment mis en place un nouveau schéma directeur informatique et produit quelques règlements touchant aux banques et aux établissements de microfinance.

À Brazzaville, siège de la BDEAC, Tolli doit rapidement obtenir des résultats… avant de rebondir une nouvelle fois ? « Le poste de gouverneur de la BEAC va échoir au Tchad à la fin du mandat de l’Équato-Guinéen Lucas Abaga Nchama. Ayant été secrétaire général de cette institution, Tolli songe certainement à ce poste prestigieux », suggère un cadre de la banque centrale sous-régionale.

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