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Mines : Randgold à l’affût de gisements à prix cassés

La compagnie est présente en Côte d'Ivoire (ici le site de Tongon), au Sénégal, au Mali et en RD Congo. © OLIVIER POUR J.A.

Fort de ses bonnes performances en 2015 sur le continent, le groupe aurifère lorgne les juniors en manque de trésorerie.

À Mining Indaba, la conférence qui rassemble chaque année en février les professionnels du secteur minier au Cap, Mark Bristow affichait un air réjoui qui contrastait avec celui de ses concurrents, saignés à blanc par la chute drastique des cours. Le bouillonnant patron sud-africain avait choisi le 8 février, jour de l’ouverture de la manifestation, pour afficher triomphalement les résultats du groupe Randgold Resources, qu’il pilote depuis sa création en 1995.

Avec une production de 1,2 million d’onces d’or en 2015, en hausse de 6 % en un an, la compagnie immatriculée à Jersey (îles Anglo-Normandes) a dégagé 212,8 millions de dollars (environ 195 millions d’euros) de bénéfice, un résultat inégalé sur le continent dans la filière aurifère, alors que le cours de l’once tournait autour de 1 200 dollars en ce début février, à comparer aux 1 800 dollars frôlés pendant l’année 2012.

Une belle performance qui donne des ailes à Randgold. Après avoir conclu le 20 janvier trois accords de coentreprise avec les juniors minières Kilo Goldmines, Loncor Resources et Deveron Resources, actives dans le nord-est de la RD Congo, puis avec Alecto Minerals, au Mali, début février, Mark Bristow confirme qu’il souhaite dénicher de nouvelles pépites à prix cassés.

« Nous sommes à la recherche d’actifs intéressants qui, faute de moyens, n’ont pas pu être explorés méthodiquement, confie le dirigeant. Nous proposons aux juniors qui les détiennent de financer les études de faisabilité. En échange, si nous trouvons des gisements intéressants, nous prenons la majorité des parts du projet – 65 % dans le cas des coentreprises en RD Congo et au Mali – en vue de le faire entrer en exploitation. »

À la recherche de nouvelles acquisitions

La période chahutée actuelle semble propice à de belles opportunités pour Randgold. Déjà présent au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire et en RD Congo, le groupe veut profiter de sa situation de seul acheteur du moment. « À ma connaissance, personne d’autre n’est prêt à aider ces juniors dont les réserves d’argent se sont épuisées et l’accès aux financements s’est tari, affirme son patron. De nombreuses sociétés sont au bord de la faillite ! Ce n’est pas notre cas. Nos projets en cours, au coût d’exploitation très faible – autour de 610 dollars l’once en moyenne en 2016 – nous assurent une trésorerie substantielle et nous permettent de financer 50 millions de dollars par an d’exploration. »

Même si Mark Bristow se présente comme le « chevalier blanc » de la filière, il n’est en réalité pas le seul à détenir la capacité de faire des emplettes. Neil Woodyer, patron d’Endeavour Mining, présent notamment en Côte d’Ivoire, confie à J.A. être lui aussi à la recherche de nouvelles acquisitions, principalement en Afrique de l’Ouest. Le groupe canadien dispose pour ce faire d’une bonne trésorerie depuis sa récente fusion avec La Mancha, la société du milliardaire égyptien Naguib Sawiris, qui a pris 30 % de son capital.

C’est maintenant qu’il faut se lancer dans des fusions-acquisitions, approuve le cabinet McKinsey

D’après Michael Kloss, du cabinet de conseil McKinsey, qui vient de piloter une analyse de la stratégie des miniers en Afrique, « c’est maintenant qu’il faut se lancer dans des fusions-acquisitions, dans la mesure où d’excellents gisements peuvent être bradés par les plus petites compagnies, qui ne peuvent tenir le choc de la baisse des cours ». Une opinion partagée par l’analyste Magnus Ericsson, de SNL Metals & Mining, pour qui « une compagnie de taille moyenne comme Randgold peut tirer habilement son épingle du jeu, car elle a gardé l’agilité des juniors minières tout en étant prudente sur le plan financier ».

Randgold vise en priorité des acquisitions dans deux grandes régions géologiques, « le plateau birimien ouest-africain, qui va de la Mauritanie au Niger, ainsi que le craton congolais, qui part du lac Victoria et remonte jusqu’au Soudan du Sud ». Si Mark Bristow privilégie des partenariats et des rachats dans des pays où sa compagnie est déjà implantée, comme la Côte d’Ivoire, où une autre coentreprise est à l’étude, il ne s’interdit pas des excursions sur de nouveaux territoires. « À l’ouest, nous avons notamment un œil sur la Mauritanie, où nous nous étions jadis positionnés sur le gisement de Tasiast, finalement racheté en 2010 au prix fort par le canadien Kinross. Nous guettons aussi les opportunités en Guinée, même si nous sommes vigilants quant à la stabilité politique dans ce pays », indique-t-il.

Des engagements réfléchis

Le patron sud-africain n’est pas prêt à s’engager dans des projets où une forte rentabilité ne lui paraît pas garantie. Les opérations de due diligence (audit préalable) peuvent le faire changer d’avis sur l’intérêt d’une acquisition, en témoigne l’abandon de son projet de coentreprise avec le sud-africain AngloGold Ashanti sur le site d’Obuasi au Ghana, même s’il mène d’autres partenariats avec ce groupe à Kibali (RD Congo) et à Morila (Mali).

« Nous avons été très clairs, explique-t-il. Pour rentrer dans ce projet, nous exigions 20 % de retour sur investissement par an, en tablant sur un cours de l’once à 1 000 dollars, ainsi qu’une part de production nous revenant de 1 million d’onces et un partenariat renforcé avec l’État ghanéen et les communautés locales. Mais nous avons réalisé sur place qu’il était impossible d’atteindre ces objectifs et nous avons renoncé. » Les récents événements autour de cette mine d’Obuasi, marquée début février par des conflits entre les travailleurs, la direction et des mineurs clandestins, montrent que la décision de Randgold de ne pas s’engager était fondée…

Mark Bristow jette d’ailleurs un regard critique sur la manière dont ses concurrents gèrent leurs relations avec les États et les populations, jugeant qu’ils n’ont pas tenu leurs engagements, tant dans la formation et la promotion d’un management local que sur les bénéfices annoncés. Et le Sud-Africain de mettre en avant les performances de Randgold en la matière, avec un management comptant peu d’expatriés et un dialogue franc avec les gouvernements.


UNE ÉCLAIRCIE POUR LA FILIÈRE OR

Ce pourrait être le début de la fin de la crise pour la filière aurifère, frappée plus tôt que les autres miniers par la chute des cours (fin 2012 au lieu de 2014). Obligés de se restructurer, de geler des projets ou de fermer des mines, les grands acteurs comme le canadien Barrick Gold ou le sud-africain Gold Fields se sont remis en ordre de marche, avec des coûts d’exploitation actuels capables de supporter une once d’or à 900 dollars. Par ailleurs, le cours semble avoir enfin touché le fond fin 2015 (1 060 dollars le 30 décembre). L’année dernière, il n’a baissé que de 10 %, à comparer aux 42 % perdus par les prix du fer, et aux 25 % perdus par ceux du cuivre, ce qui rend la filière aurifère plus attractive pour les investisseurs. Le précieux métal bénéficie encore de son statut de valeur refuge, notamment lors des crises géopolitiques.

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