Économie

Pétrole : l’axe Riyad-Moscou

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 25 février 2016 à 16:24

Ali al-Naïmi, le ministre saoudien du Pétrole (au centre), à Doha, le 16 février. © OLYA MORVAN/AFP

Pour enrayer la baisse du prix du baril, qui les frappe de plein fouet, l’Arabie saoudite, la Russie, le Qatar et le Venezuela ont décidé de geler leur production. Seront-ils suivis ?

C’ est un tournant pour le marché pétrolier mondial : le 16 février, l’Arabie saoudite et la Russie ont annoncé à Doha qu’elles s’étaient mises d’accord avec le Qatar et le Venezuela pour geler leur production à son niveau de janvier, à condition qu’ils soient imités par d’autres grands exportateurs. Le lendemain, après avoir rencontré à Téhéran ses homologues irakien, qatari et vénézuélien, Bijan Namdar Zanganeh, le ministre iranien du Pétrole, a déclaré que son pays soutenait « toute mesure visant à stabiliser le marché et à améliorer les prix » et qu’il applaudissait « ce début de coopération entre pays membres ou non membres de l’Opep ».

Les experts doutent pourtant de l’efficacité de cette mesure : d’abord parce que l’Iran n’a pas promis de limiter sa production ; ensuite, parce que ce simple gel ne réduira en rien l’excédent mondial, qui croît de 1,5 million de barils par jour. Il n’empêche, pour la première fois depuis l’été 2014, début de la chute vertigineuse du prix du baril, s’esquisse un début de coordination entre producteurs.

Lesquels ont toutes les raisons d’être inquiets : son prix étant tombé de 115 dollars à 30 dollars en dix-huit mois, le « baril bradé » a, chez eux, des effets dévastateurs. L’Arabie saoudite accuse un déficit budgétaire annuel de 70 milliards de dollars. Le Venezuela est au bord de la faillite et vient d’augmenter le prix de son super de 6 000 %. Le rouble russe a perdu 22 % de sa valeur en un an.

Vers un rebond des prix ?

Ce qui rend le plus crédible cette proposition de gel, c’est qu’elle émane de deux adversaires, l’Arabie saoudite et la Russie, qui ont chacune deux conflits militaires sur les bras (le Yémen et la Syrie pour Riyad, l’Ukraine et également la Syrie, mais dans le camp opposé, pour Moscou), qu’elles s’essoufflent à mener de front avec une guéguerre pétrolière qui tarit leurs recettes.

Le signal que ces deux pays lancent aux marchés devrait contribuer à un rebond des prix de l’or noir. Il s’est d’ailleurs déjà amorcé. Le brent a repris quelque 30 % depuis les 27 dollars atteints le 20 janvier et a dépassé les 35 dollars le 18 février. Par ailleurs, les fonds spéculatifs ont cessé dans leur majorité de jouer le pétrole à la baisse.

Qu’Abuja, Accra, Alger, Brazzaville, Caracas, Jakarta, Doha, Libreville, Londres, Luanda, N’Djamena, Moscou, Quito, Rio ou Téhéran ne s’en félicitent pas trop vite. Les prix feront encore le yoyo au gré des frayeurs des marchés et ne se redresseront que lentement. Ainsi, les experts de la banque française Natixis « s’attendent à une remontée vers les 38 dollars en fin d’année ». Pas de quoi crier victoire ; à peine, « ouf ».