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Cet article est issu du dossier «Gestion des déchets : des opportunités pour le secteur privé»

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Ali Fassi-Fihri : « Les tarifs pratiqués au Maroc sont parmi les moins chers du monde »

Depuis Rabat, Ali Fassi-Fihri, le haut fonctionnaire garde un œil sur les activités de l'établissement au sud du Sahara, notamment au Cameroun. © ALEXANDRE DUPEYRON POUR J.A.

Depuis quinze ans, il gère la question de l'eau dans le royaume. Mais comment mener sa mission à bien alors que l'institution qu'il dirige est fortement endettée ? Éléments de réponse.

Eau, assainissement, électricité… Ces services de base, Ali Fassi-Fihri en est le premier responsable au Maroc. En 2001, il a été nommé à la tête de l’Office national de l’eau potable (Onep), bien avant son regroupement avec l’Office national d’électricité (ONE) qui a donné naissance, en 2008, à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (Onee). En récupérant la branche électricité, le nouvel établissement a aussi hérité de dettes colossales, au point que les pouvoirs publics ont dû voler à son secours : un contrat-programme a été conclu avec l’État en mai 2014 pour renflouer cette entreprise publique qui a frôlé la faillite.

Jeune Afrique : Vous avez signé avec l’État un contrat-programme sur la période 2014-2017. Suffira-t-il pour permettre à l’Office de dépasser ses difficultés ?

Ali Fassi-Fihri : Le contrat-programme est d’une importance capitale dans la mesure où l’Onee est appelé à répondre à une forte croissance de la demande en électricité, en eau potable et en assainissement. Il permet à l’Office de réaliser ses engagements et de surmonter progressivement ses difficultés. Le programme prévoit des investissements de 50 milliards de dirhams [environ 4,6 milliards d’euros], dont près de 20 milliards pour l’eau potable et l’assainissement.

Où en êtes-vous dans l’exécution de ce contrat, particulièrement pour la branche eau ?

Les engagements sont globalement atteints. En matière de généralisation de l’accès à l’eau potable en milieu rural, les réalisations sont en phase avec les objectifs, avec un taux d’accès de 95 % à fin 2015. Concernant l’assainissement liquide, 22 stations d’épuration des eaux usées ont été réalisées, cumulant une capacité de près de 90 000 m3 par jour. Ces différents projets ont nécessité un investissement de plus de 8 milliards de dirhams. Et les efforts consentis en matière d’amélioration des performances ont permis à la branche eau d’économiser près de 800 millions de dirhams sur les exercices 2014 et 2015.

Environ 85 % des clients directs de l’Onee n’ont enregistré aucun impact sur leur facture

Le gouvernement a suspendu la hausse des prix de vente de l’eau pour 2016. Cela ne perturbe-t-il pas les objectifs fixés par l’État ?

L’augmentation du tarif de l’eau potable actée dans le contrat-programme concerne le tarif de production, c’est-à-dire le prix de vente aux distributeurs, soit 80 % du chiffre d’affaires de l’Onee. Quant à la répercussion de cette augmentation au niveau de la distribution, aussi bien sur la clientèle directe de l’Office [2 millions d’abonnés] que sur celle des autres distributeurs, elle n’a concerné que les plus gros consommateurs [tranches 3 et 4 et création d’une cinquième tranche], ce qui a permis de maintenir l’équilibre financier du secteur sans pénaliser les ménages modestes. Environ 85 % des clients directs de l’Onee n’ont enregistré aucun impact sur leur facture.

Devrons-nous nous habituer à payer l’eau plus cher au Maroc ?

Les tarifs pratiqués au Maroc aussi bien pour l’eau potable que pour l’assainissement restent parmi les moins chers du monde. Pour les ménages, les factures d’eau constituent 2 % à 3 % du budget seulement. Et, pour les industries, le poids de la facture d’eau est inférieur à 1 % du chiffre d’affaires. La dernière augmentation des tarifs aussi bien à la production qu’à la distribution date de 2003 et n’a même pas couvert l’effet de l’inflation.

Entre 2014 et 2015, l’Onee a levé près de 200 millions d’euros auprès de la Banque européenne d’investissement [BEI] et de la Banque mondiale pour des projets liés à la production et à la distribution de l’eau. Cela ne risque-t-il pas d’alourdir l’endettement déjà inquiétant de l’Office ?

Le taux d’endettement de la branche eau avoisine 50 %, ce qui reste tolérable. Quant à la relation avec les bailleurs de fonds, elle est généralement matérialisée par des conventions financières que l’Office respecte rigoureusement.

Après plusieurs années de présence de l’Onee au Cameroun, le pays en est à peine à 35 % de desserte en eau potable. Quelles difficultés rencontrez-vous sur place ?

Depuis le démarrage de ses activités, la Camerounaise des eaux [CDE] a mené plusieurs programmes de branchement subventionnés. Ces actions ont permis de porter le nombre d’abonnés de 230 000 en 2008 à près de 400 000 en 2015, soit une hausse de 73 %. Les principaux problèmes résident dans la planification des projets de renforcement des capacités de production et d’extensions du réseau de distribution. Des avancées importantes ont été enregistrées récemment dans ce sens, et nous prévoyons de grandes améliorations à court et moyen termes du taux de desserte et du service en général.

L’Office apporte son assistance technique dans des pays partenaires tels que la Guinée, la Guinée-Bissau, le Burkina Faso et le Mali

Avec sa situation financière délicate, l’Onee peut-il se permettre une expansion en Afrique ?

Actuellement, l’Office apporte son assistance technique dans des pays partenaires tels que la Guinée, la Guinée-Bissau, le Burkina Faso et le Mali. D’autres projets d’assistance technique et de transfert d’expertise sont mis en œuvre avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Toutes ces activités sont financées par les bailleurs de fonds dans le cadre de la coopération bilatérale, triangulaire ou multilatérale. L’Onee n’engage généralement pas d’investissement à partir de ses fonds propres, sachant que le contexte actuel est marqué par la multiplication des initiatives d’aide financière publique au développement en faveur des pays africains.

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